Graisse du ventre : une injection qui détruit les cellules graisseuses, ce qu’on sait

Présentée le 1er octobre au congrès européen sur le diabète à Milan et reprise ce lundi 12 octobre en France, l’injection expérimentale CBL-514 a réduit d’environ 12 % la graisse viscérale dans deux petits essais. Rien n’est autorisé avant plusieurs années.

Préparation d'une injection

Et si, au lieu de dégonfler les cellules graisseuses du ventre, on les faisait tout simplement disparaître ? C’est le pari d’une injection expérimentale, le CBL-514, présentée le 1er octobre au congrès européen sur le diabète (EASD), à Milan, et reprise ce lundi 12 octobre par la presse française. Résultat dans deux petits essais : environ 12 % de graisse viscérale, celle qui entoure les organes, en moins en quelques semaines. Prometteur, mais encore très loin de la pharmacie.

Ce qu’il faut retenir

  • Le CBL-514, du laboratoire taïwanais Caliway, pousse les cellules graisseuses à s’autodétruire au lieu de simplement les vider.
  • Dans deux essais de phase 2, la graisse viscérale a baissé d’environ 12 % sous traitement, alors qu’elle augmentait de près de 6 % sous placebo.
  • L’analyse ne porte que sur 40 participants environ, en surpoids léger ou de poids normal, et n’a pas encore été publiée dans une revue, à notre connaissance.
  • Des essais de phase 3, autorisés par la FDA, visent la graisse sous-cutanée du ventre aux États-Unis.
  • Le produit n’est autorisé nulle part : ni en France, ni en Belgique, ni aux États-Unis.

Qu’ont présenté les chercheurs ?

Les médicaments comme Ozempic ou Mounjaro coupent l’appétit : on mange moins, et les cellules graisseuses se vident. Mais elles restent là, prêtes à se remplir de nouveau. Le CBL-514 fonctionne autrement. Il déclenche l’apoptose des adipocytes, c’est-à-dire la mort programmée des cellules qui stockent la graisse.

À Milan, l’équipe de Caliway Biopharmaceuticals et de l’université de l’Alabama à Birmingham a regroupé deux essais de phase 2, appelés CBL-0204 et CBL-0205. Les participants avaient un indice de masse corporelle (IMC) compris entre 22 et 30 : poids normal ou léger surpoids, pas d’obésité. Ils ont reçu des injections sous la peau du bas-ventre, toutes les trois semaines, pendant 12 semaines au plus, ou un placebo. Une partie d’entre eux a passé une IRM de l’abdomen pour mesurer précisément la graisse.

Quels résultats ?

Selon le communiqué de l’EASD, quatre semaines après la dernière injection, la graisse viscérale avait diminué de 12 % dans le groupe traité (23 personnes), alors qu’elle avait augmenté de 5,7 % dans le groupe placebo (17 personnes). Lors d’un contrôle plus tardif, l’écart se creusait encore : moins 10,5 % d’un côté, plus 11,8 % de l’autre.

Pourquoi c’est important ? La graisse viscérale, logée en profondeur autour du foie et des intestins, est la plus nocive : elle est liée au diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires. Le traitement a aussi réduit la graisse sous-cutanée, celle que l’on peut pincer : après 8 semaines, 7 patients traités sur 10 en avaient perdu au moins 150 ml, contre aucun sous placebo.

Côté tolérance, le communiqué fait état de réactions au point d’injection (douleur, gonflement, rougeur) légères à modérées, et d’aucun effet indésirable grave.

Qu’en disent les experts ?

Le Dr W. Timothy Garvey, professeur à l’université de l’Alabama à Birmingham et spécialiste de l’obésité, se montre enthousiaste. « C’est une approche très innovante du traitement médicamenteux de l’obésité », déclare-t-il dans le communiqué de l’EASD (traduit par nos soins). Il ajoute : « Nous pensons que les patients seront satisfaits des effets esthétiques. »

Une précision importante : le Dr Garvey figure parmi les auteurs de l’étude présentée à Milan, aux côtés de chercheurs de Caliway, le laboratoire qui développe le produit. Il ne s’agit donc pas d’un regard indépendant. Le magazine scientifique américain Science News souligne de son côté que des essais plus larges, destinés à tester l’efficacité et la sécurité du médicament, sont en cours.

Pourquoi rester prudent ?

  • Très peu de participants. L’analyse par IRM porte sur une quarantaine de personnes. Les chiffres varient d’ailleurs légèrement d’une communication à l’autre (de 10,9 % à 12 % de baisse selon les sources).
  • Pas encore de publication. À notre connaissance, ces résultats n’ont été présentés qu’en congrès, sans article relu par d’autres scientifiques dans une revue médicale.
  • Pas de recul. On ignore ce qui se passe après plusieurs mois ou années, et si la graisse se reforme ailleurs. Les volontaires n’étaient pas obèses : on ne sait pas si l’effet serait le même chez les personnes les plus concernées.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Rien dans l’immédiat. Le CBL-514 n’a d’autorisation de mise sur le marché nulle part : ni de l’ANSM en France, ni de l’AFMPS en Belgique, ni de l’Agence européenne du médicament, ni de la FDA américaine. Aux États-Unis, la FDA a donné son feu vert à des essais de phase 3 (programme baptisé SUPREME), qui visent d’abord la réduction de la graisse sous-cutanée du ventre, un usage plutôt esthétique. Il faudra donc attendre plusieurs années avant une éventuelle commercialisation.

Caliway a aussi présenté, en juin, des données chez l’animal associant le CBL-514 à un traitement de type GLP-1, avec l’idée de limiter la reprise de poids à l’arrêt. Ce ne sont que des résultats chez l’animal, sans preuve chez l’humain.

D’ici là, méfiez-vous des cliniques ou des sites qui vendraient des injections « qui détruisent la graisse » sous ce nom ou un autre. Pour réduire la graisse du ventre, les moyens validés restent l’alimentation, l’activité physique et, pour les personnes concernées, les traitements prescrits par un médecin. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute démarche.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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