Deux femmes de 41 et 49 ans sont mortes aux États-Unis après avoir utilisé des produits vendus comme du rétatrutide, le futur médicament anti-obésité d’Eli Lilly, qui n’est autorisé nulle part. Leurs décès ont été signalés à l’agence américaine du médicament (FDA), révèle la chaîne CBS News le 13 octobre. Rien ne prouve à ce stade que le produit les a tuées. Mais l’affaire jette une lumière crue sur le marché noir du « Reta », en pleine explosion.
Ce qu’il faut retenir
- Deux décès ont été signalés à la FDA en juillet et en septembre 2026 chez des personnes qui prenaient du rétatrutide acheté hors circuit médical
- Le lien de cause à effet n’est pas établi : la FDA n’a pas dit si elle avait vérifié ces signalements
- Pour Eli Lilly, ces deux personnes prenaient du rétatrutide « du marché noir »
- Les appels aux centres antipoison américains liés au rétatrutide ont plus que triplé en six mois
- Le rétatrutide n’est autorisé nulle part : tout produit vendu aujourd’hui sous ce nom est illégal et de composition inconnue
Deux décès signalés à la FDA
CBS News a obtenu, grâce à une demande d’accès aux documents administratifs, deux signalements transmis au système de pharmacovigilance de la FDA, le FAERS. Les documents sont en partie caviardés.
Le premier, en juillet, a été rédigé par un professionnel de santé. Il concerne une femme de 41 ans, en situation d’obésité, qui a fait un arrêt cardiaque. Le rétatrutide y figure comme « produit suspect », obtenu auprès d’une « source non fiable ». Elle est arrivée à l’hôpital avec un rythme cardiaque dangereusement rapide, et la réanimation a échoué. Le signalement précise qu’elle consommait aussi du kava, une plante relaxante, à ce moment-là.
Le second, en septembre, concerne une patiente de 49 ans, morte après une déshydratation sévère, une dénutrition et un arrêt cardiaque. Selon le document, une infirmière l’aurait « convaincue » d’acheter le produit, lui aurait envoyé un lien, vendu des flacons et conseillé des doses. Le flacon portait le nom d’un vendeur de peptides étiqueté « réservé à la recherche ». Interrogé par CBS, ce vendeur a d’abord nié vendre du rétatrutide ; son avocate conteste tout lien et indique que la FDA ne l’a pas contacté.
Aucun de ces deux cas n’est lié à un essai clinique, selon les documents et selon Eli Lilly.
Le produit est-il responsable ?
On ne le sait pas. Un signalement de pharmacovigilance n’est pas une preuve : il rapporte qu’un événement est survenu chez une personne qui prenait un produit, sans démontrer que le produit l’a causé. CBS précise ne pas avoir pu vérifier ces informations, et les parties caviardées empêchent de connaître, par exemple, le numéro de lot.
La FDA, de son côté, se contente d’indiquer qu’elle examine les signalements et rassemble des informations complémentaires si nécessaire, sans dire si elle a vérifié ces deux-là.
Pour le Dr Pieter Cohen, professeur associé à la faculté de médecine de Harvard, l’agence devrait faire « tout ce qui est en son pouvoir » pour récupérer le produit réellement utilisé (traduit par nos soins). C’est le cœur du problème : personne ne sait ce que contenaient ces flacons.
Ce que dit Eli Lilly
Le fabricant du vrai rétatrutide estime que ces signalements montrent clairement que les deux personnes prenaient du rétatrutide « du marché noir ». Lilly dit avoir trouvé, dans des produits suspects, trop de principe actif, pas assez, ou un mauvais principe actif, ainsi que des contaminants pouvant faire courir « un risque grave » aux patients (traduit par nos soins). Le laboratoire poursuit en justice des vendeurs de contrefaçons.
Un marché noir en pleine explosion
Selon les centres antipoison américains (America’s Poison Centers), cités par CBS, les signalements liés au rétatrutide sont passés de 249 entre janvier et mars 2026 à 862 sur les trois mois achevés en septembre. Plus du triple en six mois.
Ces produits se vendent sur des sites de « peptides de recherche », dans des spas, sur des sites de bien-être et même, selon CBS, dans certaines supérettes. Des dizaines de professionnels de santé en font la promotion en ligne.
En France et en Belgique aussi, le « Reta » circule sur les réseaux sociaux et les sites étiquetés « pour la recherche ». Nous avons détaillé les risques de ce marché gris des peptides.
Rétatrutide : où en est le vrai médicament ?
Le rétatrutide est développé par Eli Lilly. Il agit sur trois hormones à la fois (GLP-1, GIP et glucagon) et a montré, dans les essais cliniques, une perte de poids supérieure à celle des médicaments actuels. Mais il est encore en cours d’évaluation : il n’est autorisé ni aux États-Unis, ni en Europe, et n’est accessible légalement que dans le cadre d’essais cliniques. Nous faisons le point sur son calendrier et son prix attendus et sur ses effets sur les muscles.
Ce qu’il faut garder en tête
- Le lien entre ces décès et le produit n’est pas prouvé. Mais personne ne peut dire ce que contenaient les flacons, et c’est précisément le danger.
- Tout « rétatrutide » vendu aujourd’hui est illégal. Qu’il soit présenté comme « pour la recherche », « pharmaceutique » ou vendu par un soignant, il ne vient pas d’un circuit autorisé.
- Vomissements, diarrhée, impossibilité de boire ou de manger, palpitations : si vous ou un proche avez pris un tel produit et ressentez ces signes, appelez un médecin, le 15 (France), le 112 (Belgique) ou un centre antipoison.
- Vous voulez perdre du poids avec un traitement ? Parlez-en à votre médecin : des médicaments autorisés et suivis existent déjà.
Sources
- CBS News, Daniel Gilbert, « Two deaths were reported to the FDA. Is the bootleg weight-loss drug « Reta » to blame? », 13 octobre 2026
- FDA : présentation du système de pharmacovigilance FAERS
Cet article est fourni à titre d’information. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin.
