Après la publication du bilan de l’ANSM (515 effets graves et 13 décès signalés en un an), une question revient dans les groupes de patients : et les risques de l’obésité elle-même, on les compare ? C’est exactement le raisonnement bénéfice-risque que font les médecins. Voici ce que disent les chiffres, des deux côtés de la balance.
L’essentiel
- Une obésité avec un IMC de 40 à 45 fait perdre en moyenne 8 à 10 ans d’espérance de vie, autant que le tabac, selon une analyse de 900 000 adultes publiée dans The Lancet.
- Côté traitement, l’ANSM a recensé 515 effets graves pour environ 840 000 patients traités en un an, soit environ 6 pour 10 000.
- Dans l’essai SELECT (17 604 patients), le sémaglutide a réduit de 20 % les infarctus, AVC et décès cardiovasculaires.
- Dans SURMOUNT-OSA, près d’un patient sur deux sous tirzépatide (Mounjaro) n’avait plus d’apnée du sommeil significative après un an.
- La balance dépend de chaque personne : c’est une décision à prendre avec son médecin.
Le poids de l’obésité sévère sur l’espérance de vie
La référence la plus solide reste la Prospective Studies Collaboration, publiée dans The Lancet en 2009 : 57 études, près de 900 000 adultes suivis en Europe et en Amérique du Nord. Ses conclusions sont nettes. Au-dessus d’un IMC de 25, chaque tranche de 5 points supplémentaires s’accompagne d’environ 30 % de mortalité en plus.
Traduit en années : avec un IMC de 30 à 35, la survie médiane est réduite de 2 à 4 ans. Avec un IMC de 40 à 45, la perte atteint 8 à 10 ans, soit un effet comparable à celui du tabagisme. Les auteurs précisent que cet excès de mortalité est « principalement dû aux maladies vasculaires » et qu’il est « probablement en grande partie causal » (traduit par nos soins).
Derrière ces chiffres, il y a les maladies associées : diabète de type 2, hypertension, infarctus et AVC, apnée du sommeil, stéatose du foie pouvant évoluer vers la cirrhose, arthrose, certains cancers. Dans l’étude du Lancet, la mortalité liée au diabète, aux reins et au foie augmente encore plus vite avec l’IMC que la mortalité vasculaire.
Le poids des effets graves sous traitement
De l’autre côté, le 3e bilan de pharmacovigilance de l’ANSM, publié le 7 octobre 2026, recense 515 effets indésirables graves et 13 décès déclarés en un an, pour environ 840 000 patients traités par Ozempic, Wegovy ou Mounjaro (notre décryptage complet).
Rapporté au nombre de patients, cela représente environ 6 effets graves déclarés pour 10 000 patients et moins de 2 décès signalés pour 100 000. Deux précisions importantes, dans les deux sens :
- Un effet déclaré n’est pas un effet prouvé : pour plusieurs décès, d’autres traitements étaient en cause (acidose lactique sous metformine notamment), et le lien avec un cancer du pancréas n’est jugé que « possible ».
- À l’inverse, la pharmacovigilance repose sur des déclarations volontaires : tous les effets ne sont pas signalés, les chiffres réels sont donc probablement plus élevés.
Les effets graves les plus surveillés sont la pancréatite aiguë, les complications biliaires, la déshydratation sévère liée aux vomissements, et un risque rare de neuropathie optique (NAION). Le rapport souligne aussi que beaucoup de cas évitables concernent le mésusage : traitement pris pour maigrir sans indication médicale ou stylos achetés hors pharmacie.
Ce que les essais montrent sur les maladies de l’obésité
Le cœur. L’essai SELECT, publié dans le New England Journal of Medicine en 2023, a suivi 17 604 adultes en surpoids ou obèses, avec une maladie cardiovasculaire mais sans diabète, pendant 40 mois en moyenne. Sous sémaglutide (Wegovy), les infarctus, AVC et décès cardiovasculaires sont passés de 8,0 % à 6,5 %, soit une baisse de 20 %. La mortalité toutes causes a aussi diminué (4,3 % contre 5,2 %). En contrepartie, 16,6 % des patients ont arrêté le traitement à cause d’effets indésirables, contre 8,2 % sous placebo.
