Moins de chips dans le chariot, plus de yaourts, une assiette à moitié finie au restaurant… Aux États-Unis, l’effet Ozempic sur la consommation se lit désormais dans les tickets de caisse. Les médicaments de la famille des GLP-1 (Ozempic, Wegovy, Mounjaro…) coupent l’appétit, et toute l’industrie s’adapte : géants de l’agroalimentaire, chaînes de restaurants, et même compagnies aériennes. Que disent vraiment les chiffres ? Et qu’est-ce que cela change pour vous, en France ou en Belgique ?
Ce qu’il faut retenir
- -5,3 % de courses alimentaires en six mois chez les foyers américains sous GLP-1 (Cornell, 2025)
- Snacks salés : environ -10 % ; yaourts et fruits frais en hausse modérée
- Nestlé, Conagra et Danone ont lancé des produits ciblant les utilisateurs de GLP-1
- Environ 2 % des adultes européens sous GLP-1, contre 12,4 % des Américains
- Aucune donnée publique belge sur l’impact dans les rayons
Pourquoi un médicament change-t-il ce que l’on met dans son caddie ?
GLP-1 signifie « glucagon-like peptide-1 ». C’est une hormone produite naturellement par l’intestin après un repas. Le sémaglutide (la molécule d’Ozempic et de Wegovy) l’imite : on parle d’« agoniste des récepteurs du GLP-1 », c’est-à-dire d’une molécule qui active les mêmes « interrupteurs » que l’hormone.
Selon la base médicale Vidal, le sémaglutide réduit le poids en diminuant les apports énergétiques, avec une baisse générale de l’appétit. Il réduit aussi la préférence pour les aliments riches en graisses. Autrement dit : on mange moins, et on a moins envie de gras. Rien d’étonnant à ce que les rayons apéritif et biscuits soient les premiers touchés.
Effet Ozempic sur la consommation : que dit la plus grande étude ?
La référence, c’est une étude de l’université Cornell (États-Unis), publiée en décembre 2025 dans le Journal of Marketing Research, une revue scientifique à comité de lecture. Les chercheurs Sylvia Hristakeva et Jura Liaukonyte ont croisé les achats réels d’environ 150 000 foyers américains (données du panel Numerator) avec leurs réponses sur la prise de GLP-1.
- -5,3 % de dépenses en courses alimentaires dans les six mois qui suivent le début du traitement.
- Plus de -8 % dans les foyers les plus aisés.
- Environ -8 % dans la restauration rapide, les cafés et les autres enseignes à service limité.
- Un effet qui dure au moins un an chez ceux qui poursuivent le traitement, mais qui s’atténue avec le temps.
Autre enseignement : environ un tiers des utilisateurs ont arrêté le médicament pendant la période étudiée. Chez eux, les dépenses sont revenues à leur niveau d’avant, avec un panier même légèrement moins sain qu’avant (plus de bonbons et de chocolat).
Niveau de preuve : il s’agit d’une étude observationnelle. Elle repose sur des achats réels, et non sur des déclarations, ce qui la rend solide. Mais ce n’est pas un essai contrôlé : elle montre une association forte, pas une preuve absolue de cause à effet.
Ozempic et snacks : quels rayons perdent du terrain ?
Snacks salés, sucreries, biscuits
Dans l’étude Cornell, les achats de snacks salés (chips, crackers…) baissent d’environ 10 %. Les baisses sont du même ordre pour les sucreries, les viennoiseries et pâtisseries industrielles et les cookies. Au Royaume-Uni, le panel Worldpanel by Numerator observe la même tendance en 2026 : le chocolat et les chips reculent nettement dans les foyers concernés.
Ozempic et alcool : les ventes reculent-elles ?
Au Royaume-Uni, une enquête Kantar d’août 2025 indique que près d’un utilisateur de GLP-1 sur quatre dit avoir réduit sa consommation d’alcool. Les achats de vin y reculent de 16 points de plus que chez les non-utilisateurs. Aux États-Unis, un sondage du cabinet EY-Parthenon (mars 2025) trouve que 44 % des utilisateurs boivent moins depuis le début du traitement. Ce sont des déclarations, donc à prendre avec prudence.
