Rétatrutide, CagriSema, amycrétine : Lilly creuse l’écart dans la course à l’obésité

Avec le rétatrutide, Eli Lilly affiche des pertes de poids que ses concurrents n'atteignent pas encore. Les analystes saluent un nouveau standard, tandis que Novo Nordisk estime que « le jury n'a pas encore tranché ».

Comprimés sous blister

Dans la bataille des médicaments contre l’obésité, Eli Lilly semble avoir pris une longueur d’avance que ses concurrents peinent à combler. Depuis les premiers résultats de phase 3 de son rétatrutide, les analystes financiers multiplient les superlatifs et le laboratoire d’Indianapolis prépare son dépôt réglementaire. En face, Novo Nordisk, longtemps leader avec le sémaglutide (Ozempic, Wegovy), défend un portefeuille de candidats qui n’ont pas encore atteint ces niveaux d’efficacité. Le point sur une course où la Bourse a déjà choisi son favori.

Ce qu’il faut retenir

  • Le 21 mai 2026, l’action Lilly a gagné 2 % après TRIUMPH-1, dans un marché en baisse ; Reuters a fait état de +4 % avant l’ouverture après le congrès de l’ADA.
  • Truist estime le pic de ventes du rétatrutide entre 12 et 19 milliards de dollars.
  • CagriSema (Novo Nordisk) n’a pas démontré sa non-infériorité face au tirzépatide dans REDEFINE 4 (23,0 % contre 25,5 %).
  • L’amycrétine de Novo est entrée en phase 3 en 2026, après 22 % de perte de poids en 36 semaines en phase 1b/2a.
  • Aucun essai n’a comparé directement le rétatrutide à un concurrent.

Wall Street salue « un nouveau standard »

Le 21 mai 2026, jour de l’annonce des résultats de TRIUMPH-1 (jusqu’à 28,3 % de perte de poids en 80 semaines), l’action Lilly a progressé de 2 % alors que le marché reculait, selon Investing.com. Les analystes de Truist ont estimé que ces données « établissent une nouvelle référence » pour les traitements de l’obésité et chiffré le pic de ventes potentiel entre 12 et 19 milliards de dollars par an. Wolfe Research y voit « un nouveau standard » pour les thérapies de nouvelle génération, et Trung Huynh, de RBC Capital Markets, une « victoire nette ». Pour David Risinger, de Leerink Partners, le rétatrutide « relève la barre » pour tous les développeurs de nouveaux traitements.

Le lundi suivant la présentation des données complètes au congrès de l’ADA, début juin, Reuters a fait état d’une hausse de 4 % de l’action avant l’ouverture de Wall Street. Dès décembre 2025, après TRIUMPH-4, les analystes de Citi tablaient sur 15,6 milliards de dollars de ventes en 2031, et le cabinet Evaluate valorise désormais l’actif à plus de 20 milliards de dollars, selon BioSpace.

Novo Nordisk : « le jury n’a pas encore tranché »

Pour Novo Nordisk, la comparaison est inconfortable. Son principal candidat, CagriSema (association de cagrilintide, un analogue de l’amyline, et de sémaglutide), a fait perdre 23 % du poids en 84 semaines dans l’essai REDEFINE 4, dont les résultats ont été annoncés en février 2026. Mais il n’a pas démontré sa non-infériorité face au tirzépatide (Zepbound, de Lilly) : 23,0 % de perte de poids contre 25,5 % selon l’estimand d’efficacité. Une décision de la FDA sur CagriSema est attendue fin 2026.

Interrogé en juin par Fierce Biotech lors du congrès de l’ADA, Martin Holst Lange, directeur scientifique de Novo Nordisk, a estimé que « le jury n’a pas encore tranché » entre CagriSema et le rétatrutide, et affirmé que le groupe disposait de « quatre actifs » en développement clinique susceptibles de rivaliser avec le médicament de Lilly, dont un triple agoniste baptisé UBT251.

Parmi eux, l’amycrétine, une molécule unique qui active à la fois les récepteurs du GLP-1 et de l’amyline, a permis jusqu’à 22 % de perte de poids en 36 semaines dans un essai de phase 1b/2a de 125 patients, sans plateau observé. Novo a annoncé son entrée en phase 3, en version injectable et orale, à partir du premier trimestre 2026. Mais une autorisation n’est pas attendue avant plusieurs années.

Des comparaisons à manier avec prudence

Ces chiffres doivent être lus avec précaution. Aucun essai n’a opposé directement le rétatrutide à CagriSema, à l’amycrétine ou même au tirzépatide. Les durées d’essai, les populations et les méthodes d’analyse diffèrent, ce qui rend les comparaisons d’un essai à l’autre fragiles. Le rétatrutide présente en outre des points de vigilance propres : des dysesthésies (sensations cutanées anormales) et des arrêts de traitement pouvant atteindre 18,2 % à la dose la plus forte. Les analystes de William Blair estiment qu’il pourrait être réservé aux patients aux IMC les plus élevés.

Un calendrier repoussé de quelques mois

Le 23 juillet 2026, Lilly a annoncé qu’il déposerait sa demande d’autorisation auprès de la FDA au premier trimestre 2027, et non fin 2026 comme envisagé, afin de compiler les données de fabrication et de contrôle qualité. Une autorisation américaine ne serait donc pas envisageable avant 2027 au plus tôt, et l’Europe suivra son propre calendrier. Sur le plan financier, la dynamique reste nettement favorable à Lilly : selon Drug Discovery & Development, le groupe a clos 2025 sur 65,18 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+44,7 %), contre 46,71 milliards pour Novo Nordisk (+10,9 %).

Ce qu’il faut retenir

  • Le rétatrutide affiche les pertes de poids les plus élevées en phase 3, ce qui conforte Lilly face à Novo Nordisk.
  • CagriSema n’a pas égalé le tirzépatide en face-à-face ; l’amycrétine n’en est qu’au début de sa phase 3.
  • Aucune comparaison directe n’existe : la supériorité du rétatrutide reste à démontrer en essai dédié.
  • Statut : rétatrutide, CagriSema et amycrétine ne sont autorisés dans aucun pays. Lire notre point sur la réglementation et notre fiche rétatrutide.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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