Épilepsie : un risque de démence avant 65 ans 6 fois plus élevé, ce qu’il faut savoir

Publiée ce mercredi 14 octobre dans Neurology, une étude française sur plus de 200 000 adultes lie l'épilepsie à la démence avant 65 ans. Les nouveaux épileptiques ont environ 6 fois plus de risque, mais celui-ci reste faible : 2,2 % en 10 ans.

Santé et consultation médicale

Vous avez fait une première crise d’épilepsie à 40 ou 50 ans ? Une étude française publiée ce mercredi 14 octobre dans Neurology, la revue de l’Académie américaine de neurologie, montre que les personnes chez qui l’épilepsie vient d’être diagnostiquée ont environ six fois plus de risque de développer une démence avant 65 ans. Le risque reste pourtant faible en valeur absolue.

Ce qu’il faut retenir

  • Chez les 30-55 ans, 2,2 % des nouveaux épileptiques ont développé une démence précoce en 10 ans, contre 0,2 % sans épilepsie.
  • Après ajustement, le risque est environ 6 fois plus élevé chez les nouveaux épileptiques, +74 % chez les épileptiques de longue date.
  • Résultats confirmés sur des données suédoises ; l’étude montre une association, pas une cause.
  • Les auteurs plaident pour surveiller plus tôt la mémoire et la tension des personnes épileptiques.

Qu’ont-ils découvert ?

L’équipe du Pr Vincent Navarro (Sorbonne Université, service de neurologie de la Pitié-Salpêtrière AP-HP, à Paris) s’est intéressée à la démence « précoce », celle qui commence avant 65 ans.

Les chercheurs ont utilisé les grandes bases de données de santé nationales de deux pays, la France et la Suède.

D’abord, un regard en arrière. En France, 11 360 personnes atteintes de démence précoce ont été comparées à 113 600 personnes sans démence, de même âge et de même sexe. Les chercheurs ont regardé si elles avaient eu une épilepsie dans les 10 années précédentes. Résultat : 12,5 % des malades avaient un diagnostic d’épilepsie, contre 1,2 % des autres. Soit environ dix fois plus. Les médicaments contre l’épilepsie étaient aussi plus fréquents : 27,3 % contre 10,3 %. La même analyse menée en Suède, sur 16 433 malades et 164 330 témoins, a donné des résultats similaires.

Ensuite, un suivi dans le temps. En France, des adultes de 30 à 55 ans ont été suivis jusqu’à 10 ans :

  • parmi 12 901 personnes dont l’épilepsie a été diagnostiquée en 2008, 2,2 % ont développé une démence précoce, soit environ 1 sur 45 ;
  • parmi 64 083 personnes déjà épileptiques, 1,7 % ;
  • parmi 129 010 personnes sans épilepsie, 0,2 %, soit 2 sur 1 000.

Les chercheurs ont tenu compte d’autres facteurs qui augmentent le risque de démence, comme l’accident vasculaire cérébral (AVC), les troubles de l’humeur ou les traumatismes crâniens. Après ces ajustements, le risque restait environ six fois plus élevé chez les nouveaux épileptiques, et 74 % plus élevé chez les épileptiques de longue date, par rapport aux personnes sans épilepsie.

Qu’en disent les chercheurs ?

Pour Vincent Navarro, le message est d’abord pratique. « Ces résultats plaident pour intégrer la prévention de la démence dans la prise en charge des personnes épileptiques », explique-t-il dans le communiqué de l’Académie américaine de neurologie (traduit par nos soins). Selon lui, ces patients pourraient bénéficier d’une évaluation plus précoce de leurs risques pour la mémoire et d’un meilleur contrôle des facteurs sur lesquels on peut agir, comme l’hypertension artérielle.

Il insiste aussi sur la mesure : « Même si ces résultats montrent une relation forte entre épilepsie et démence précoce, il est important de se rappeler que le risque absolu est faible. »

Nous n’avons pas trouvé de commentaire d’un expert indépendant à ce stade. Un travail australien publié en 2021 dans Frontiers in Aging Neuroscience, sur 427 patients, avait observé le lien dans l’autre sens : chez 8 épileptiques sur 10 suivis, les premières crises survenaient entre 2 ans avant et 6 ans après le début du déclin de la mémoire. Autrement dit, une épilepsie tardive pourrait parfois être un signe très précoce d’une maladie du cerveau déjà en marche, plutôt que sa cause. L’étude française ne permet pas de trancher.

Pourquoi rester prudent ?

  • Association n’est pas preuve : l’étude montre un lien, pas que l’épilepsie provoque la démence.
  • Données incomplètes : les chercheurs ne connaissaient ni le type d’épilepsie, ni le type ou la cause de la démence. Les résultats viennent de deux pays riches avec une assurance maladie universelle.
  • Financement public : l’étude a été financée par l’Agence nationale de la recherche (ANR). L’étude est vaste mais repose sur des dossiers administratifs.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France, environ 600 000 personnes vivent avec une épilepsie, selon l’Inserm, et près de la moitié ont moins de 20 ans. Les traitements permettent de supprimer les crises dans 60 à 70 % des cas. Une épilepsie n’est donc pas une condamnation pour la mémoire : plus de 97 sur 100 des nouveaux épileptiques suivis ici n’ont pas développé de démence précoce en 10 ans.

En France comme en Belgique, le bon réflexe reste le même : le médecin traitant, puis le neurologue. Quelques questions à leur poser :

  • Mon épilepsie a-t-elle une cause identifiée ?
  • Faut-il surveiller ma mémoire, et à quel moment orienter vers une consultation mémoire ?
  • Ma tension, mon cholestérol et mon sommeil sont-ils bien contrôlés ?

Ne modifiez jamais seul votre traitement antiépileptique. D’autres facteurs sont aussi étudiés pour la démence précoce : lire nos articles sur les signaux d’Alzheimer avant 65 ans, sur le trouble de l’attention et la démence et sur la hausse attendue des cas de démence d’ici 2050.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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