GLP-1 et courses alimentaires : quels produits en profitent ?
Toujours selon Cornell, le yaourt est le produit dont les achats progressent le plus, suivi des fruits frais, des barres nutritionnelles et des snacks à base de viande (type viande séchée). Mais attention : ces hausses restent modestes. Le panier devient plus sain surtout parce qu’on achète moins de produits gras et sucrés, pas parce qu’on achète beaucoup plus de produits sains.
À lire aussi : Protéines sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro : combien en manger, quelles poudres choisir ?
Plus inattendu : au Royaume-Uni, les foyers d’utilisateurs achètent nettement plus de bains de bouche (+20 points) et de chewing-gums (+24 points) que les autres, selon Worldpanel by Numerator. L’explication avancée : la gestion de la bouche sèche.
| Catégorie | Tendance chez les utilisateurs | Source |
|---|---|---|
| Courses alimentaires (total) | -5,3 % en six mois | Cornell, États-Unis, 2025 |
| Snacks salés | Environ -10 % | Cornell, États-Unis, 2025 |
| Sucreries, pâtisseries, cookies | En forte baisse | Cornell, États-Unis, 2025 |
| Fast-food et cafés | Environ -8 % | Cornell, États-Unis, 2025 |
| Vin | 16 points de baisse de plus que les non-utilisateurs | Kantar, Royaume-Uni, 2025 |
| Yaourts, fruits frais, barres nutritionnelles | En hausse (modérée) | Cornell, États-Unis, 2025 |
| Bains de bouche, chewing-gums | +20 et +24 points | Worldpanel, Royaume-Uni, 2026 |
Comment réagit l’industrie agroalimentaire face à Ozempic ?
Les grandes marques n’ont pas attendu. Trois exemples, tous lancés aux États-Unis :
- Nestlé – Vital Pursuit : annoncée en mai 2024, cette gamme de 12 plats surgelés (bols, pâtes protéinées, pizzas…) vendus 4,99 dollars maximum se présente comme riche en protéines, source de fibres et adaptée en portions aux personnes sous GLP-1.
- Conagra – badge « GLP-1 Friendly » : depuis janvier 2025, plus d’une vingtaine de plats Healthy Choice portent cette mention, réservée par la marque à des produits riches en protéines, peu caloriques et sources de fibres.
- Danone – Oikos Fusion : un yaourt à boire lancé en août 2025, avec 23 g de protéines et 5 g de fibres par portion selon la marque.
À savoir : « GLP-1 friendly » n’est pas un label médical. C’est une mention créée par un fabricant pour guider ses clients. Elle ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.
Effet Ozempic au restaurant : vers des portions plus petites ?
Aux États-Unis, plusieurs chaînes ont réduit la taille de leurs assiettes. Selon le magazine Fortune (mars 2026), Olive Garden a lancé en janvier 2026 un menu « Lighter Portions » de sept plats dans tout le pays. Son PDG cite les utilisateurs de GLP-1 comme une raison parmi d’autres, aux côtés des clients soucieux de leur santé ou de leur budget. The Cheesecake Factory propose des mini-plats depuis l’été 2025, P.F. Chang’s des portions moyennes. Un restaurant cubain a même créé un menu baptisé « GLP-Wonderful ».
Au Royaume-Uni, 74 % des utilisateurs interrogés par Kantar disent limiter les plats à emporter.
Avions, vêtements : jusqu’où va l’effet ?
La banque d’investissement Jefferies a calculé en janvier 2026 qu’une baisse de 10 % du poids moyen des passagers ferait économiser 580 millions de dollars de carburant par an aux quatre grandes compagnies américaines. C’est un scénario théorique, pas une économie constatée.
Côté mode, l’enquête Kantar de 2025 indique que près de la moitié des utilisateurs britanniques disent porter des vêtements d’une taille inférieure. De quoi faire réfléchir les marques de prêt-à-porter.