L’apnée du sommeil. Dans SURMOUNT-OSA (469 patients, 52 semaines, NEJM 2024), le tirzépatide (Mounjaro) a réduit d’environ 20 à 24 événements par heure l’indice d’apnées, au-delà du placebo. Entre 43 % et 52 % des patients à dose maximale ont atteint une rémission. Les patients ont eu « environ 30 événements perturbateurs de moins par heure de sommeil, et près de la moitié ont obtenu une résolution de la maladie », résume le Pr Atul Malhotra, investigateur principal (traduit par nos soins). Les nausées et diarrhées concernaient environ un patient sur quatre.
Le foie. Dans l’essai ESSENCE (800 patients, 72 semaines, NEJM 2025), la stéatohépatite a régressé chez 62,9 % des patients sous sémaglutide contre 34,3 % sous placebo, et la fibrose s’est améliorée chez 36,8 % contre 22,4 % (notre analyse de l’essai). « Je travaille sur les traitements GLP-1 depuis seize ans et ces résultats sont extrêmement enthousiasmants », a déclaré le Pr Philip Newsome, coinvestigateur principal (traduit par nos soins).
Les limites de la comparaison
- On ne compare pas exactement la même chose. Les chiffres de l’obésité viennent d’études d’observation sur des décennies ; ceux des traitements viennent d’essais de 1 à 4 ans et d’un an de pharmacovigilance.
- Les essais sont financés par les laboratoires (Novo Nordisk pour SELECT et ESSENCE, Lilly pour SURMOUNT-OSA) et portent sur des populations précises : SELECT, par exemple, ne concernait que des personnes ayant déjà une maladie cardiovasculaire.
- Le recul à très long terme manque : on n’a pas encore de données sur 20 ou 30 ans de traitement.
- L’effet dure tant que le traitement dure. À l’arrêt, une grande partie du poids revient en général (ce que montrent les études sur l’arrêt).
- Les médicaments ne sont pas la seule option pour l’obésité sévère : la chirurgie bariatrique, l’accompagnement nutritionnel et l’activité physique adaptée ont aussi fait leurs preuves, seuls ou en complément.
Ce qu’il faut retenir
Pour une personne vivant avec une obésité sévère et des complications, les données disponibles montrent que les risques de la maladie sont réels et importants, et que les effets graves des traitements restent rares au regard du nombre de patients traités. Pour une personne en simple surpoids, sans complication, qui cherche à perdre quelques kilos, la balance est très différente : c’est précisément le mésusage que pointe l’ANSM.
Cette balance se fait au cas par cas, avec son médecin : antécédents (pancréatite, problèmes de vésicule, maladies des yeux), autres traitements, objectifs et suivi. Et un traitement bien encadré, c’est aussi connaître les signes d’alerte qui doivent faire consulter vite, comme une douleur intense et persistante au ventre.
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Sources
- Prospective Studies Collaboration – Body-mass index and cause-specific mortality in 900 000 adults, The Lancet, 2009
- ANSM – 3e bilan de pharmacovigilance des analogues du GLP-1 (7 octobre 2026), notre décryptage
- American College of Cardiology – SELECT, Semaglutide Effects on Cardiovascular Outcomes in People With Overweight or Obesity (NEJM 2023)
- HCPLive – SURMOUNT-OSA: Tirzepatide cuts obstructive sleep apnea severity (NEJM, juin 2024)
- King’s College London – Semaglutide treats liver disease in two thirds of patients (essai ESSENCE, NEJM, avril 2025)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Préparé avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle et vérifié par la rédaction. Avertissement médical.
