Apnée du sommeil : le rétatrutide réduit jusqu’à 60 % les arrêts respiratoires nocturnes

Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine montre que le rétatrutide réduit fortement les apnées nocturnes chez des patients obèses souffrant d'apnée sévère. Mais le traitement reste expérimental, et l'apnée ne disparaît pas chez tout le monde.

Sommeil

Ronflements, réveils en sursaut, fatigue écrasante en journée : l’apnée obstructive du sommeil touche une large part des personnes obèses et augmente leur risque cardiovasculaire. Une étude publiée le 29 septembre 2026 dans le New England Journal of Medicine montre que le rétatrutide, le triple agoniste expérimental d’Eli Lilly, réduit fortement le nombre d’arrêts respiratoires nocturnes chez des patients souffrant d’une apnée sévère. Les premiers chiffres avaient été dévoilés en juin, au congrès de l’American Diabetes Association.

Ce qu’il faut retenir

  • Sous-étude apnée de TRIUMPH-1 : 243 participants obèses atteints d’apnée obstructive du sommeil modérée à sévère.
  • L’index d’apnées-hypopnées baisse de 22,9 à 34,3 événements par heure selon la dose, contre 9,9 sous placebo.
  • Selon Lilly, la réduction atteint 60,6 % à partir d’un niveau initial de 58,6 événements par heure.
  • Le tirzépatide (Zepbound) est déjà autorisé aux États-Unis dans cette indication depuis décembre 2024.
  • Le rétatrutide n’est autorisé nulle part.

243 patients avec une apnée sévère

Les données proviennent d’une sous-étude de TRIUMPH-1, le grand essai de phase 3 du rétatrutide dans l’obésité (2 339 participants, 80 semaines de traitement). Le volet apnée a porté sur 243 adultes obèses atteints d’apnée obstructive du sommeil modérée à sévère, randomisés entre placebo et rétatrutide à 4, 9 ou 12 mg par semaine.

Le critère principal était l’index d’apnées-hypopnées (IAH), qui compte le nombre d’interruptions ou de fortes réductions de la respiration par heure de sommeil. Au-delà de 30 événements par heure, l’apnée est considérée comme sévère. Dans cet essai, les participants en présentaient en moyenne 58,6 par heure au départ, soit près d’un par minute.

Jusqu’à 36 apnées par heure en moins

Selon l’analyse en intention de traiter publiée dans le NEJM, l’IAH a baissé en moyenne de 22,9 événements par heure à 4 mg, 34,3 à 9 mg et 31,7 à 12 mg, contre 9,9 sous placebo. Eli Lilly, qui retient l’analyse limitée aux patients ayant suivi le traitement comme prévu, évoque une réduction allant jusqu’à 36,1 événements par heure, soit 60,6 % du niveau initial.

Ces effets s’inscrivent dans un contexte de perte de poids massive : dans l’ensemble de TRIUMPH-1, les participants ont perdu jusqu’à 28,3 % de leur poids à 12 mg selon Lilly (25,0 % selon l’analyse principale du NEJM), contre 2,2 % à 3,9 % sous placebo selon la méthode de calcul.

Mieux que le tirzépatide ? Impossible à dire

La comparaison vient naturellement à l’esprit. En décembre 2024, la FDA a autorisé le tirzépatide (Zepbound), autre médicament de Lilly, dans l’apnée obstructive modérée à sévère chez les adultes obèses, une première pour un médicament dans cette indication. Dans les essais SURMOUNT-OSA, il réduisait l’IAH d’environ 25 événements par heure de plus que le placebo après un an, et environ 42 % des patients obtenaient une rémission ou une résolution des symptômes.

Mais ces chiffres ne sont pas directement comparables : les populations, la durée des essais et les méthodes d’analyse diffèrent, et aucun essai n’a opposé directement les deux molécules dans l’apnée du sommeil. On remarque par ailleurs que dans TRIUMPH-1, la dose de 12 mg ne fait pas mieux que celle de 9 mg sur l’IAH, ce qui suggère un plafonnement de l’effet. Un second volet apnée, mené chez des patients diabétiques dans l’essai TRIUMPH-2, sera présenté ultérieurement selon Lilly.

Une apnée réduite, pas toujours guérie

Même avec une baisse de 30 à 35 événements par heure, une partie des patients partant d’un IAH proche de 60 conservent une apnée résiduelle. Le traitement médicamenteux ne remplace donc pas d’emblée la ventilation par pression positive continue (PPC), qui reste le traitement de référence. Côté tolérance, l’ensemble de TRIUMPH-1 rapporte surtout des troubles digestifs, ainsi que des dysesthésies (sensations cutanées anormales) chez 5,1 % à 12,5 % des participants selon la dose, contre 0,9 % sous placebo. Des sensations de vertige et une tension trop basse ont été plus fréquentes chez les patients déjà traités pour l’hypertension, un profil fréquent chez les apnéiques.

Ce qu’il faut retenir

  • Niveau de preuve : sous-étude d’un essai de phase 3 randomisé, publiée dans le NEJM.
  • Résultat : une baisse de l’index d’apnées de 23 à 34 événements par heure selon la dose, contre 10 sous placebo.
  • Limites : effectif modeste (243 patients), pas de comparaison directe avec le tirzépatide, pas de données de long terme.
  • Statut : le rétatrutide reste expérimental et n’est autorisé dans aucun pays. Ne jamais arrêter sa PPC ou son traitement sans avis médical.

Retrouvez toutes les données sur la molécule dans notre fiche rétatrutide.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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