Quel effet Ozempic sur la consommation en France et en Belgique ?
Soyons clairs : le phénomène est surtout documenté aux États-Unis, où 12,4 % des adultes disaient prendre un GLP-1 pour perdre du poids en 2025, selon l’institut Gallup (contre 5,8 % début 2024). En Europe, la banque ING estime l’usage à environ 2 % des adultes (mars 2026).
- France : selon le cabinet Mintel, environ 2 % des consommateurs utilisent un GLP-1, et seuls 7 % y voient un bon outil pour maigrir. Depuis le 15 juin 2026, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité, mais sous conditions strictes (indice de masse corporelle, ou IMC, d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec certaines maladies associées) et avec une première prescription réservée à des spécialistes. La population cible est estimée entre 1,05 et 2,1 millions de patients.
- Belgique : nous n’avons pas trouvé de données publiques sur l’impact des GLP-1 sur les achats alimentaires.
- Royaume-Uni : c’est le marché européen le plus avancé. En 2026, 6,3 % des foyers comptent un utilisateur, et leurs dépenses de courses ont reculé de 780 millions de livres au total, soit 418 livres de moins par foyer que chez les non-utilisateurs (Worldpanel by Numerator).
ING estime qu’avec 2 % d’utilisateurs, la demande totale en calories en Europe ne baisse que d’environ 0,25 %. Dans son scénario le plus transformateur, la baisse atteindrait 2,5 à 3,5 % d’ici 2030.
Faut-il relativiser ces chiffres ?
Oui, pour trois raisons.
- Corrélation n’est pas causalité. Les foyers sous GLP-1 ne sont pas des foyers comme les autres (au Royaume-Uni, 77 % des utilisateurs sont des femmes selon Worldpanel). Et l’inflation pèse aussi : « manger moins peut être une réponse financière autant que médicale », rappelle le site britannique Grocery Gazette.
- Une minorité de la population. En Europe, l’effet global sur la demande reste marginal à court terme, selon ING.
- Et les prix ? Aucune des études citées ici ne mesure d’effet des GLP-1 sur les prix en rayon. Elles mesurent ce que les foyers achètent, pas ce que coûtent les produits.
Et vous ? Ce que cela change concrètement
- Si vous êtes sous traitement, vous ne serez peut-être pas surpris de voir votre budget courses baisser : c’est ce que montrent les études.
- Un produit étiqueté « GLP-1 friendly » ou « spécial perte de poids » n’est pas indispensable : lisez la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel.
- Manger moins oblige à manger mieux : pour composer vos repas, un(e) diététicien(ne) reste le meilleur interlocuteur.
- Si vous ne prenez pas de GLP-1, vous verrez sans doute arriver plus de petites portions et de produits « riches en protéines » : un choix marketing, pas une obligation.
Les questions à poser à votre médecin ou pharmacien
- Mon appétit a beaucoup baissé : comment m’assurer que je mange assez de protéines et de fibres ?
- Dois-je consulter un(e) diététicien(ne) pendant mon traitement ?
- Les produits « spécial GLP-1 » vendus en ligne ont-ils un intérêt dans mon cas ?
- Puis-je boire de l’alcool pendant mon traitement, et en quelle quantité ?
- Que se passera-t-il pour mon appétit si j’arrête le traitement ?
Ce qu’il faut retenir
- Aux États-Unis, les foyers sous GLP-1 dépensent 5,3 % de moins en courses en six mois (Cornell, 2025).
- Snacks salés, sucreries, biscuits et alcool reculent ; yaourts, fruits et produits protéinés progressent, plus modestement.
- Nestlé, Conagra, Danone et des chaînes de restaurants ont déjà adapté leurs offres.
- En France et en Belgique, l’effet reste limité : environ 2 % d’utilisateurs en Europe, et aucune donnée belge publique.
- Ce sont des tendances observées, pas des certitudes : l’inflation et les modes alimentaires jouent aussi.
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Boîtes de conservation petites portions
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Utile pour se repérer dans des portions plus petites, avec l’aide d’un(e) diététicien(ne).
