Les personnes qui vivent à la fois avec un diabète de type 2 et une obésité perdent généralement moins de poids sous traitement que les autres. C’est précisément ce public difficile qu’a ciblé l’essai TRIUMPH-2 d’Eli Lilly, dont les résultats complets ont été publiés le 29 septembre 2026 dans The Lancet et présentés le lendemain lors d’un symposium du congrès annuel de l’EASD, la société européenne d’étude du diabète, réuni à Milan. Verdict : le rétatrutide, triple agoniste des récepteurs GIP, GLP-1 et glucagon, fait perdre en moyenne jusqu’à un cinquième du poids corporel tout en ramenant la glycémie de nombreux patients dans des valeurs proches de la normale.
Ce qu’il faut retenir
- Essai de phase 3 TRIUMPH-2 : 1 152 adultes diabétiques de type 2 en surpoids ou obèses, suivis 80 semaines.
- Perte de poids moyenne de 20,8 % à la dose de 12 mg, contre 4,0 % sous placebo (estimand d’efficacité).
- HbA1c en baisse de 1,4 à 1,6 point selon la dose, contre 0,2 point sous placebo.
- Arrêts pour effets indésirables : 3,8 % à 11,6 % selon la dose, contre 4,9 % sous placebo.
- Le rétatrutide n’est autorisé nulle part ; Lilly prévoit un dépôt auprès de la FDA au premier trimestre 2027.
Un essai de phase 3 mené sur 80 semaines
TRIUMPH-2 est un essai de phase 3 randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo. Il a recruté 1 152 adultes atteints de diabète de type 2 et en surpoids ou obèses, dans 92 centres de 8 pays. À l’inclusion, l’indice de masse corporelle (IMC) moyen était de 38,2 kg/m² et l’hémoglobine glyquée (HbA1c, le marqueur de l’équilibre glycémique sur trois mois) de 7,71 %. La grande majorité des participants (92 %) prenaient déjà un antidiabétique oral. Ils ont été répartis en quatre groupes : placebo ou rétatrutide aux doses de 4, 9 ou 12 mg, en injection hebdomadaire, avec une augmentation progressive des doses prévue par le protocole.
Jusqu’à 20,8 % de poids en moins
Selon Eli Lilly, qui retient l’« estimand d’efficacité » (l’effet chez les patients ayant suivi le traitement comme prévu), la perte de poids moyenne atteint 12,7 % à 4 mg, 19,1 % à 9 mg et 20,8 % à 12 mg, contre 4,0 % sous placebo. Avec l’analyse plus conservatrice dite « en intention de traiter » (estimand du régime de traitement), retenue en première ligne dans la publication, les chiffres sont de 11,9 %, 16,8 % et 18,8 %, contre 5,1 % sous placebo, avec des différences toutes statistiquement significatives.
Chez les participants dont l’IMC de départ dépassait 35, la perte atteint 23,4 % à la dose la plus élevée. Au terme des 80 semaines, 59,5 % des patients sous 12 mg ne remplissaient plus les critères d’obésité.
Une glycémie qui se rapproche de la normale
Côté diabète, l’HbA1c a baissé en moyenne de 1,4 point (4 mg), 1,6 point (9 mg) et 1,5 point (12 mg), contre 0,2 point sous placebo. Surtout, 79 % des patients de la dose haute ont atteint une HbA1c inférieure ou égale à 6,5 %, et 40 % sont passés sous 5,7 %, le seuil en dessous duquel on ne parle plus de prédiabète.
Les marqueurs de risque cardiovasculaire suivent la même tendance à 12 mg : triglycérides en baisse de 39,5 %, cholestérol non-HDL de 19,6 %, protéine C-réactive ultrasensible (marqueur d’inflammation) de 58,3 % et pression artérielle systolique de 10,8 mmHg. Prudence toutefois : il s’agit de facteurs de risque, pas d’événements cliniques. Un autre essai de Lilly, TRIUMPH-3, n’a pas montré de baisse des infarctus ou des AVC.
Ces résultats prolongent ceux de TRANSCEND-T2D-1, premier essai de phase 3 du rétatrutide dans le diabète, publié lui aussi dans The Lancet en juin 2026 : chez 537 adultes au diabète récent, l’HbA1c avait baissé de 1,7 à 2,0 points en 40 semaines.
Des effets indésirables surtout digestifs
Comme avec les autres traitements de la famille des agonistes du GLP-1, les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs et augmentent avec la dose. À 12 mg, 33,6 % des patients ont eu des diarrhées (13,2 % sous placebo), 28,0 % des nausées (8,0 %) et 15,7 % des vomissements (4,2 %). La publication signale aussi des épisodes d’hypotension (1 à 6 % contre moins de 1 %) et des dysesthésies, ces sensations cutanées anormales propres au rétatrutide (4 à 7 % contre 1 %).
Les arrêts de traitement pour effets indésirables ont concerné 3,8 % des patients à 4 mg, 11,6 % à 9 mg et 7,7 % à 12 mg, contre 4,9 % sous placebo. Un essai complémentaire mené chez des patients souffrant d’apnée du sommeil, intégré au même protocole, sera présenté ultérieurement.
Ce qu’il faut retenir
- Niveau de preuve : essai de phase 3 randomisé en double aveugle, publié dans une revue à comité de lecture.
- Résultat : jusqu’à 20,8 % de perte de poids et 1,6 point d’HbA1c en moins sur 80 semaines chez des diabétiques obèses.
- Limites : pas de comparaison directe avec le tirzépatide ou le sémaglutide ; pas encore de preuve d’une réduction des complications cardiovasculaires.
- Statut : le rétatrutide reste un médicament expérimental, autorisé dans aucun pays. Lilly prévoit de déposer sa demande d’autorisation auprès de la FDA au premier trimestre 2027. Les produits vendus en ligne sous ce nom sont illégaux (voir notre point sur la réglementation).
Pour tout savoir sur la molécule, consultez notre fiche rétatrutide.
Sources
- Eli Lilly, communiqué TRIUMPH-2, 29 septembre 2026
- The Lancet, Retatrutide in adults with obesity and type 2 diabetes (TRIUMPH-2), septembre 2026
- Pharmacy Times, Retatrutide Cuts Weight Up to 18.8% in Adults With T2D, Obesity, septembre 2026
- Eli Lilly, programme EASD 2026, 15 septembre 2026
- Eli Lilly, communiqué ADA 2026 (TRIUMPH-1 et TRANSCEND-T2D-1), 6 juin 2026
- EMJ, Triple-Action Weight-Loss Drug Shows Promise for Heart Health, 30 septembre 2026
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