Graisse du ventre : Roche mise 1,16 milliard sur un traitement qui éteint un gène

Roche a annoncé mardi un accord pouvant atteindre 1,16 milliard de dollars avec la biotech chinoise Rona pour un traitement qui coupe le gène ALK7 des cellules graisseuses. Objectif : moins de graisse au ventre, sans perdre de muscle, mais rien n'est disponible avant des années.

Mètre ruban

Et si, un jour, on pouvait faire fondre la graisse du ventre sans toucher à l’appétit ? C’est le pari que fait Roche. Le géant suisse a signé mardi 13 octobre un accord avec Rona Therapeutics, une jeune biotech chinoise, pour un traitement expérimental qui « éteint » un gène dans les cellules graisseuses.

Ce qu’il faut retenir

  • Roche paiera jusqu’à 100 M$ à court terme, puis jusqu’à 1,06 Md$ selon les étapes franchies.
  • Le traitement, un ARN interférent, vise ALK7, un récepteur des cellules graisseuses.
  • Des études génétiques associent un ALK7 moins actif à moins de graisse abdominale.
  • Produit expérimental : aucune donnée humaine publiée, aucun accès possible en France.

Le montant donne le ton : jusqu’à 100 millions de dollars tout de suite, puis jusqu’à 1,06 milliard si le produit franchit les étapes du développement. Soit 1,16 milliard au maximum, plus un pourcentage sur les ventes. Mais attention : ce traitement n’existe aujourd’hui qu’au stade expérimental. Personne ne pourra se le faire prescrire avant des années.

Que fait ce traitement ?

Il repose sur l’ARN interférent. Le principe : un petit morceau de matériel génétique bloque le « message » qu’un gène envoie à la cellule pour fabriquer une protéine. C’est un peu comme un interrupteur qui coupe un gène, sans modifier l’ADN.

Ce n’est pas de la science-fiction. Un médicament contre le cholestérol, l’inclisiran (Leqvio), fonctionne déjà sur ce principe. Il est autorisé dans l’Union européenne depuis décembre 2020. Il s’injecte sous la peau tous les six mois, après les deux premières doses. Rien ne dit encore si le futur traitement de Roche aura un rythme comparable.

Ici, la cible s’appelle ALK7. C’est un récepteur, une sorte d’antenne, présent surtout à la surface des cellules graisseuses. Selon Rona, couper ALK7 vise à réduire la graisse viscérale, celle qui entoure les organes du ventre et que l’on juge la plus nocive, tout en préservant la masse maigre, c’est-à-dire les muscles.

La biotech présente son produit comme un complément possible des traitements comme Wegovy ou Mounjaro. Ceux-ci agissent surtout sur le cerveau et l’appétit. Celui-ci viserait directement le tissu graisseux.

« L’obésité représente un défi de santé majeur qui nécessite des options de traitement différenciées pour les patients », déclare Boris L. Zaïtra, responsable du développement commercial de Roche, dans le communiqué (traduit par nos soins).

Pourquoi cette cible intéresse autant les labos ?

Parce que la nature a déjà fait l’expérience. En 2018, une équipe américaine a analysé les gènes de plus de 400 000 Britanniques de la UK Biobank, publiée dans la revue Diabetes. Les porteurs de certaines variantes du gène d’ALK7 avaient un rapport taille-hanches plus bas et moins de graisse abdominale.

Mieux : chez les porteurs de variantes censées rendre le gène inactif, le risque de diabète de type 2 était inférieur de 54 %. Attention, ce sont des associations génétiques. Elles ne prouvent pas qu’un médicament fera la même chose.

Roche n’est pas seul. L’américain Arrowhead teste son propre produit, ARO-ALK7, chez l’humain. En janvier, il a annoncé des résultats intermédiaires : une seule injection a réduit la graisse viscérale de 14,1 % par rapport au placebo, dès 8 semaines, chez des personnes obèses. Alnylam a aussi lancé ses premiers essais. GSK a acquis en mai les droits d’un candidat chinois, de SiranBio.

Pour Roche, c’est une pièce de plus dans sa course à l’obésité. Le groupe avait racheté Carmot Therapeutics en 2023 et s’est associé au danois Zealand Pharma pour le pétrelintide, une molécule de la famille de l’amyline. Il vise désormais le top 3 du secteur.

« ALK7 est une cible convaincante dans l’obésité et les maladies métaboliques, avec le potentiel d’agir directement sur la biologie du tissu adipeux », estime Stella Shi, fondatrice et directrice générale de Rona, citée par BioPharma Dive (traduit par nos soins).

Pourquoi rester prudent ?

  • Ce sont les laboratoires qui parlent : aucun expert indépendant n’a encore commenté, et le communiqué ne donne aucune donnée chez l’humain pour le produit de Rona.
  • Les résultats d’Arrowhead sont intermédiaires, après une seule dose, sur un petit nombre de patients, et l’effet sur les muscles n’a été montré que chez l’animal.
  • Avoir moins de graisse grâce à ses gènes depuis la naissance n’est pas la même chose que couper ce gène avec un médicament à l’âge adulte.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Rien dans l’immédiat. Ce traitement n’est autorisé nulle part. Il n’est pas disponible en France ni en Belgique, et aucun calendrier n’a été donné. Il faudra des années d’essais avant une éventuelle mise sur le marché.

Aujourd’hui, en France comme en Belgique, les médicaments autorisés contre l’obésité sont surtout Wegovy et Mounjaro. Ils sont prescrits sous conditions médicales. Pour comparer leurs effets et leurs contraintes, consultez notre comparatif des traitements GLP-1.

Votre tour de ventre vous inquiète ? Parlez-en à votre médecin. Il peut le mesurer, évaluer votre risque et vous orienter. Et méfiez-vous des produits vendus en ligne qui promettent de « faire fondre » la graisse : aucun traitement ciblant ALK7 n’est en vente légalement.

👥 Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ?

Rejoignez notre groupe Facebook d’entraide France & Belgique : questions, expériences, actus vérifiées, sans pub pour des médicaments.

Rejoindre le groupe

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut