Vieillissement : une prise de sang pour prédire vos risques à 10 ans, ce qu’il faut savoir

Une étude publiée vendredi 9 octobre dans Immunity montre que l'équilibre entre deux familles de globules blancs est associé au risque de maladies chroniques et de décès dix ans plus tard. Aucun test n'existe encore.

Santé et consultation médicale

Deux personnes de 60 ans, en bonne santé, aux analyses normales. Pourtant, l’une développera peut-être un diabète ou de l’hypertension dans les dix ans, l’autre non. Et si une simple prise de sang permettait de repérer, bien avant les symptômes, laquelle des deux vieillit sur une mauvaise pente ? C’est la piste ouverte par une étude publiée ce vendredi 9 octobre dans la revue scientifique Immunity, menée par l’école de médecine de l’université Washington à Saint-Louis (WashU Medicine), avec le Nationwide Children’s Hospital (Ohio) et le King’s College de Londres.

Ce qu’il faut retenir

  • 12,4 millions de cellules immunitaires analysées chez 2 609 adultes de 20 à plus de 90 ans
  • Un excès de lymphocytes « à granzyme B » associé à plus de décès, diabète, hypertension, maladies du foie et des reins à 10 ans
  • Modèle testé sur environ 50 000 participants de la UK Biobank
  • Étude observationnelle : aucun test disponible en France ni en Belgique

Qu’ont découvert les chercheurs ?

L’équipe a passé au crible environ 12,4 millions de cellules immunitaires prélevées dans le sang de 2 609 adultes, pour la plupart en bonne santé, âgés de 20 à plus de 90 ans. Ils venaient de huit groupes de volontaires (Amérique du Nord, Royaume-Uni, Asie, Australie).

Premier constat : chez les jeunes, le sang est rempli de globules blancs « naïfs », qui n’ont encore jamais combattu d’infection. Chez certaines personnes âgées, en revanche, on trouve davantage de cellules liées à l’inflammation.

Les chercheurs se sont surtout intéressés aux lymphocytes T CD8, des globules blancs « tueurs » qui gardent la mémoire des infections passées. Certains fabriquent une protéine appelée granzyme B, qui détruit directement les cellules malades. D’autres produisent du granzyme K, moins connu, qui servirait plutôt à appeler des renforts. C’est l’équilibre entre ces deux familles qui fait la différence.

« Nous avons découvert qu’il existe dans le sang des indices qui peuvent nous dire si quelqu’un suit une trajectoire de vieillissement saine ou non », résume Maxim Artyomov, professeur de pathologie et d’immunologie à WashU Medicine et coauteur principal (traduit par nos soins).

Que peut-on prédire avec cette prise de sang ?

Pour tester leur idée sur une très grande population, les scientifiques se sont tournés vers la UK Biobank, une immense base de données britannique qui suit environ 500 000 volontaires recrutés entre 40 et 69 ans, en bonne santé au départ, pendant jusqu’à 15 ans. Problème : ces échantillons ne contiennent pas le comptage de ces lymphocytes. L’équipe a donc construit un modèle informatique qui déduit cet équilibre à partir des protéines présentes dans le sang, puis l’a appliqué à environ 50 000 participants.

Résultat : les adultes en bonne santé dont le système immunitaire penchait du côté du granzyme B avaient un risque de décès plus élevé une dizaine d’années plus tard. Ils étaient aussi plus souvent touchés par des maladies chroniques au cours de la décennie suivante : diabète de type 2, hypertension, maladies du foie et insuffisance rénale, entre autres. À l’inverse, un vieillissement en bonne santé fait plutôt basculer la balance vers le granzyme K au fil du temps.

Attention, prévient Marina Terekhova, médecin et coautrice : ce n’est pas un diagnostic de maladie, mais un signal que l’organisme pourrait être en train de dévier. Les chercheurs comparent cela à vérifier le niveau d’huile d’une voiture avant que le voyant moteur ne s’allume.

Pourquoi rester prudent ?

  • Un lien, pas une preuve : l’étude est observationnelle. Maxim Artyomov reconnaît lui-même, auprès du site Live Science, que ce déséquilibre pourrait être une conséquence de la maladie plutôt que sa cause.
  • Une prédiction indirecte : dans la UK Biobank, les cellules n’ont pas été comptées ; leur équilibre a été estimé par un modèle construit sur un petit groupe (329 personnes, selon Live Science). Il faudra le confirmer sur d’autres populations.
  • Qui finance ? Des fonds publics américains (Instituts nationaux de la santé, les NIH), l’Aging Biology Foundation, la Jackson Laboratory et l’American Heart Association. Le communiqué ne mentionne pas de liens d’intérêts ; nous n’avons pas pu consulter la déclaration de l’article.

Un regard extérieur tempère l’enthousiasme. Claire Gustafson, immunologiste à l’Allen Institute, qui n’a pas participé aux travaux, juge la piste prometteuse mais rappelle que des données sur des populations plus variées seront nécessaires. Pour elle, c’est « en quelque sorte la première étape » (traduit par nos soins).

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Pour l’instant, rien : aucun test de ce type n’est disponible, ni en France ni en Belgique, et il n’est évidemment pas remboursé. La cartographie actuelle exige des technologies de laboratoire complexes et coûteuses. L’équipe de Saint-Louis dit travailler à une version simplifiée, réalisable avec du matériel standard, sans calendrier annoncé.

Méfiez-vous donc des offres en ligne qui promettent de mesurer votre « âge immunitaire ». Si vous vous interrogez sur votre façon de vieillir, parlez-en à votre médecin traitant : tension, glycémie, bilan du foie et des reins restent les examens qui comptent aujourd’hui. À lire : les horloges du vieillissement et l’âge biologique, les cellules zombies et notre guide des peptides anti-âge.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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