Un ourson à la vitamine C le matin, un bonbon à la mélatonine le soir : les compléments en gummies (des bonbons gélifiés, comme des oursons) ont envahi les placards. Ce mercredi 7 octobre, la FDA, l’agence américaine du médicament, a rappelé leurs limites. Ses scientifiques viennent de publier un texte d’analyse dans une revue spécialisée, le Journal of Dietary Supplements. Leur message tient en une phrase : un gummy n’est pas un bonbon comme les autres.
Ce qu’il faut retenir
- Des scientifiques de la FDA décrivent les difficultés de fabrication et de contrôle des compléments en gummies.
- Certains ingrédients se dégradent à la cuisson, ce qui rend la dose réelle incertaine.
- Aux États-Unis, environ 11 000 passages aux urgences d’enfants de 5 ans ou moins pour de la mélatonine entre 2019 et 2022, souvent en gummies.
- En France, un complément alimentaire n’a pas besoin d’autorisation individuelle comme un médicament.
Que dit exactement la FDA ?
Le texte est signé par des scientifiques du bureau chargé des compléments alimentaires à la FDA. Ce n’est pas une étude clinique. C’est une « perspective », un article d’analyse destiné aux fabricants. Il passe en revue ce qui coince dans la fabrication et le contrôle de ces produits.
Interrogé par le site spécialisé NutraIngredients, un porte-parole de l’agence a résumé : « Si les compléments en gummies sont une forme appréciée des consommateurs, ils ne doivent pas être traités comme de simples bonbons » (traduit par nos soins). Selon lui, leur fabrication exige « une approche scientifique » rigoureuse, de la recette jusqu’aux tests.
Le marché est énorme. Aux États-Unis, les gummies pèsent plus de 4,8 milliards de dollars par an, selon le cabinet SPINS cité par NutraIngredients.
Pourquoi la dose réelle peut-elle être différente ?
Fabriquer un gummy, c’est chauffer une pâte sucrée puis la mouler. Problème : certains ingrédients se dégradent pendant la cuisson, explique la FDA. La quantité réelle peut donc baisser avant même la mise en vente, puis continuer à baisser jusqu’à la date de péremption.
Pour compenser, les fabricants ajoutent souvent un « surdosage » au départ. Les scientifiques de la FDA préviennent que cet excès doit rester limité pour des raisons de sécurité. Et qu’il ne doit pas servir à masquer une fabrication mal maîtrisée.
Autres difficultés : la texture collante complique les analyses en laboratoire. Et l’humidité de ces bonbons peut favoriser les microbes. L’agence estime que ces problèmes peuvent être réglés par de bonnes pratiques et des contrôles sérieux.
Les tests récents vont dans ce sens. En août 2026, le fabricant américain NOW Foods a analysé 25 gummies de vitamine C achetés sur Amazon. Seuls 13 contenaient la dose annoncée. Attention : NOW est un concurrent direct, qui vend lui-même des gummies depuis avril 2026. Son responsable qualité, Jonathan DeCenzi, estime que « la FDA doit faire appliquer activement les lois et les normes déjà en place » (traduit par nos soins).
Pourquoi les enfants sont-ils les plus exposés ?
Un gummy a le goût et l’aspect d’une friandise. Un jeune enfant ne fait pas la différence. Les chiffres des autorités sanitaires américaines, les CDC, sont parlants.
- Entre 2012 et 2021, les intoxications d’enfants à la mélatonine signalées aux centres antipoison ont été multipliées par plus de six (+530 %). Plus de 4 000 enfants ont été hospitalisés, et deux sont morts.
- Entre 2019 et 2022, environ 11 000 enfants de 5 ans ou moins sont passés aux urgences après avoir avalé de la mélatonine sans surveillance. Près d’une fois sur deux, il s’agissait de gummies ou de comprimés à mâcher aromatisés.
En France, l’Anses, l’agence de sécurité sanitaire, a émis un avis sur la mélatonine en février 2018. Elle déconseille ces compléments aux femmes enceintes ou qui allaitent, aux personnes épileptiques, à celles qui souffrent de troubles de l’humeur, et à celles qui doivent rester très vigilantes, au volant par exemple.
Pourquoi rester prudent ?
- Le texte de la FDA est une analyse d’experts, pas un essai sur des patients ni une nouvelle règle.
- Le test sur la vitamine C a été mené et financé par un fabricant concurrent, sur 25 produits seulement.
- Un complément n’est pas un médicament : en France, sa vente ne nécessite pas d’autorisation individuelle, rappelle l’Anses. Son efficacité n’a pas à être prouvée comme celle d’un médicament.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pas besoin de jeter vos gummies. Mais quelques réflexes s’imposent :
- Rangez-les hors de portée des enfants, en hauteur et dans une boîte fermée. Ne les présentez jamais comme des bonbons.
- Lisez l’étiquette : la dose par gummy, le nombre conseillé par jour, le sucre ajouté.
- Méfiez-vous des promesses trop belles et des doses très élevées, surtout sur les places de marché en ligne.
- Demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin, en particulier pour la mélatonine, pendant une grossesse ou si vous prenez des médicaments.
Si un enfant en a avalé, appelez un centre antipoison ou le 15. Pour aller plus loin, lisez notre guide sur les compléments et traitements GLP-1, notre enquête sur les produits vendus en ligne et notre dossier sur les peptides.
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Sources
- NutraIngredients — Sticky situation: FDA weighs in on gummy dietary supplements (7 octobre 2026)
- Journal of Dietary Supplements — Perspective on Gummy Dietary Supplements Manufacturing and Testing (FDA/ODSP), DOI 10.1080/19390211.2026.2727022
- SupplySide Supplement Journal — FDA shares insights into gummy supplement priorities
- CDC, MMWR 2022 — Pediatric Melatonin Ingestions, United States, 2012–2021
- CDC, MMWR 7 mars 2024 — ED Visits for Unsupervised Pediatric Melatonin Ingestion, 2019–2022
- Anses — Avis du 23 février 2018 sur les compléments alimentaires contenant de la mélatonine (saisine 2016-SA-0209)
- Anses — Les compléments alimentaires (statut, absence d’autorisation individuelle)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
