Rétatrutide de contrebande : un flacon sans peptide et contaminé, ce qu’il faut savoir

CBS News a fait analyser trois flacons de rétatrutide achetés aux États-Unis, révèle une enquête publiée mardi 21 octobre. L'un d'eux, vendu 90 dollars, ne contenait aucun peptide mais 13 colonies de bactéries.

Médicaments en comprimés et gélules

Vous avez peut-être vu passer du « Reta » sur TikTok ou Instagram, vanté pour maigrir. La chaîne américaine CBS News a voulu savoir ce qu’il y a vraiment dans ces flacons. Dans une enquête publiée ce mardi 21 octobre, elle a acheté trois produits vendus comme du rétatrutide et les a fait analyser par l’université de l’Iowa. Résultat : le flacon acheté 90 dollars dans une épicerie de quartier à Brooklyn, à New York, ne contenait aucun peptide, mais un produit de remplissage et 13 colonies de bactéries.

Ce qu’il faut retenir

  • CBS News a fait analyser 3 flacons vendus comme du rétatrutide (« Reta »)
  • Le flacon à 90 dollars acheté à Brooklyn ne contenait aucun peptide, mais un produit de remplissage et 13 colonies de bactéries
  • Les 2 flacons achetés en ligne ressemblaient à du rétatrutide, sans pureté ni dose publiées
  • Le rétatrutide de Lilly est toujours en essai et n’est autorisé nulle part

Qu’a découvert CBS ?

Le rétatrutide est une molécule du laboratoire américain Eli Lilly. Elle imite trois hormones à la fois, contre une seule pour Ozempic. Elle est toujours en essai clinique et n’est autorisée dans aucun pays. Lilly précise qu’elle n’est légalement disponible que pour les participants à ses essais. Tout ce qui se vend sous le nom de « Reta » est donc un produit illégal, souvent étiqueté « pour la recherche uniquement » (voir notre dossier sur les peptides « research use only »).

Le journaliste de CBS en a commandé deux sur Internet. Les sites promettaient un échange avec un soignant : les colis sont arrivés sans aucune consultation. Il a aussi acheté un flacon dans une petite épicerie de Brooklyn, une « bodega ». L’étiquette indiquait « Retatrutide » et « pour la recherche uniquement, pas pour la consommation humaine ».

Au laboratoire, les deux produits achetés en ligne correspondaient à un étalon de base de rétatrutide fabriqué par le chercheur Jason Galpin. Mais cet étalon n’est pas le médicament testé par Lilly dans ses essais. Et l’article ne donne ni la pureté ni la quantité réelle de produit dans ces flacons. Pour le flacon de l’épicerie, le verdict est sans appel. « It does not look anything like a peptide » (« Ça ne ressemble en rien à un peptide », traduit par nos soins), a déclaré le chercheur. À la place, il a trouvé de l’acide phénylacétique, qu’il décrit comme une charge, que l’on trouve couramment dans les parfums et les baumes à lèvres.

Les bactéries, c’est grave ?

Un second spécialiste de l’université, Carl Ross, a compté 13 colonies de bactéries dans ce même flacon. Avec ce produit, explique-t-il, on injecte des bactéries sous la peau, où elles peuvent se multiplier et provoquer une infection.

Une médecin de l’université Yale, Reshma Ramachandran, juge stupéfiante la facilité avec laquelle on se procure ces produits. Selon elle, les acheteurs servent en pratique de cobayes, puisque la molécule n’a pas encore été reconnue sûre et efficace.

Eli Lilly, qui a un intérêt commercial direct à combattre ces copies, a réagi par un communiqué. « Consumers are gambling with their health, with no way of knowing when a dangerous vial may arrive at their door », écrit un porte-parole (« Les consommateurs jouent avec leur santé, sans aucun moyen de savoir quand un flacon dangereux arrivera chez eux »).

Cette enquête arrive dans un climat tendu. CBS a déjà révélé que deux décès signalés à l’Agence américaine du médicament (FDA) mentionnaient du rétatrutide, sans preuve de lien de cause à effet (lire notre article). Le 14 octobre, des sénateurs emmenés par le sénateur Banks ont demandé à la FDA de sévir contre ces produits « pour la recherche ». Le 20 octobre, le site STAT a rapporté que des élus des deux camps pressent la FDA de fermer cette faille.

Pourquoi rester prudent ?

  • Nature de la source : c’est une enquête de presse, pas une étude scientifique. Trois flacons seulement ont été testés, on ne peut pas en tirer une proportion pour tout le marché.
  • Analyses incomplètes : pour les deux flacons achetés en ligne, CBS ne publie ni pureté, ni dose réelle, ni recherche de bactéries. « Ça ressemble à du rétatrutide » ne veut pas dire « c’est sûr ».
  • Qui parle : Eli Lilly fabrique le vrai rétatrutide et a intérêt à décourager le marché noir. Une médecin indépendante tient toutefois le même discours.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a déconseillé dès juillet 2026 d’utiliser les peptides vendus en ligne, en citant le rétatrutide parmi les produits concernés. À notre connaissance, il n’est pas non plus autorisé en Belgique. Notre fiche rétatrutide fait le point sur les essais.

Concrètement, un flacon de « Reta » peut contenir le bon produit, autre chose ou des bactéries. Si vous cherchez à perdre du poids, parlez-en à votre médecin : des traitements autorisés existent, comme Mounjaro ou Wegovy, avec un suivi. Et si vous avez déjà injecté un produit de ce type et que vous avez de la fièvre, une rougeur ou un gonflement au point d’injection, consultez rapidement un médecin ou appelez le 15.

👥 Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ?

Rejoignez notre groupe Facebook d’entraide France & Belgique : questions, expériences, actus vérifiées, sans pub pour des médicaments.

Rejoindre le groupe

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut