Ils n’ont pas voulu attendre l’autorisation. Aux États-Unis, des milliers de personnes s’injectent déjà du « rétatrutide » acheté sur internet, en clinique esthétique ou auprès de pharmacies de préparation, alors que le médicament d’Eli Lilly est toujours en essai clinique. Une étude récente, mise en ligne en août 2026, montre que ces utilisateurs perdent nettement moins de poids que les participants des essais officiels. Une nouvelle qui tombe au moment où Lilly passe à l’offensive judiciaire.
Ce qu’il faut retenir
- Une étude en prépublication portant sur 378 utilisateurs de rétatrutide illégal rapporte une perte de poids inférieure à celle des essais à 3, 6 et 12 mois.
- 57 % s’approvisionnaient auprès de vendeurs en ligne ou de services de télémédecine, 29 % auprès de pharmacies de préparation.
- Le 12 août 2026, Eli Lilly a déposé six plaintes contre des pharmacies, vendeurs en ligne et centres esthétiques.
- Lilly dit avoir repéré plus de 14 000 annonces illégales dans plus de 100 pays.
- La FDA rappelle que le rétatrutide ne peut pas être utilisé en préparation pharmaceutique.
378 utilisateurs passés au crible
L’étude, publiée sur la plateforme de prépublication Preprints.org et réalisée par une société d’analyse de données basée dans le Massachusetts, a porté sur 378 personnes déclarant utiliser du rétatrutide obtenu hors circuit légal. Leur approvisionnement : 57 % auprès de vendeurs en ligne ou de services de télémédecine, 29 % auprès de pharmacies de préparation (« compounding pharmacies ») et 9 % auprès de cliniques de bien-être ou d’amaigrissement.
Résultat, selon les comptes rendus de l’Alliance for Safe Online Pharmacies et d’Endpoints News : à 3 mois, 6 mois et 1 an, la perte de poids de ces utilisateurs était significativement inférieure à celle observée chez les participants des essais cliniques. Le site médical Medscape a résumé l’étude par la formule « moins de perte de poids, plus d’effets cardiovasculaires ».
Prudence : il s’agit d’une prépublication, encore en cours d’évaluation par les pairs, fondée sur des données déclaratives et sans groupe témoin randomisé. Plusieurs explications sont possibles : produits sous-dosés, dégradés ou ne contenant pas la bonne molécule, doses irrégulières, absence de suivi médical. L’étude ne permet pas de trancher.
Lilly attaque six vendeurs en justice
Le 12 août 2026, Eli Lilly a annoncé avoir déposé six plaintes aux États-Unis contre des pharmacies de préparation, des vendeurs en ligne et des centres de médecine esthétique (« med spas ») accusés de commercialiser illégalement du rétatrutide. Selon le laboratoire, certains produits étaient étiquetés « pour la recherche uniquement » alors qu’ils étaient manifestement destinés à être injectés par des humains. Lilly affirme avoir signalé plus de 200 personnes ou entités aux autorités fédérales et locales et avoir identifié plus de 14 000 annonces illégales dans plus de 100 pays.
La FDA : « ne peut pas être utilisé en préparation »
La position de l’agence américaine du médicament est sans ambiguïté. Sur sa page consacrée aux agonistes du GLP-1 non autorisés, la FDA écrit que le rétatrutide « ne peut pas être utilisé en préparation magistrale selon la loi fédérale », qu’il « n’est pas un composant d’un médicament approuvé » et qu’il « n’a été reconnu sûr et efficace pour aucune indication ». Elle met en garde contre les produits vendus avec la mention « pour la recherche » ou « non destiné à la consommation humaine », souvent accompagnés de consignes d’utilisation, et dont la qualité est inconnue.
Le phénomène dépasse les circuits clandestins. En juin, une enquête de CBS News avait recensé plus de 120 sites internet et plus de 50 cliniques américaines proposant ou promouvant le produit. Selon Drug Topics, les centres antipoison américains ont enregistré une hausse de 265 % des expositions au rétatrutide sur les quatre premiers mois de 2026 par rapport à la fin 2025.
Pourquoi les résultats des essais ne s’appliquent pas
Les chiffres impressionnants des essais TRIUMPH (jusqu’à 28 % de perte de poids) ont été obtenus avec un produit pharmaceutique contrôlé, une augmentation progressive des doses et une surveillance médicale étroite. Rien de tout cela n’existe sur le marché gris : ni garantie sur la pureté ou la stérilité, ni contrôle de la dose réelle, ni suivi des effets indésirables, qui incluent dans les essais des troubles digestifs fréquents, des dysesthésies et des baisses de tension.
Ce qu’il faut retenir
- Niveau de preuve : étude observationnelle en prépublication, non encore relue par les pairs.
- Constat : les utilisateurs de rétatrutide illégal perdent moins de poids que dans les essais.
- Statut : le rétatrutide n’est autorisé dans aucun pays. Tout produit vendu aujourd’hui sous ce nom est illégal, y compris en France (lire notre point sur la réglementation).
Pour connaître les données validées sur la molécule, consultez notre fiche rétatrutide.
Sources
- Alliance for Safe Online Pharmacies, Study finds black market retatrutide is not as effective as the clinical trial versions, 24 août 2026
- Endpoints News, Using gray-market versions of Lilly’s triple-G leads to relatively poor weight loss, study finds, 20 août 2026
- Medscape, Gray-Market Retatrutide: Less Weight Loss, More CV Effects, août 2026
- CNBC, Lilly sues six companies over alleged illegal sales of experimental obesity drug retatrutide, 12 août 2026
- American Med Spa Association, Lilly Sues Six Companies Over Alleged Sales of Retatrutide, 18 août 2026
- FDA, FDA’s Concerns with Unapproved GLP-1 Drugs Used for Weight Loss
- Drug Topics, Some Providers Prescribe Unapproved Retatrutide for Weight Loss at Alarming Rate, 10 juin 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
