Démence : une hémoglobine trop basse liée à 16 % de risque en plus, ce qu’il faut savoir

Un taux d'hémoglobine trop bas, ou trop haut, est associé à un risque de démence un peu plus élevé jusqu'à 15 ans plus tard, selon une étude coréenne présentée ce vendredi 9 octobre. Les chercheurs déconseillent de prendre du fer de soi-même.

Santé et consultation médicale

Votre dernière prise de sang dit que vous êtes « un peu anémié » ? Ou au contraire que votre taux d’hémoglobine est un peu haut ? Une grande étude coréenne, présentée ce vendredi 9 octobre par le Collège européen de neuropsychopharmacologie, relie ces deux situations à un risque de démence un peu plus élevé, jusqu’à 15 ans plus tard. Avant d’acheter du fer, lisez la suite.

Ce qu’il faut retenir

  • 316 542 adultes coréens de 40 ans et plus suivis jusqu’à 15 ans.
  • Risque de démence +16 % pour les taux les plus bas, +7 % pour les plus hauts.
  • Étude d’observation : un lien, pas une preuve de cause.
  • Les auteurs déconseillent tout fer en automédication pour prévenir la démence.

Qu’ont découvert les chercheurs ?

L’hémoglobine, c’est la protéine des globules rouges qui transporte l’oxygène dans tout le corps. Elle figure dans la plupart des bilans sanguins. Quand elle est trop basse, on parle d’anémie.

L’équipe du Dr Hyun Soo Kim, de la faculté de médecine de l’université Dong-A, à Busan (Corée du Sud), a repris les données de 316 542 adultes de 40 ans et plus. Tous avaient passé un bilan de santé national en 2004 ou 2005. Les chercheurs ont ensuite suivi les diagnostics de démence dans les dossiers de l’assurance maladie coréenne jusqu’à fin 2019.

Ils ont classé les participants en cinq groupes, du taux d’hémoglobine le plus bas au plus haut. Résultat : une courbe en U. Ceux qui avaient les valeurs les plus basses (le cinquième le plus bas) avaient un risque de démence supérieur de 16 % à celui du groupe de référence. Ceux qui avaient les valeurs les plus hautes, de 7 %.

Le tableau change selon le type de démence :

  • Maladie d’Alzheimer : le surrisque concerne surtout les taux les plus bas (+14 %).
  • Démence vasculaire, liée à un mauvais apport de sang au cerveau : +19 % pour les taux les plus bas, +18 % pour les plus hauts. Pour cette forme, le lien était plus net et plus régulier chez les femmes que chez les hommes, selon le communiqué.

Les travaux ont été publiés dans le Journal of Alzheimer’s Disease et présentés au congrès de Munich, du 10 au 13 octobre.

Est-ce que les experts y croient ?

Les auteurs eux-mêmes restent mesurés. Pour le Dr Kim, ces résultats ne montrent pas que l’hémoglobine provoque la démence. Un taux anormal serait plutôt un signe visible d’une fragilité physique plus générale, qui compte aussi pour le cerveau.

La Dr Lindsey Sinclair, de l’université de Southampton (Royaume-Uni), n’a pas participé à l’étude. Elle rappelle que la santé du corps et celle du cerveau sont de plus en plus liées dans les recherches. Mais elle tempère :

« Si cette étude montre un lien possible entre le taux d’hémoglobine et le risque de démence, il faut davantage de travaux pour comprendre si ce lien existe chez des personnes d’horizons plus variés. »

(Citations traduites de l’anglais par nos soins.)

Pourquoi rester prudent ?

  • Association n’est pas preuve : c’est une étude d’observation. Elle constate un lien, elle ne prouve pas que l’hémoglobine en est la cause.
  • L’effet peut être inversé : une démence qui débute sans être diagnostiquée peut elle-même faire moins bien manger, maigrir, fragiliser… et provoquer une anémie.
  • Une seule population, financée par l’université : des Coréens, avec une seule prise de sang au départ. L’étude est financée par un fonds de recherche de l’université Dong-A. Aucun lien avec un laboratoire n’est signalé.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Le message principal des chercheurs est clair : ne prenez pas de fer de vous-même pour « protéger votre cerveau ».

« Nous tenons à souligner que ces résultats ne doivent pas être interprétés comme un conseil de prendre des suppléments de fer, pour augmenter le taux d’hémoglobine, ou de faire baisser un taux élevé, dans le but de prévenir la démence », insiste le Dr Hyun Soo Kim.

Un taux anormal doit en revanche être discuté avec un médecin, car il peut signaler un autre problème de santé. Quelques questions à lui poser :

  • Mon taux est-il vraiment hors des normes, ou juste à la limite ?
  • Quelle peut en être la cause, et faut-il des examens en plus ?
  • Ai-je besoin d’un traitement, et lequel ?

En France, l’Assurance maladie rappelle que l’anémie par manque de fer vient souvent de saignements, et qu’on la soigne avec des médicaments contenant du fer et en traitant sa cause. D’où l’intérêt d’un vrai bilan plutôt que d’une boîte achetée au hasard, en France comme en Belgique. L’enjeu est de taille : selon l’Inserm, 1 à 1,2 million de personnes souffrent de la maladie d’Alzheimer en France.

Une banale prise de sang peut aussi renseigner sur le vieillissement : lisez notre article sur une prise de sang pour prédire vos risques à 10 ans. Et sur les autres signaux précoces, voyez les signes d’Alzheimer jusqu’à 10 ans avant le diagnostic ou le lien entre trouble de l’attention et démence.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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