Vous êtes sous Mounjaro, ou vous y pensez, et vous entendez parler d’un « successeur » encore plus puissant ? Les deux viennent du même laboratoire, Eli Lilly. Les deux s’injectent une fois par semaine. Mais ils ne fonctionnent pas tout à fait de la même façon, et ils n’en sont pas du tout au même stade. Mounjaro est un médicament autorisé. Le rétatrutide reste un produit d’essai clinique. Voici les différences, chiffres à l’appui.
Ce qu’il faut retenir
- Mounjaro agit sur deux hormones (GLP-1 et GIP), le rétatrutide sur trois (avec le glucagon).
- Perte de poids moyenne : 20,9 % en 72 semaines pour Mounjaro (dose la plus forte), 25,0 % en 80 semaines pour le rétatrutide, selon le même mode de calcul.
- Ces chiffres viennent d’essais différents : aucune comparaison directe n’est encore publiée.
- L’essai TRIUMPH-5, qui les oppose sur environ 800 personnes, doit livrer ses principaux résultats fin 2026 selon le registre.
- Mounjaro est autorisé et remboursé sous conditions en France ; le rétatrutide n’est autorisé nulle part.
Qu’est-ce qui les distingue dans le corps ?
Mounjaro (tirzépatide) imite deux hormones de l’intestin, appelées GLP-1 et GIP. Elles coupent l’appétit, ralentissent la digestion et aident à réguler le sucre dans le sang.
Le rétatrutide fait la même chose, et ajoute une troisième cible : le récepteur du glucagon, une hormone qui agit surtout sur le foie. D’où son surnom de « triple agoniste ». Selon Lilly, il est 8,9 fois plus puissant que l’hormone naturelle sur le GIP, mais un peu moins que les hormones naturelles sur le GLP-1 et le glucagon (2,5 et 2,9 fois moins). Nous détaillons ce mécanisme dans notre explication du triple agoniste.
Pourquoi ajouter le glucagon ? Le Dr Simon Cork, physiologiste à l’université Anglia Ruskin (Royaume-Uni), sans lien d’intérêt déclaré, le résume ainsi : « Contrairement à Mounjaro, le rétatrutide cible aussi le glucagon, une hormone qui brûle activement les graisses pour les utiliser comme carburant. L’ajout du glucagon comme cible biologique est probablement à l’origine de la perte de poids supérieure observée par rapport à Mounjaro » (traduit par nos soins).
Lequel fait perdre le plus de poids ?
Sur le papier, le rétatrutide. Mais attention aux comparaisons.
- Mounjaro (essai SURMOUNT-1, 2 539 personnes) : 20,9 % de poids perdu en moyenne en 72 semaines à la dose la plus forte, contre 3,1 % sous placebo.
- Rétatrutide (essai TRIUMPH-1, 2 339 personnes) : 25,0 % en 80 semaines à la dose la plus forte testée (12 mg), contre 3,9 % sous placebo. Ces deux chiffres comptent tous les participants, y compris ceux qui ont arrêté le traitement.
Si l’on ne compte que les personnes restées sous traitement, le rétatrutide atteint 28,3 %, soit environ 32 kilos pour une personne de 113 kilos au départ. Pour une personne de 100 kilos, la différence entre 21 % et 25 % représente environ 4 kilos.
Le hic : ces essais n’ont pas recruté les mêmes personnes, ni sur la même durée. Lilly le dit lui-même : aucun essai de phase 3 comparant directement les deux n’étant terminé, « aucune comparaison d’efficacité ou de sécurité ne peut être faite à ce stade ». C’est l’objet de l’essai TRIUMPH-5, qui oppose rétatrutide et tirzépatide chez environ 800 adultes pendant 80 semaines. Selon le registre des essais, ses principaux résultats sont attendus vers novembre 2026 (date estimée).
Les effets indésirables sont-ils les mêmes ?
En grande partie, oui : surtout digestifs, surtout au début. Mais ils semblent plus fréquents avec le rétatrutide à forte dose.
- Nausées : 42,4 % des participants sous rétatrutide 12 mg (contre 14,8 % sous placebo) dans TRIUMPH-1 ; 31,0 % sous Mounjaro 15 mg (contre 9,5 %) dans SURMOUNT-1.
