Vous prenez Ozempic, Wegovy ou Mounjaro et une opération est prévue ? Vous avez sans doute entendu qu’il fallait parfois arrêter le traitement avant de passer au bloc. Une grande étude américaine, présentée ce dimanche 18 octobre au congrès des anesthésistes américains à San Diego, apporte un éclairage plutôt rassurant : chez les patients sous ces médicaments, les complications cardiaques et les infections après l’opération étaient un peu moins fréquentes.
Ce qu’il faut retenir
- Plus de 2 millions d’opérés analysés, dont 145 610 sous GLP-1 (environ 7 %)
- 11 % de risque en moins de complication cardiaque grave, 8 % d’infection
- En absolu : environ 1 complication cardiaque et 4 infections de moins pour 1 000 opérés
- Étude observationnelle de congrès, non encore publiée : les consignes ne changent pas
Qu’ont découvert les chercheurs ?
L’équipe de la Dre Josephine Tolan, anesthésiste à l’école de médecine McGovern de l’université du Texas à Houston, a passé au crible les dossiers médicaux de plus de 2 millions d’adultes américains. Tous ont subi une chirurgie programmée de plus d’une heure, suivie d’au moins 24 heures d’hospitalisation, entre 2016 et 2024. Les données viennent d’une immense base de dossiers anonymisés qui réunit plus de 1 700 hôpitaux.
Parmi eux, 145 610 patients, soit environ 7 %, prenaient un agoniste du GLP-1. C’est la famille de médicaments d’Ozempic et de Mounjaro : ils imitent une hormone intestinale qui coupe l’appétit et aide à réguler le sucre dans le sang. Chacun a été comparé à des patients très proches, mais sans ce traitement.
Résultat, selon le communiqué de la Société américaine des anesthésistes :
- 11 % de risque en moins de complication cardiovasculaire grave (infarctus, lésion du cœur, accident vasculaire cérébral ou décès) ;
- 8 % de risque en moins d’infection après l’opération (infection de la cicatrice, infection urinaire, pneumonie, septicémie).
En chiffres absolus, l’écart reste modeste. Selon les données rapportées par Medical Daily, les complications cardiaques touchaient 1,0 % des patients sous traitement contre 1,1 % des autres, soit environ 1 cas de moins pour 1 000 opérés. Pour les infections, on passe de 5,3 % à 4,9 %, soit environ 4 cas de moins pour 1 000.
Est-ce que les experts y croient ?
L’autrice principale reste mesurée. « Ces résultats sont encourageants, mais nous avons besoin de plus de recherches pour déterminer si ce sont les médicaments eux-mêmes qui produisent ces bénéfices et comment mieux les gérer avant et après la chirurgie », explique la Dre Tolan dans le communiqué (traduit par nos soins). Les chercheurs avancent plusieurs pistes : la perte de poids, une meilleure tension et un meilleur contrôle du sucre, moins d’inflammation. Ce ne sont que des hypothèses.
Interrogée par Newsweek, la Dre Jessica Duncan, médecin spécialiste de l’obésité, non impliquée dans l’étude, résume : « L’étape suivante, ce sont des recherches prospectives qui évaluent ensemble les bénéfices et les risques, afin de définir quels patients en tirent le plus grand profit. » À noter : elle est directrice médicale d’Ivím Health, une société américaine de téléconsultation spécialisée dans l’obésité.
L’étude ne règle pas l’autre grande question : le risque de « fausse route » pendant l’anesthésie. Ces traitements ralentissent la vidange de l’estomac, qui peut rester plein malgré le jeûne. Le contenu peut alors remonter vers les poumons. La Dre Tolan l’a reconnu auprès de Newsweek : ces résultats « n’éliminent pas cette inquiétude ».
Pourquoi rester prudent ?
- Association n’est pas preuve : il s’agit d’une analyse de dossiers déjà existants, sans tirage au sort. D’autres différences entre les patients peuvent expliquer l’écart.
- Taille et statut : l’échantillon est énorme, mais les résultats ont été présentés lors d’un congrès et ne sont pas encore publiés dans une revue après relecture par d’autres scientifiques.
- Humains, mais aux États-Unis : les données concernent des patients américains opérés à l’hôpital. Le communiqué ne précise ni le financement ni le type d’opérations.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Rien ne change dans les consignes pour l’instant. Depuis octobre 2024, la Société américaine des anesthésistes et quatre autres sociétés savantes estiment que, dans de nombreux cas, le traitement peut être poursuivi avant une chirurgie programmée. Elles recommandent en revanche de repousser l’opération pendant la phase où la dose augmente, ou en cas de nausées, vomissements ou douleurs au ventre. Pour les patients les plus à risque, elles conseillent un régime uniquement liquide la veille.
En France, Ozempic, Wegovy et Mounjaro sont autorisés ; en Belgique aussi, même si Mounjaro n’y est pas remboursé contre l’obésité. Des deux côtés de la frontière, une consultation d’anesthésie a lieu avant toute opération programmée : c’est le bon moment pour en parler. N’arrêtez jamais votre traitement de vous-même.
Les questions à poser à votre anesthésiste :
- Dois-je poursuivre, décaler ou suspendre mon traitement, et pendant combien de temps ?
- Faut-il adapter mon jeûne ou mon alimentation la veille ?
- Mes nausées ou ma gêne digestive actuelles justifient-elles de reporter l’intervention ?
Pensez à apporter le nom exact du médicament (Ozempic, Mounjaro…), la dose et la date de la dernière injection. Ces médicaments montrent décidément des effets au-delà du poids, comme sur l’apnée du sommeil. Mais pour la chirurgie, il faudra un vrai essai pour trancher.
La rédaction
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Sources
- American Society of Anesthesiologists, « GLP-1 Drugs Linked to Lower Risk of Serious Heart-Related Complications and Infections After Surgery », communiqué ANESTHESIOLOGY 2026, 18 octobre 2026
- Newsweek, « Millions of Surgery Records Raise New Questions About GLP-1 Drugs », 18 octobre 2026 (citations Tolan et Duncan)
- Medical Daily, « GLP-1 Users Had Slightly Lower Odds of Heart Problems and Infections After Surgery Among 2 Million Adults », 19 octobre 2026 (chiffres absolus)
- American Society of Anesthesiologists et al., « New Multi-society Clinical Practice Guidance Released » (GLP-1 et chirurgie), 29 octobre 2024
- News-Medical, « GLP-1 medications linked to reduced postoperative infections and heart complications », 19 octobre 2026
- Medical Xpress, « GLP-1 drugs linked to lower risk of serious heart-related complications and infections after surgery », octobre 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
