Ozempic et problèmes de vue : un risque doublé, mais très rare

Une grande analyse portant sur plus d'un million de diabétiques confirme un risque doublé d'atteinte du nerf optique, qui peut faire perdre la vue d'un œil. En pratique, cela reste rare : environ un cas pour 7 000 patients par an.

Préparation d'une injection

La neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique, ou NAION, est une sorte d’« infarctus » du nerf optique : elle provoque une perte de vision brutale, indolore et souvent définitive d’un œil. Depuis 2024, plusieurs études la relient au sémaglutide. Une méta-analyse publiée le 21 mai 2026 dans PLOS Medicine fait la synthèse des meilleures données disponibles : le risque est environ doublé, mais reste très faible en valeur absolue. Une nuance essentielle pour les millions de patients traités.

Ce qu’il faut retenir

  • Méta-analyse de 5 études observationnelles : 386 207 patients sous sémaglutide, 626 406 comparateurs
  • Risque de NAION environ doublé (HR 2,17), sans hétérogénéité entre études
  • Sur-risque absolu : environ 0,014 % par an, soit un cas en plus pour 7 000 patients traités
  • L’EMA classe la NAION comme effet indésirable très rare depuis juin 2025
  • Études observationnelles : association solide, causalité non démontrée

La fiche de l’étude

RéférenceChrzanowski J., Walicka M., Burzyński J., Zaraś M., Michalak A., Fendler W., « Semaglutide-associated risk of nonarteritic anterior ischemic optic neuropathy in patients with type 2 diabetes », PLOS Medicine, 21 mai 2026
Type d’étudeRevue systématique et méta-analyse d’études observationnelles (5 études dans l’analyse principale, 7 autres pour les analyses de sensibilité)
Participants386 207 patients diabétiques de type 2 traités par sémaglutide et 626 406 patients sous d’autres traitements du diabète
Traitement comparéSémaglutide contre tout autre antidiabétique ; analyses séparées excluant les autres GLP-1 et contre les inhibiteurs de SGLT2
DuréeVariable selon les études incluses (données de registres et de dossiers médicaux)
Critère principalSurvenue d’une NAION
FinancementFonds publics polonais (Foundation for Polish Science, Université de médecine de Łódź, National Science Centre Poland), sans financement industriel

Ce que montrent les résultats

Comparé à l’ensemble des autres antidiabétiques, le sémaglutide est associé à un risque de NAION multiplié par 2,17 (IC 95 % 1,73 à 2,74 ; p < 0,001). Le résultat tient quand on exclut les autres agonistes du GLP-1 des comparateurs (HR 2,13 ; IC 1,60 à 2,83) et quand on compare uniquement aux inhibiteurs de SGLT2 (HR 1,96 ; IC 1,28 à 2,99). Les études incluses sont remarquablement concordantes (hétérogénéité I² = 0 %), et retirer l’une d’elles ne change pas la conclusion.

Mais l’essentiel est ailleurs : en valeur absolue, le sur-risque est estimé à 0,014 % par an (IC 0,005 % à 0,023 %), soit environ un cas supplémentaire pour 7 000 patients traités pendant un an. C’est cohérent avec l’évaluation de l’Agence européenne du médicament : en juin 2025, son comité de pharmacovigilance (PRAC) a estimé, à partir des études épidémiologiques, que le risque était environ doublé chez les diabétiques sous sémaglutide, ce qui correspond à environ un cas supplémentaire pour 10 000 années de traitement.

Le signal était apparu en juillet 2024 avec une étude du Massachusetts Eye and Ear publiée dans JAMA Ophthalmology (Hathaway et al.). Menée dans un centre spécialisé de neuro-ophtalmologie, elle rapportait des rapports de risque beaucoup plus élevés (4,28 chez les diabétiques, 7,64 chez les personnes en surpoids ou obèses), mais sur des effectifs réduits et une population très sélectionnée. Les grandes études de registres, comme la cohorte dano-norvégienne de Simonsen et al. (Diabetes, Obesity and Metabolism, 2025), ont ensuite ramené l’estimation vers un doublement.

Effets indésirables et tolérance

La NAION est par nature un effet indésirable : c’est l’objet même de l’étude. Les mécanismes possibles (variations rapides de la glycémie, effets sur la pression ou la circulation au niveau du nerf optique) restent des hypothèses non démontrées. Le profil global du sémaglutide, dominé par les troubles digestifs, est détaillé dans notre dossier sur les effets secondaires des GLP-1.

Les limites de l’étude

  • Association, pas causalité. Toutes les études incluses sont observationnelles. Les patients sous sémaglutide peuvent différer des autres (diabète plus ancien ou mal équilibré, apnée du sommeil, hypertension, tous facteurs de risque de NAION) ; les ajustements statistiques ne corrigent pas tout. Les auteurs parlent eux-mêmes d’une « possible association » et d’une certitude faible.
  • Diagnostics issus de codes administratifs, rarement vérifiés par un ophtalmologiste : des erreurs de classement sont possibles.
  • Population limitée aux diabétiques de type 2 : les données manquent pour les patients traités pour obésité seule, à doses plus élevées.
  • Peu d’études primaires (cinq), même si elles sont grandes et concordantes ; l’intervalle de confiance de l’hétérogénéité reste large (0 à 92 %).
  • Pas de données d’essais randomisés : l’événement est trop rare pour être détecté dans les essais cliniques classiques.

Ce que ça change pour les patients en France et en Belgique

Depuis la recommandation du PRAC de juin 2025, la NAION figure dans les notices européennes d’Ozempic, Rybelsus et Wegovy comme effet indésirable « très rare » (jusqu’à 1 personne sur 10 000). La consigne des autorités est simple : en cas de perte de vision soudaine ou d’aggravation rapide de la vue pendant le traitement, il faut contacter un médecin sans attendre ; si la NAION est confirmée, le sémaglutide doit être arrêté. Cette méta-analyse ne change pas cette position, elle la conforte. Pour la grande majorité des patients, le bénéfice attendu dans le diabète ou l’obésité reste à mettre en regard de ce risque très faible, une évaluation qui relève du médecin. Le cas des autres incrétines comme le tirzépatide reste moins documenté.

Notre verdict

Ce travail indépendant consolide un signal désormais reconnu par les autorités : chez les diabétiques, le sémaglutide est associé à environ deux fois plus de NAION, mais le sur-risque concerne de l’ordre d’un patient sur plusieurs milliers par an. L’association est solide et reproductible ; la causalité, elle, n’est pas formellement établie, faute d’essais randomisés assez grands. La bonne réaction n’est ni la panique ni l’indifférence : connaître le symptôme d’alerte et consulter vite.

Niveau de preuve : moyen. Méta-analyse de grandes études observationnelles concordantes, mais sans données randomisées et avec un risque de confusion résiduelle.

Sources

Rapport publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Avertissement médical.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut