Les patients le racontaient depuis des années : sous agoniste du GLP-1, l’envie de boire s’émousse. Un essai randomisé publié le 30 avril 2026 dans The Lancet apporte l’une des démonstrations les plus solides à ce jour. Chez 108 adultes souffrant à la fois d’obésité et d’un trouble de l’usage de l’alcool, le sémaglutide a réduit plus nettement que le placebo le nombre de jours de forte consommation. Un pas important, qui reste toutefois cantonné à une population précise.
Ce qu’il faut retenir
- 108 adultes avec trouble de l’usage de l’alcool et obésité, essai en double aveugle
- Sémaglutide hebdomadaire contre placebo pendant 26 semaines, avec thérapie cognitivo-comportementale pour tous
- 13,7 points de baisse supplémentaire des jours de forte consommation (p = 0,0015)
- Résultat confirmé par un biomarqueur sanguin de l’alcool (PEth)
- Pas d’autorisation du sémaglutide dans l’alcoolodépendance
La fiche de l’étude
| Référence | Klausen M. K., Fink-Jensen A. et al., « Once-weekly semaglutide versus placebo in patients with alcohol use disorder and comorbid obesity », The Lancet, 30 avril 2026 (essai SEMALCO, NCT05895643) |
|---|---|
| Type d’étude | Essai randomisé, en double aveugle, contre placebo, monocentrique (centre de santé mentale de Copenhague, Danemark) |
| Participants | 108 adultes de 18 à 70 ans (âge moyen 52 ans, 49 % de femmes), IMC ≥ 30, en demande de soins, avec au moins 6 jours de forte consommation par mois et un score AUDIT supérieur à 15 ; 88 ont terminé l’essai |
| Traitement comparé | Sémaglutide injectable hebdomadaire (dose de 2,4 mg testée, celle de Wegovy) contre placebo ; jusqu’à 10 séances de thérapie cognitivo-comportementale dans les deux groupes |
| Durée | 26 semaines |
| Critère principal | Évolution du nombre de jours de forte consommation sur 30 jours entre l’inclusion et la semaine 26 |
| Financement | Fondations publiques et privées danoises, dont la Novo Nordisk Foundation ; plusieurs auteurs déclarent des liens financiers avec Novo Nordisk |
Ce que montrent les résultats
Au départ, les participants buvaient beaucoup : en moyenne 17 jours de forte consommation par mois et environ 2 200 g d’alcool pur sur 30 jours. Après six mois, les deux groupes ont réduit leur consommation, ce qui illustre l’effet de la thérapie et du suivi. Mais la baisse est nettement plus forte sous sémaglutide : 13,7 points de pourcentage de jours de forte consommation en moins par rapport au placebo (IC 95 % −22 à −5,4 ; p = 0,0015), selon les données rapportées par Healio. Concrètement, d’après le communiqué du Lancet, les patients traités en étaient à environ 5 jours de forte consommation par mois, contre 9 sous placebo.
La quantité totale d’alcool suit la même pente : environ 650 g sur 30 jours sous sémaglutide contre 1 175 g sous placebo. Les patients traités boivent aussi en moyenne 1,5 verre de moins les jours où ils boivent. Point fort de l’étude, ces déclarations sont validées par des marqueurs biologiques : le phosphatidyléthanol (PEth), marqueur sanguin de référence de la consommation d’alcool, baisse davantage sous traitement, tout comme la gamma-GT, enzyme hépatique sensible à l’alcool (p < 0,0001 pour les deux). L’envie de boire et les conséquences négatives de la consommation diminuent également plus fortement.
Sans surprise, le poids recule aussi : 9 points de pourcentage de baisse supplémentaire et 8,3 cm de tour de taille en moins par rapport au placebo.
