Faire fondre le poids, est-ce suffisant pour protéger le cœur ? Pour le rétatrutide, la réponse n’est pas encore établie. Présenté par Eli Lilly le 23 juillet 2026, l’essai de phase 3 TRIUMPH-3 montre une perte de poids spectaculaire chez des patients obèses déjà atteints d’une maladie cardiovasculaire, mais aucune baisse des infarctus, des AVC ou des décès cardiovasculaires. Un point qu’ont tenu à rappeler les chercheurs lors de la présentation de l’essai TRIUMPH-2 au congrès de l’EASD, à Milan, le 30 septembre : les améliorations observées portent sur des facteurs de risque, et le médicament n’a pas encore démontré qu’il réduisait les événements cardiovasculaires.
Ce qu’il faut retenir
- TRIUMPH-3 : 1 949 adultes avec obésité sévère et maladie cardiovasculaire établie, suivis 80 semaines.
- Perte de poids de 21,6 % (9 mg) et 22,6 % (12 mg), contre 3,2 % sous placebo.
- 27 événements cardiovasculaires majeurs (décès CV, infarctus, AVC) sous rétatrutide, contre 23 sous placebo.
- L’essai n’était pas conçu pour démontrer un bénéfice cardiovasculaire ; c’est le rôle de TRIUMPH-Outcomes, attendu en 2029.
- Arrêts pour effets indésirables : 13,5 % à 12 mg contre 4,8 % sous placebo.
Un essai chez des patients à haut risque
TRIUMPH-3 est un essai randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo, mené sur 80 semaines. Il a inclus 1 949 adultes atteints d’obésité sévère et d’une maladie cardiovasculaire établie (antécédent d’infarctus, d’AVC ou d’artériopathie, par exemple). Les participants ont été répartis selon un ratio 1:1:2 entre le rétatrutide à 9 mg, le rétatrutide à 12 mg et un placebo.
Sur le critère principal, le poids, le pari est réussi : les patients ont perdu en moyenne 21,6 % de leur poids à 9 mg et 22,6 % à 12 mg, contre 3,2 % sous placebo. C’est moins que les 28,3 % de TRIUMPH-1, mais les patients ayant des comorbidités perdent généralement moins de poids, ont rappelé les analystes de RBC Capital Markets, pour qui le résultat était conforme aux attentes.
Des marqueurs améliorés…
À la dose de 12 mg, les principaux marqueurs de risque cardiovasculaire s’améliorent nettement : triglycérides en baisse de 37,0 %, cholestérol non-HDL de 16,5 %, pression artérielle systolique de 9,3 mmHg et protéine C-réactive ultrasensible, marqueur d’inflammation, de 51,2 %. Le tour de taille a reculé d’environ 19 cm.
… mais pas d’effet visible sur les accidents cardiaques
Les chiffres détaillés par Lilly sont plus décevants. Sur le critère dit « MACE-3 » (décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC), on compte 27 événements dans les groupes rétatrutide contre 23 sous placebo, soit un rapport de risque de 1,12 (intervalle de confiance à 95 % : 0,64 à 1,96). Sur un critère élargi, le « MACE-5 », qui ajoute les décès toutes causes, l’insuffisance cardiaque et les revascularisations coronaires, la tendance est inverse : 44 événements contre 52, rapport de risque de 0,82 (0,55 à 1,22).
Aucune de ces différences n’est statistiquement significative : les intervalles de confiance sont larges et englobent à la fois un bénéfice et un risque accru. Selon Fierce Biotech, Lilly explique que les événements ont été moins fréquents que prévu dans les deux groupes. L’essai n’a donc pas la puissance statistique nécessaire pour conclure dans un sens ou dans l’autre. Les analystes de William Blair estiment néanmoins que le rétatrutide sera probablement réservé aux patients aux IMC les plus élevés, chez qui le rapport bénéfice-risque est le plus favorable.
Réponse attendue en 2029
La vraie réponse viendra de TRIUMPH-Outcomes, un essai d’environ 10 000 adultes obèses âgés d’au moins 45 ans, atteints de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse et/ou de maladie rénale chronique. Il doit déterminer si le rétatrutide réduit les complications cardiovasculaires graves et ralentit la dégradation de la fonction rénale. Sa fin est estimée à février 2029.
Côté tolérance, TRIUMPH-3 confirme un profil exigeant : les arrêts de traitement pour effets indésirables ont atteint 9,8 % à 9 mg et 13,5 % à 12 mg, contre 4,8 % sous placebo, avec des nausées (22,4 %) et des diarrhées (24,4 %) fréquentes à la dose haute.
Ce qu’il faut retenir
- Niveau de preuve : essai de phase 3 randomisé ; résultats détaillés par Lilly, publication scientifique complète encore attendue.
- Résultat : perte de poids de 22,6 % et amélioration des marqueurs, mais pas de réduction démontrée des événements cardiovasculaires.
- Limites : trop peu d’événements pour conclure ; l’essai de morbi-mortalité dédié ne rendra ses résultats qu’en 2029.
- Statut : médicament expérimental, autorisé nulle part ; dépôt auprès de la FDA prévu au premier trimestre 2027 (voir notre point sur la réglementation).
Pour comprendre le mécanisme de la molécule, consultez notre fiche rétatrutide.
Sources
- Eli Lilly, communiqué TRIUMPH-2 et TRIUMPH-3, 23 juillet 2026
- Fierce Biotech, Lilly’s triple-G drug hits 22.6% weight loss, but impact on reducing cardio risk is less clear, 23 juillet 2026
- BioPharma Dive, Lilly, with new data, to seek FDA approval of obesity drug retatrutide, 23 juillet 2026
- EMJ, Triple-Action Weight-Loss Drug Shows Promise for Heart Health, 30 septembre 2026
- CenterWatch / ClinicalTrials.gov, TRIUMPH-Outcomes (NCT06383390)
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