Petites assiettes et bols
Une vaisselle plus petite rend les portions réduites moins frustrantes à l’œil.
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Si votre médecin ou diététicien(ne) vous conseille un complément protéiné, voir aussi notre guide des protéines sous GLP-1.
Questions fréquentes
Est-ce qu’Ozempic fait vraiment baisser le budget courses ?
Aux États-Unis, une étude de Cornell publiée en décembre 2025 montre une baisse moyenne de 5,3 % des dépenses alimentaires dans les six mois suivant le début d’un GLP-1. La baisse dépasse 8 % dans les foyers aisés. Il s’agit d’une étude observationnelle, solide mais qui ne prouve pas à elle seule la causalité.
Quels aliments achète-t-on moins sous Ozempic ?
Les snacks salés (environ -10 % aux États-Unis), les sucreries, les pâtisseries et les cookies reculent le plus. Au Royaume-Uni, le chocolat et les chips sont aussi en net recul chez les foyers concernés.
Qu’est-ce qu’un produit « GLP-1 friendly » ?
C’est une mention commerciale lancée par Conagra aux États-Unis en janvier 2025 pour des plats riches en protéines, peu caloriques et sources de fibres. Ce n’est pas un label médical. Demandez conseil à un(e) diététicien(ne) plutôt que de vous fier à un logo.
Les GLP-1 font-ils baisser les ventes d’alcool ?
Les données vont dans ce sens. Au Royaume-Uni, près d’un utilisateur sur quatre dit boire moins (Kantar, 2025), et aux États-Unis 44 % des utilisateurs le déclarent (EY-Parthenon, 2025). Ce sont toutefois des déclarations, pas des mesures.
Les restaurants proposent-ils des portions plus petites à cause d’Ozempic ?
Aux États-Unis, oui en partie : Olive Garden a lancé un menu « Lighter Portions » en janvier 2026, et d’autres chaînes ont suivi. Les enseignes citent aussi le budget et la santé des clients comme raisons.
L’effet Ozempic touche-t-il la France ?
Beaucoup moins qu’aux États-Unis : environ 2 % des consommateurs français utiliseraient un GLP-1 selon Mintel. Le remboursement de Wegovy et Mounjaro depuis juin 2026 reste réservé à l’obésité sévère, sous conditions strictes.
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Sources
- Cornell Chronicle – Ozempic is changing the foods Americans buy (déc. 2025, étude Journal of Marketing Research)
- Food Dive – GLP-1 drug use cuts grocery spending by 6%, study finds (version préliminaire, janv. 2025)
- Vidal – Sémaglutide : substance active
- Gallup – Obesity Rate Declining in U.S. (oct. 2025)
- Kantar – GLP-1 agonists: the next big disruptor in society (août 2025)
- The Grocer – Exclusive data: GLP-1's impact on UK food and drink consumption
- Retail Times – Worldpanel by Numerator : weight loss drugs wipe £780 million off Britain's grocery bills (juin 2026)
- Grocery Gazette – Weight loss drugs wipe £780m off Britain's grocery bills (juin 2026)
- Grocery Gazette – Are weightloss jabs fundamentally changing the grocery industry? (févr. 2026)
- EY – GLP-1 shifts alcohol market dynamics (sondage EY-Parthenon, mars 2025)
- Nestlé USA (PR Newswire) – Vital Pursuit (mai 2024)
- Food Dive – Conagra adds 'GLP-1 friendly' label to Healthy Choice meals (déc. 2024)
- RetailDetail – Danone launches innovation for weight-loss medication users (août 2025)
- Fortune – Restaurants et petites portions (mars 2026)
- CBS News – Weight loss drugs could save airlines money on fuel (Jefferies, janv. 2026)
- ING Think – Transformative or overhyped? Weight-loss drugs and European food demand (mars 2026)
- FoodNavigator – GLP-1s in Europe: adoption lags behind the US (Mintel, mars 2026)
- Vidal – Obésité : prise en charge de Wegovy et Mounjaro à partir du 15 juin 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