Effets indésirables et tolérance
Les effets indésirables sont surtout digestifs (nausées, troubles gastro-intestinaux), plus fréquents sous sémaglutide et le plus souvent légers à modérés. Quatre patients du groupe traité ont arrêté pour effets indésirables. Un événement grave a été rapporté : une hospitalisation pour douleurs abdominales, le patient ayant poursuivi l’essai. Aucun signal nouveau par rapport au profil connu de la molécule (voir notre dossier sur les effets secondaires des GLP-1).
Les limites de l’étude
- Petit effectif : 108 patients, un seul centre, et 20 sorties d’essai avant la fin.
- Population restreinte : uniquement des personnes obèses, majoritairement blanches. Rien ne dit que l’effet serait le même chez des buveurs de poids normal.
- Pas de suivi après l’arrêt : on ignore si la baisse de consommation persiste une fois le traitement interrompu.
- Aveugle imparfait : les effets digestifs et la perte de poids peuvent permettre aux patients de deviner leur groupe.
- Liens avec le fabricant : financement partiel par la Novo Nordisk Foundation et conflits d’intérêts déclarés de plusieurs auteurs.
Le résultat s’inscrit toutefois dans une série cohérente. En février 2025, un premier essai randomisé américain de 48 patients (Hendershot et al., JAMA Psychiatry) avait montré une baisse de la quantité d’alcool consommée en laboratoire et des envies de boire. En 2026, un essai de 50 patients publié dans l’American Journal of Psychiatry (Schacht et al.) a testé le sémaglutide oral : il a manqué son critère principal (l’envie de boire déclenchée en laboratoire) mais réduit les jours de forte consommation.
Ce que ça change pour les patients en France et en Belgique
Le sémaglutide n’est autorisé ni en France ni en Belgique pour traiter l’alcoolodépendance. Ses indications restent le diabète de type 2 et l’obésité. En France, Wegovy est remboursé depuis le 15 juin 2026 dans l’obésité sévère (IMC ≥ 40, ou ≥ 35 avec une comorbidité), sur première prescription d’un spécialiste ; en Belgique, le ministre de la Santé a refusé son remboursement en juin 2026. Un patient obèse qui boit trop et qui entre dans ces critères peut en parler à son médecin, mais la prise en charge de l’alcool repose toujours sur les traitements et l’accompagnement validés. Plus d’informations sur la molécule dans notre fiche sémaglutide.
Notre verdict
C’est à ce jour l’essai le plus convaincant sur les GLP-1 et l’alcool : randomisé, en double aveugle, six mois de traitement, critère clinique pertinent et validation biologique. L’effet s’ajoute à celui d’une thérapie active, ce qui le rend d’autant plus intéressant. Mais 108 patients obèses dans un seul centre ne suffisent pas à faire du sémaglutide un traitement de l’alcoolisme : il faudra des essais plus larges, incluant des personnes sans obésité, et un suivi après l’arrêt.
Niveau de preuve : moyen. Essai randomisé de bonne qualité méthodologique, mais de petite taille, monocentrique et limité à une population obèse.
Sources
- Klausen M. K. et al., Once-weekly semaglutide versus placebo in patients with alcohol use disorder and comorbid obesity, The Lancet, 30 avril 2026
- EurekAlert / The Lancet, GLP-1 reduces heavy drinking days in treatment seeking people with alcohol use disorder and obesity, 30 avril 2026
- Healio, Semaglutide reduces heavy drinking for adults with alcohol use disorder, obesity, 1er mai 2026
- ClinicalTrials.gov, NCT05895643 (SEMALCO)
- Hendershot C. S. et al., Once-Weekly Semaglutide in Adults With Alcohol Use Disorder, JAMA Psychiatry, février 2025
- Schacht J. et al., Oral Semaglutide for Alcohol Use Disorder: A Randomized Clinical Trial, American Journal of Psychiatry, 2026
- Ameli, Obésité : de nouveaux médicaments peuvent être pris en charge dans des conditions encadrées, 2026
- La Libre, Pas de remboursement pour le Wegovy, 3 juin 2026
Rapport publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Avertissement médical.
