Commencer le repas par la salade à l’huile d’olive, garder le pain et les pâtes pour la fin : sur les réseaux sociaux, « l’ordre des aliments » circule comme une astuce pour éviter les « pics de glycémie », ces montées rapides du sucre dans le sang après un repas. Une étude relayée ce jeudi 8 octobre, et présentée ce vendredi par l’université de Kyoto (Japon), apporte une explication biologique à cette idée. Mais attention : elle a été menée chez la souris.
Ce qu’il faut retenir
- Chez la souris, l’huile d’olive avant le glucose réduit la hausse précoce de la glycémie et ralentit la vidange de l’estomac.
- L’effet passe par le GLP-1, le glucagon et le nerf vague, et persiste chez des souris diabétiques.
- Chez l’humain, un petit essai de 2015 (11 diabétiques) trouvait jusqu’à 37 % de glycémie en moins à 60 minutes en mangeant légumes et protéines d’abord.
- Aucune preuve à ce stade d’un bénéfice durable pour la santé humaine.
Qu’ont découvert les chercheurs ?
L’équipe du professeur Daisuke Yabe, à l’université de Kyoto, a publié ses travaux dans la revue Diabetes, éditée par l’Association américaine du diabète. Parmi les co-auteurs figure l’endocrinologue canadien Daniel Drucker, figure de la recherche sur le GLP-1, l’hormone imitée par les traitements comme Ozempic.
Le protocole est simple. Des souris à jeun ont reçu soit de l’eau puis du sucre (du glucose), soit de l’huile d’olive puis du glucose quinze minutes plus tard, soit le glucose d’abord et l’huile ensuite. Résultat : quand l’huile d’olive arrivait en premier, la hausse de la glycémie dans les premières minutes était plus faible. L’estomac se vidait aussi plus lentement, ce qui fait passer le sucre plus progressivement dans l’intestin.
Les chercheurs ont aussi observé une sécrétion plus précoce de trois hormones digestives : le GLP-1, le GIP (une autre hormone intestinale qui stimule l’insuline) et le glucagon, une hormone du pancréas. L’effet persistait chez des souris atteintes d’un diabète de type 2 avec un manque sévère d’insuline. Bloquer le GLP-1 seul ou le glucagon seul ne suffisait pas à faire disparaître l’effet ; il fallait bloquer les deux. Le nerf vague, qui relie l’intestin au cerveau, semble aussi jouer un rôle.
« Notre groupe s’intéresse depuis longtemps aux approches alimentaires pratiques que les gens peuvent maintenir au quotidien », explique Daisuke Yabe, auteur correspondant de l’étude (traduit par nos soins).
Est-ce que ça marche aussi chez l’humain ?
L’idée n’est pas nouvelle, et c’est ce qui rend l’étude intéressante. Chez l’humain, quelques petits essais ont déjà testé l’ordre des aliments. En 2015, une équipe de Weill Cornell (New York) a fait manger le même repas à 11 adultes atteints de diabète de type 2, à une semaine d’intervalle. Quand le poulet et les légumes passaient avant le pain et le jus d’orange, la glycémie était plus basse de 28,6 % à 30 minutes, de 37 % à 60 minutes et de 16,8 % à 120 minutes. Ce travail était financé par des fonds de Weill Cornell, dont une bourse du programme Robert C. et Veronica Atkins.
En 2016, l’équipe de Daisuke Yabe avait déjà montré, chez des personnes diabétiques et des volontaires en bonne santé, que manger du poisson ou de la viande avant le riz réduisait la hausse de la glycémie et ralentissait la vidange de l’estomac. Un essai non mené en aveugle. La nouvelle étude chez la souris décrit un mécanisme possible pour la graisse, mais elle ne prouve pas que l’huile d’olive avant un repas change quoi que ce soit à la santé d’un humain.
Pourquoi rester prudent ?
- Chez l’animal : les résultats concernent des souris à jeun nourries avec du glucose pur, pas un vrai repas humain.
- Effet de court terme : seule la montée précoce de la glycémie est mesurée, pas le poids, le diabète ou la santé à long terme.
- Petits essais humains : les études sur l’ordre des aliments portent sur une dizaine à quelques dizaines de personnes, souvent sans aveugle. Le communiqué ne détaille pas le financement de la nouvelle étude.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pas de révolution, mais un éclairage. Les auteurs eux-mêmes estiment que leurs travaux justifient de tester ces stratégies d’ordre des aliments chez des personnes avec et sans diabète. En attendant, l’huile d’olive reste un aliment courant, emblématique de la cuisine méditerranéenne, et non un complément alimentaire. Rien ne permet d’en faire un « traitement » de la glycémie, ni d’en ajouter à chaque repas dans ce but.
Le pic de glycémie après un repas est un phénomène normal chez une personne en bonne santé. Pour les personnes diabétiques, en particulier sous insuline ou sous traitement qui fait baisser le sucre, changer l’organisation des repas peut modifier la glycémie : mieux vaut en parler à son médecin ou à un diététicien.
Les questions utiles à poser : l’ordre des aliments a-t-il un intérêt dans mon cas ? Faut-il adapter mon traitement si je change mes habitudes ? Mes mesures de glycémie après les repas sont-elles normales ?
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Huile d’olive vierge extra
C’est la matière grasse utilisée dans l’étude de Kyoto, menée chez la souris ; un aliment courant, pas un traitement.
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Sources
- Liu Y., Yabe D. et al., « Olive Oil Before Oral Glucose Delays Gastric Emptying and Lowers Glycemia Through Partially Redundant Glucagon and GLP-1 Signaling in Mice », Diabetes, 2026, 75(12)
- Université de Kyoto, « Olive oil before carbs blunts the early rise in blood glucose in mice », communiqué, 9 octobre 2026
- News-Medical, « Consuming fat before carbohydrates reduces post-meal blood glucose », 8 octobre 2026 (citation de Daisuke Yabe)
- Shukla A.P., Iliescu R.G., Thomas C.E., Aronne L.J., « Food Order Has a Significant Impact on Postprandial Glucose and Insulin Levels », Diabetes Care, 2015;38(7):e98-9
- Kuwata H., … Yabe D., essai croisé sur l’ordre des aliments, glycémie et incrétines dans le diabète de type 2, Diabetologia, 2016;59(3):453-461
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