Un patient obtient une ordonnance de Wegovy dans une clinique, puis une deuxième dans une autre, pour la même période. Le logiciel du médecin affiche une alerte… et l’ordonnance est quand même rédigée. En Corée du Sud, c’est arrivé 70 018 fois entre octobre 2024 et août 2026, selon des chiffres officiels publiés ce mercredi 21 octobre par le Korea Biomedical Review. Et un cumul de Wegovy et de Mounjaro n’est même pas repéré.
Ce qu’il faut retenir
- 70 018 prescriptions maintenues malgré une alerte de doublon (oct. 2024 – août 2026)
- 38 466 cas sur 8 mois en 2026, soit 23,4 % de plus que sur toute l’année 2025
- Mounjaro : de 3 332 à 23 321 cas en un an
- Un cumul Wegovy + Mounjaro dans deux cliniques ne déclenche aucune alerte
Que révèlent les chiffres coréens ?
Les données viennent de l’organisme d’évaluation de l’assurance maladie coréenne (HIRA), via la députée Seo Young-seok (Parti démocrate). Elles portent sur le système DUR, pour Drug Utilization Review (contrôle de l’usage des médicaments). Son rôle : prévenir le médecin quand son patient a déjà reçu, dans un autre établissement, le même principe actif pour une période qui se chevauche. Simple avertissement à l’écran, il ne bloque rien.
Résultat : 31 164 ordonnances maintenues malgré l’alerte en 2025, puis 38 466 de janvier à août 2026 : +23,4 % en huit mois seulement. Attention, ce sont des prescriptions, pas des personnes : elles concernent 24 742 patients en 2025 et 31 597 sur les huit premiers mois de 2026.
La hausse vient surtout de Mounjaro (tirzépatide), lancé en Corée en août 2025 : 3 332 cas en 2025, 23 321 de janvier à août 2026, près de sept fois plus. Pour Wegovy (sémaglutide), on passe de 27 420 à 15 101 cas sur les mêmes périodes. Nous évoquions déjà en octobre un risque d’abus en Corée.
Et si on cumule Wegovy et Mounjaro ?
C’est l’angle mort du système. Wegovy et Mounjaro ont des principes actifs différents : le DUR ne fait donc aucun lien entre eux. Selon le Seoul Economic Daily, si un patient sous Wegovy obtient du Mounjaro dans un autre hôpital, rien ne s’affiche. Ce cumul n’est donc pas compté dans les 70 018 cas.
Or c’est précisément ce que la notice déconseille. Les deux médicaments agissent sur le récepteur du GLP-1, l’hormone qui coupe l’appétit. Le résumé des caractéristiques du produit de Wegovy, validé par l’Agence européenne des médicaments (EMA), précise que le sémaglutide ne doit pas être associé à d’autres agonistes du récepteur du GLP-1 : cette association n’a pas été évaluée et un risque accru d’effets indésirables liés à un surdosage est jugé probable. En France, l’ANSM note que les complications graves du mésusage, comme les pancréatites, surviennent dans plus de neuf cas sur dix avec des doses trop élevées ou augmentées trop vite.
La députée le dit sans détour : « la sécurité d’une administration qui se chevauche n’a pas été suffisamment établie », d’où sa conclusion, « Il faut une surveillance renforcée » (traduit par nos soins). Elle demande d’intégrer ces médicaments à un contrôle par classe thérapeutique, d’obliger les médecins à justifier une prescription maintenue malgré l’alerte et de mieux repérer les patients qui cumulent. Elle redoute aussi une revente illégale. Le ministère de la Sécurité des aliments et des médicaments veut, depuis le 5 juin 2026, classer ces molécules parmi les médicaments à risque de mésusage ; le 13 octobre, la mesure était toujours à l’étude.
Et en France ?
Comme partout dans l’Union européenne, Wegovy et Mounjaro ne sont délivrés que sur ordonnance. Depuis le 15 juin 2026, ils sont remboursés à 65 % dans l’obésité, sous conditions : selon Vidal, la première prescription remboursée est réservée aux médecins exerçant en centre spécialisé de l’obésité, en CHU ou en structure de soins médicaux et de réadaptation, et un document rempli par le prescripteur doit être présenté en pharmacie avec l’ordonnance. Tout médecin peut ensuite renouveler. Dans son rapport du 7 octobre, l’ANSM estime à plus de 840 000 les patients traités par ces médicaments et signale un mésusage persistant, avec des produits obtenus hors des circuits officiels dans deux cas sur trois (lire notre enquête sur ceux qui maigrissent sans ordonnance). À notre connaissance, aucune donnée publique ne chiffre les doubles prescriptions en France ni en Belgique.
Pourquoi rester prudent ?
- Nature de la source : des chiffres administratifs transmis à une élue et relayés par deux médias coréens, pas une étude scientifique.
- Prescriptions et patients : une alerte ignorée ne prouve pas à elle seule un abus. Les raisons de chaque prescription ne sont pas publiées.
- Contexte différent : le système coréen n’est pas le nôtre, et le danger d’un cumul vient de la notice, pas d’un essai dédié.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Sous Wegovy, Mounjaro ou Ozempic, gardez un seul prescripteur et signalez ce traitement à tout autre médecin. Ne prenez jamais deux médicaments de cette famille en même temps. Et une douleur au ventre intense et persistante doit faire consulter sans attendre : c’est un signe possible de pancréatite.
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Sources
- Korea Biomedical Review, « 70,018 GLP-1 prescriptions issued despite duplicate alerts » (données HIRA), 21 octobre 2026
- Seoul Economic Daily, « Doctors kept prescribing weight-loss drugs despite 70,000 duplicate alerts », 22 octobre 2026
- EMA, Wegovy, résumé des caractéristiques du produit (rubrique 4.4)
- ANSM, 3e rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1 : persistance du mésusage associé à des complications graves, 7 octobre 2026
- Vidal, « Obésité : prise en charge de Wegovy et Mounjaro à partir du 15 juin 2026 sous conditions », 28 mai 2026 (mis à jour 12 juin)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
