L’arthrose du genou est l’une des complications les plus invalidantes de l’obésité : chaque kilo en trop pèse sur l’articulation à chaque pas. Une étude publiée le 29 septembre 2026 dans le New England Journal of Medicine (NEJM) montre que le rétatrutide, le traitement expérimental d’Eli Lilly, réduit nettement la douleur chez ces patients. Elle vient confirmer, sur un plus grand nombre de personnes, ce qu’avait déjà montré l’essai TRIUMPH-4, premier essai de phase 3 de la molécule dont les résultats avaient été annoncés en décembre 2025.
Ce qu’il faut retenir
- Dans le volet arthrose de TRIUMPH-1 (574 patients), le score de douleur WOMAC baisse de 3,2 à 3,6 points sur 10, contre 1,9 sous placebo.
- Dans TRIUMPH-4 (445 patients, 68 semaines), la douleur recule de 75,8 % sous rétatrutide, contre 40,3 % sous placebo.
- 14,1 % des patients de la dose de 12 mg n’avaient plus du tout mal au genou, contre 4,2 % sous placebo.
- Revers de la médaille : jusqu’à 18,2 % d’arrêts pour effets indésirables dans TRIUMPH-4.
- Le rétatrutide n’est autorisé dans aucune indication.
Le volet « genou » de TRIUMPH-1
TRIUMPH-1 est le grand essai de phase 3 du rétatrutide dans l’obésité : 2 339 adultes obèses ou en surpoids avec au moins une complication, sans diabète, suivis 80 semaines dans 131 centres de 11 pays. Il intègre des sous-études ciblées, dont une consacrée à l’arthrose du genou, qui a porté sur 574 participants.
La douleur y était mesurée avec le score WOMAC, un questionnaire de référence noté ici de 0 à 10. Selon la publication du NEJM, la douleur a diminué en moyenne de 3,2 points à 4 mg, 3,5 points à 9 mg et 3,6 points à 12 mg, contre 1,9 point sous placebo. Eli Lilly, qui met en avant l’analyse limitée aux patients ayant suivi le traitement comme prévu, évoque une baisse allant jusqu’à 4,3 points à partir d’un score initial de 6,0, soit une réduction de 73,1 %.
TRIUMPH-4 : 75,8 % de douleur en moins
Ces chiffres rejoignent ceux de TRIUMPH-4, un essai entièrement dédié à l’arthrose du genou chez des adultes obèses. Annoncé par Lilly le 11 décembre 2025, il a inclus 445 participants répartis entre placebo et rétatrutide à 9 ou 12 mg pendant 68 semaines. Résultat : une baisse du score de douleur WOMAC de 4,5 points (-75,8 %) sous traitement, contre 2,4 points (-40,3 %) sous placebo. À la dose de 12 mg, 14,1 % des patients n’avaient plus aucune douleur au genou en fin d’essai, contre 4,2 % sous placebo. La fonction physique s’est elle aussi améliorée de plus de 70 %.
La perte de poids, elle, a atteint 28,7 % en moyenne à 12 mg et 26,4 % à 9 mg, contre 2,1 % sous placebo, avec une baisse de la pression artérielle systolique de 14,0 mmHg à la dose la plus forte.
Un effet placebo à ne pas négliger
Ces résultats appellent plusieurs nuances. D’abord, l’effet placebo est important : dans TRIUMPH-4, la douleur recule de 40 % sans traitement actif, ce qui est classique dans les études sur la douleur arthrosique. L’écart réel attribuable au rétatrutide est donc plus modeste que les pourcentages bruts. Ensuite, les essais ne permettent pas de faire la part entre l’effet de la perte de poids sur l’articulation et un éventuel effet propre de la molécule. Enfin, le rétatrutide ne répare pas le cartilage : les essais mesurent la douleur et la fonction, pas l’état structurel du genou.
Une tolérance qui interroge
TRIUMPH-4 a aussi révélé le profil d’effets indésirables le plus marqué du programme. Les nausées ont touché 43,2 % des patients à 12 mg (10,7 % sous placebo) et les vomissements 20,9 % (0 % sous placebo). Les dysesthésies, des sensations anormales de la peau (picotements, sensibilité au toucher), ont concerné 8,8 % des patients à 9 mg et 20,9 % à 12 mg, contre 0,7 % sous placebo. Surtout, 18,2 % des patients de la dose haute ont arrêté le traitement à cause d’effets indésirables, contre 12,2 % à 9 mg et 4,0 % sous placebo. Selon des analystes de Citi cités par Clinical Trials Arena, ces arrêts étaient fortement liés à un IMC de départ plus bas et à une perte de poids jugée excessive.
Ce qu’il faut retenir
- Niveau de preuve : deux essais de phase 3 randomisés contre placebo, dont l’un publié dans le NEJM.
- Résultat : une réduction nette de la douleur arthrosique du genou chez des personnes obèses, avec un effet placebo notable.
- Limites : pas de données sur le cartilage ; tolérance plus difficile à la dose de 12 mg.
- Statut : le rétatrutide n’est approuvé dans aucun pays. Il ne doit pas être utilisé en dehors des essais cliniques.
Pour aller plus loin, consultez notre fiche rétatrutide et notre dossier sur les agonistes du GLP-1.
Sources
- Jastreboff A.M. et al., Retatrutide, a Triple Hormone Receptor Agonist, for Treatment of Obesity, NEJM, 29 septembre 2026
- Psychiatric News Alert, Retatrutide Reduced Pain, Sleep Apnea in Adults With Obesity, septembre 2026
- Eli Lilly, communiqué TRIUMPH-4, 11 décembre 2025
- Patient Care Online, Retatrutide Achieves Up to 28.7% Weight Loss and Marked Knee Pain Reduction in TRIUMPH-4, décembre 2025
- Clinical Trials Arena, Lilly’s triple G agonist boasts 28.7% weight loss in Phase III trial, décembre 2025
- Eli Lilly, communiqué ADA 2026, 6 juin 2026
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