Depuis que vous êtes sous Ozempic ou Mounjaro, l’odeur du café vous écœure ou, au contraire, un parfum vanillé vous attire plus qu’avant ? Selon une enquête de l’agence Reuters publiée ce lundi 19 octobre, plusieurs géants du parfum étudient désormais comment ces traitements changent les goûts de leurs clients en matière d’odeurs.
Ce qu’il faut retenir
- Quatre industriels du parfum disent avoir exploré un lien entre GLP-1 et préférences olfactives (Reuters, 19 oct.).
- Selon NIQ, les Américains sous GLP-1 dépensent 26 % de plus en parfums que la moyenne.
- Parfums « gourmands » : 24 % des lancements, contre 9 % deux ans plus tôt (Mintel).
- Troubles de l’odorat ou du goût un peu plus fréquents sous GLP-1, mais rares : 0,37 % contre 0,22 % (JAMA Otolaryngology, 2026).
Qu’ont découvert les parfumeurs ?
Reuters a interrogé huit fabricants et grandes marques de parfum. Quatre d’entre eux, Givaudan, IFF, CPL Aromas et L’Oréal, disent avoir exploré un lien entre les médicaments de la famille des GLP-1 et les préférences olfactives. Ces traitements imitent une hormone de la satiété et coupent l’appétit. C’est le cas du sémaglutide (Ozempic, Wegovy) et du tirzépatide (Mounjaro).
Leurs observations vont dans le même sens. Givaudan a constaté un intérêt accru pour le parfum chez les patients sous GLP-1. Certaines odeurs deviennent désagréables, d’autres plus attirantes. IFF suggère que ces traitements pourraient augmenter l’intérêt pour les odeurs comme source de plaisir.
L’explication avancée est simple : quand on mange moins, on cherche le plaisir ailleurs. Arnaud Guggenbuhl, responsable marketing des parfums de luxe chez Givaudan, le résume ainsi : « Ce qu’ils ne peuvent plus manger, ils veulent quand même en profiter » (traduit par nos soins).
Un chiffre retient l’attention. D’après une étude du cabinet NIQ citée par Reuters, les Américains sous GLP-1 dépensent 26 % de plus en parfums que le consommateur moyen. Et les parfums dits « gourmands », qui évoquent la nourriture (vanille, pistache, cacao, et même sésame ou tabasco), pèsent désormais 24 % des nouveaux lancements, contre 9 % deux ans plus tôt, selon le cabinet Mintel.
Est-ce que les scientifiques y croient ?
En partie. Paule Joseph codirige le centre de l’odorat et du goût des Instituts nationaux de la santé américains (NIH), l’organisme public de recherche médicale des États-Unis. Elle juge l’hypothèse crédible : un effet de ces médicaments sur l’odorat et le goût « n’est pas une idée tirée par les cheveux ». Mais elle prévient qu’il est trop tôt pour savoir si, et comment, ils modifient la perception des odeurs.
Quelques études vont dans ce sens. En 2025, une équipe autrichienne a interrogé 411 adultes sous Wegovy, Ozempic ou Mounjaro. Environ 1 sur 5 disait percevoir le sucré plus intensément. Ces changements de goût étaient liés à une satiété plus forte et à moins d’envies de manger. Mais c’était un simple questionnaire en ligne, et aucun lien n’a été trouvé avec le poids perdu.
En juin 2026, une étude israélienne publiée dans la revue JAMA Otolaryngology a comparé environ 900 000 personnes diabétiques de type 2. Les troubles de l’odorat et du goût étaient un peu plus fréquents sous GLP-1 qu’avec d’autres antidiabétiques. Mais le risque restait très faible : 0,37 % contre 0,22 %, soit moins de 4 personnes sur 1 000.
Pourquoi rester prudent ?
- Qui parle ? Les observations sur les parfums viennent d’industriels qui vendent des parfums et ont intérêt à repérer une tendance. Ce ne sont pas des études publiées dans une revue scientifique et relues par des experts.
- Quelle taille ? Les rares études sur le goût sont des questionnaires (411 personnes) ou des analyses de dossiers médicaux. Aucun essai n’a encore mesuré l’odorat avant et après le traitement.
- Association n’est pas preuve. Dépenser plus en parfum peut s’expliquer par d’autres choses : revenus plus élevés, envie de prendre soin de soi après une perte de poids. Toutes les entreprises et tous les scientifiques interrogés par Reuters disent qu’il faut plus de recherches.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Si une odeur ou un aliment vous dégoûte soudain sous traitement, ce n’est pas forcément anormal : les nausées et les changements de goût font partie des effets fréquemment rapportés. Nous les détaillons dans notre guide des premières semaines sous Mounjaro.
En revanche, une perte nette de l’odorat ou du goût mérite d’en parler. Questions à poser à votre médecin :
- Ce changement d’odorat ou de goût peut-il venir de mon traitement, ou d’autre chose (infection, sinus, autre médicament) ?
- Faut-il faire un bilan chez un spécialiste ORL, le médecin de l’oreille, du nez et de la gorge ?
En France, Ozempic est réservé au diabète de type 2. Depuis le 15 juin 2026, Wegovy et Mounjaro sont remboursés contre l’obésité, mais seulement sous conditions strictes. En Belgique, Mounjaro ne sera pas remboursé contre l’obésité. Voir nos fiches Ozempic et Mounjaro, et notre article sur l’effet Ozempic sur la consommation.
Reste à savoir ce qui relève du nez, du cerveau ou du simple marketing.
La rédaction
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Sources
- Reuters (A. Marrow, D. Balibouse), « Cherry or tabasco? Perfumers test weight-loss drug users’ appetite for food-inspired scents », 19 octobre 2026 (reprise Investing.com)
- Reuters via ARY News, « Enjoying what you can’t eat: Perfumers test weight-loss drug users », 19 octobre 2026
- FashionNetwork UK (Reuters), « Perfumers test weight-loss drug users’ appetite for food-inspired scents », octobre 2026
- Université de médecine de Vienne / Diabetes, Obesity and Metabolism, perception du goût sous traitement anti-obésité (411 adultes), 8 octobre 2025
- Healio, Changes in taste with GLP-1-based therapies tied to increased satiety, 6 octobre 2025
- Healio, GLP-1s may raise risk for smell, taste disturbances in type 2 diabetes (JAMA Otolaryngology), 14 juillet 2026
- Reuters Health Rounds via Medthority, GLP-1s linked to smell and taste impairment in diabetes patients, 26 juin 2026
- La DH, Le Mounjaro ne sera pas remboursé contre l’obésité en Belgique, 17 octobre 2026
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