Démence : un risque 4 fois plus élevé avec un trouble de l’attention, ce qu’il faut savoir

Publiée ce mercredi dans JAMA Psychiatry, une étude sur plus de 187 000 Américains de 50 ans et plus associe le TDAH à un risque de trouble cognitif plus de 4 fois plus élevé. Un lien, pas une fatalité.

Seniors

Vous avez toujours eu du mal à rester concentré, à finir ce que vous commencez, à tenir en place en réunion ? Ces signes évoquent le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), longtemps vu comme un problème d’enfant. Une grande étude américaine, publiée ce mercredi 7 octobre dans la revue JAMA Psychiatry, pose une question qui inquiète : ce trouble pèse-t-il aussi sur la mémoire en vieillissant ?

Ce qu’il faut retenir

  • 187 000 adultes de 50 ans et plus suivis environ 10 ans aux États-Unis
  • 6,7 % de troubles cognitifs ou démence avec un TDAH, contre 3,4 % sans
  • Risque plus de 4 fois plus élevé après ajustement sur l’âge, le sexe et les maladies
  • Étude d’observation : elle ne prouve pas que le TDAH cause la démence

Qu’ont-ils découvert ?

Les chercheurs de l’université de Pittsburgh ont analysé les dossiers médicaux et les données génétiques de plus de 187 000 adultes de 50 ans et plus, suivis en moyenne une dizaine d’années dans le grand programme de recherche public américain All of Us. Environ 3 000 d’entre eux avaient un diagnostic de TDAH.

Résultat : 6,7 % des participants avec un TDAH ont ensuite reçu un diagnostic de démence ou de trouble cognitif léger (des pertes de mémoire ou de concentration plus marquées que la normale, sans perte d’autonomie), contre 3,4 % chez les autres. Soit environ 1 personne sur 15 avec un TDAH, contre 1 sur 30 sans.

Une fois pris en compte l’âge, le sexe et les autres maladies, le risque de trouble cognitif était plus de quatre fois plus élevé chez les personnes avec un TDAH. Ce lien s’affaiblit quand les chercheurs ajoutent d’autres facteurs (niveau d’études, recours aux soins), mais il ne disparaît pas.

Deux vérifications renforcent le résultat. D’abord, le lien persiste même quand au moins huit ans séparent le diagnostic de TDAH des premiers troubles de mémoire : il ne s’agit donc pas simplement de débuts de démence pris à tort pour un TDAH. Ensuite, l’analyse de l’ADN montre que les personnes ayant le « score génétique » de TDAH le plus élevé avaient un risque de démence 35 % plus élevé que celles au score le plus bas, y compris sans diagnostic de TDAH.

Que disent les chercheurs ?

« Deux types de preuves différents pointent dans la même direction », résume Tharick Pascoal, psychiatre et neurologue, auteur principal de l’étude, dans le communiqué de l’université (traduit par nos soins).

Les auteurs restent toutefois mesurés. Pour son co-auteur Douglas Leffa, psychiatre à Pittsburgh, interrogé par la radio publique locale WESA : « Les personnes atteintes de TDAH ne doivent pas interpréter ces résultats comme signifiant qu’elles vont développer une démence. » De fait, l’immense majorité des participants avec un TDAH n’ont eu aucun trouble cognitif pendant le suivi.

Plusieurs pistes sont évoquées pour expliquer ce lien : une « réserve cognitive » plus faible, ou une exposition plus fréquente, tout au long de la vie, à des facteurs connus pour abîmer le cerveau (tabac, mauvais sommeil, problèmes cardiovasculaires). Rien n’est tranché. On ne sait pas non plus si les médicaments du TDAH augmentent, réduisent ou ne changent pas ce risque.

Pourquoi rester prudent ?

  • Association n’est pas preuve : l’étude observe un lien, elle ne démontre pas que le TDAH cause la démence. Les auteurs le disent eux-mêmes.
  • Des données de dossiers médicaux : beaucoup d’adultes avec un TDAH ne sont jamais diagnostiqués, et ceux qui le sont consultent souvent davantage, ce qui peut faire repérer plus tôt des troubles de mémoire.
  • Qui finance ? Des fonds publics américains (Institut national sur le vieillissement) et l’Alzheimer’s Association, pas un laboratoire pharmaceutique. L’étude porte sur des Américains : les résultats restent à confirmer ailleurs.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France, entre 1 et 1,2 million de personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer, et environ 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, selon l’Inserm. L’institut rappelle que les experts reconnaissent 14 facteurs de risque sur lesquels on peut souvent agir : sédentarité, tabac, alcool, hypertension, cholestérol, diabète, perte d’audition non corrigée, isolement social, dépression… En Belgique comme en France, le diagnostic de TDAH chez l’adulte se fait auprès d’un médecin, souvent un psychiatre.

Pour les chercheurs de Pittsburgh, le message n’est pas la fatalité mais la vigilance : les soignants doivent être attentifs aux changements de mémoire chez les personnes avec un TDAH qui vieillissent, et les bonnes habitudes pour le cerveau (sommeil, activité physique, alimentation équilibrée, contrôle de la tension et du cholestérol, apprendre de nouvelles choses) valent d’autant plus pour elles.

Les questions à poser à votre médecin si vous êtes concerné :

  • Mon TDAH est-il bien suivi à l’âge adulte, et mon traitement est-il toujours adapté ?
  • Ma tension, mon cholestérol et mon sommeil sont-ils contrôlés ?
  • Faut-il faire un bilan de mémoire si je remarque des changements ?

Méfiez-vous en revanche des produits vendus en ligne comme « boosters » de cerveau, y compris certains peptides présentés comme nootropiques : aucun n’a montré qu’il protégeait de la démence.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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