- Arrêts à cause des effets indésirables : 11,3 % sous rétatrutide 12 mg, contre 6,2 % sous Mounjaro 15 mg.
- Un effet propre au rétatrutide : la dysesthésie, une sensation anormale de la peau (picotements, sensibilité au toucher), chez 12,5 % des participants à la dose de 12 mg, contre 0,9 % sous placebo.
Là encore, ce sont des essais différents. Tous les détails sont dans notre dossier sur la sécurité du rétatrutide.
Pourquoi rester prudent ?
- Pas de match direct publié. Les écarts de chiffres peuvent venir des populations étudiées, pas seulement du médicament.
- Le recul n’est pas le même. Mounjaro est utilisé par des millions de patients ; le rétatrutide n’a été testé que dans des essais.
- Les preuves sur le cœur manquent. Dans l’essai chez des patients cardiaques, le rétatrutide n’a pas montré de baisse des infarctus et AVC ; un grand essai dédié est en cours.
Concrètement, pour vous
Si vous êtes sous Mounjaro et que tout se passe bien, rien ne justifie d’attendre le rétatrutide ou d’en chercher ailleurs. Mounjaro est autorisé dans l’Union européenne depuis 2022 et remboursé à 65 % en France depuis le 15 juin 2026, sous conditions (indice de masse corporelle d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec certaines maladies associées, et prescription initiale par un spécialiste). Le rétatrutide, lui, n’est vendu légalement nulle part : les produits proposés en ligne sous ce nom sont illégaux, a rappelé l’ANSM. Questions à poser à votre médecin : ma perte de poids actuelle est-elle suffisante ? Mes effets indésirables sont-ils gérables ? Existe-t-il une autre option pour moi ?
Ce qu’il faut retenir
Le rétatrutide, c’est Mounjaro plus une troisième hormone. Les essais suggèrent quelques kilos de plus perdus, au prix de nausées un peu plus fréquentes et d’un effet sur la peau à surveiller. Le verdict viendra de l’essai face à face TRIUMPH-5. En attendant, Mounjaro reste le seul des deux disponible. Voir aussi rétatrutide ou Wegovy et notre comparatif des traitements.
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Sources
- Jastreboff A. M. et al., « Retatrutide, a Triple Hormone Receptor Agonist, for Treatment of Obesity » (TRIUMPH-1), New England Journal of Medicine, 29 septembre 2026, DOI 10.1056/NEJMoa2604169
- Eli Lilly, « Lilly’s triple agonist, retatrutide, delivered powerful weight loss in pivotal Phase 3 obesity trial » (TRIUMPH-1), communiqué, 21 mai 2026
- Jastreboff A. M. et al., « Tirzepatide Once Weekly for the Treatment of Obesity » (SURMOUNT-1), New England Journal of Medicine, 4 juin 2022, DOI 10.1056/NEJMoa2206038
- Lilly Medical (États-Unis), « What is the mechanism of action of retatrutide? »
- Lilly Medical (États-Unis), « How does retatrutide compare with other incretin-based therapies? »
- ClinicalTrials.gov, NCT06662383, « A Study of Retatrutide (LY3437943) Compared to Tirzepatide (LY3298176) in Adults Who Have Obesity » (TRIUMPH-5)
- MedPath, fiche de l’essai NCT06662383 (dates du registre)
- Science Media Centre (Royaume-Uni), « Expert reaction to announcement of topline results from the TRIUMPH-1 Phase 3 clinical trial of retatrutide », 21 mai 2026
- Eli Lilly, « Lilly’s triple agonist, retatrutide, successful in two additional Phase 3 obesity trials » (TRIUMPH-2 et TRIUMPH-3), communiqué, 23 juillet 2026
- Agence européenne des médicaments (EMA), Mounjaro (tirzépatide), EPAR
- Vidal, « Obésité : prise en charge de Wegovy et Mounjaro à partir du 15 juin 2026, sous conditions »
- ANSM, « “Peptides” vendus en ligne : ne les utilisez pas, ils peuvent être dangereux », 2 juillet 2026, mis à jour le 31 août 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
