Sous Ozempic ou Wegovy, ils se ruent sur les compléments : les médecins s’inquiètent

Fibres, protéines, collagène, électrolytes : près d'un utilisateur de GLP-1 sur deux a commencé un nouveau complément, selon une enquête citée par Reuters. Médecins et autorités américaines tirent la sonnette d'alarme.

Boisson protéinée

Fibres, protéines, collagène, électrolytes, magnésium : sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, beaucoup de patients se constituent une petite pharmacie de compléments alimentaires pour mieux supporter le traitement. Aux États-Unis, le phénomène est devenu un marché à part entière, révèle l’agence Reuters ce mardi 20 octobre. Et les médecins comme les autorités commencent à s’en inquiéter.

Ce qu’il faut retenir

  • Près d’un utilisateur de GLP-1 sur deux a commencé un nouveau complément, selon une enquête du Nutrition Business Journal citée par Reuters
  • Certains patients y consacrent 100 à 300 dollars par mois
  • Un complément alimentaire n’a pas besoin d’une autorisation préalable de la FDA : son contenu réel est difficile à vérifier
  • Aux États-Unis, le gouvernement veut durcir les règles sur les nouveaux ingrédients
  • En France aussi, un complément n’est pas un médicament : il n’est pas évalué avant sa mise en vente

Que se passe-t-il aux États-Unis ?

Le constat de départ est simple. Les traitements GLP-1 coupent l’appétit. On mange moins, et parfois mal. Nausées, constipation, fatigue, perte de muscle : pour compenser, de plus en plus de patients se tournent vers les compléments.

Reuters donne quelques chiffres :

  • environ 10 millions d’Américains ont utilisé un GLP-1 l’an dernier, et la banque JPMorgan prévoit qu’ils pourraient être 25 millions en 2030 ;
  • près de la moitié d’entre eux ont commencé un nouveau complément, selon une enquête du Nutrition Business Journal ;
  • les ventes de compléments aux États-Unis ont dépassé 74 milliards de dollars en 2025, selon la même source ;
  • sur TikTok Shop, elles ont dépassé 1 milliard de dollars l’an dernier, portées par les influenceurs.

Reuters cite le cas d’Allison Vecchio, infirmière aux urgences en Floride, sous traitement GLP-1. Elle dit dépenser 200 à 300 dollars par mois en fibres, collagène et électrolytes pour limiter les effets secondaires. Une autre utilisatrice, Terri Hart, prend du magnésium, des électrolytes et de la vitamine B12, pour environ 110 dollars par mois.

Les grandes enseignes et les industriels suivent le mouvement. La chaîne The Vitamin Shoppe dit voir ses ventes de fibres et de créatine progresser à deux chiffres, et plusieurs rachats de marques de compléments sont en cours.

Pourquoi les médecins s’inquiètent-ils ?

Le problème tient en une phrase : un complément alimentaire n’est pas un médicament. Aux États-Unis, il n’a pas besoin d’une autorisation préalable de l’agence du médicament (FDA) avant d’être vendu. Personne ne vérifie donc, à l’avance, ce qu’il contient vraiment, ni à quelle dose.

« Si vous ne pouvez pas savoir ce que vous prenez, il est difficile de savoir quels risques vous courez », résume le Dr Jonathan Bonnet, professeur associé de clinique à l’université Stanford, interrogé par Reuters (traduit par nos soins).

Certains chercheurs réclament aussi un meilleur encadrement de la publicité pour les compléments sur les réseaux sociaux, où les promesses vont souvent bien au-delà de ce que montrent les études.

Les autorités vont-elles réagir ?

Aux États-Unis, le ministre de la Santé, Robert F. Kennedy Jr., a proposé de supprimer une procédure qui permet aujourd’hui aux fabricants de lancer un nouvel ingrédient sans même prévenir la FDA, en le déclarant eux-mêmes « généralement reconnu comme sûr ». L’industrie est divisée. Le syndicat professionnel Council for Responsible Nutrition craint des mois d’attente. Le patron de la marque Thorne, Colin Watts, juge « improbable » que la FDA ait les moyens d’examiner les nouveaux ingrédients « à la vitesse nécessaire pour suivre l’innovation » (traduit par nos soins).

Et en France ?

Le principe est le même : un complément alimentaire n’est pas évalué comme un médicament avant sa mise en vente. Le fabricant le déclare simplement à l’administration avant de le commercialiser. L’Anses, l’agence de sécurité sanitaire, surveille les effets indésirables a posteriori, grâce aux signalements des professionnels de santé et des consommateurs (la nutrivigilance).

Attention aussi aux produits présentés en ligne comme des « alternatives naturelles » à Ozempic : aucun complément ne reproduit l’effet d’un GLP-1. Nous avons fait le point sur les produits vendus en ligne qui imitent ces traitements.

Pourquoi rester prudent ?

  • Ce que montre l’article de Reuters, c’est une tendance de consommation aux États-Unis, pas une étude sur l’efficacité ou les dangers de ces compléments.
  • Certains apports ont du sens sous traitement : manger assez de protéines, boire suffisamment. Mais ils passent d’abord par l’alimentation, et les besoins varient d’une personne à l’autre.
  • Plus on cumule les produits, plus le risque de surdosage ou d’interaction augmente, et plus la facture grimpe.

Concrètement, pour vous

  • Avant d’ajouter un complément, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, surtout si vous prenez d’autres médicaments.
  • Signalez-leur les compléments que vous prenez déjà : ils ne figurent pas toujours dans votre dossier.
  • Méfiez-vous des produits vantés par des influenceurs avec un code promo.
  • Pour les bases, nos guides font le point sur les protéines sous traitement GLP-1, les électrolytes et le magnésium.

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Sources

Cet article est fourni à titre d’information. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin.

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