Rajeunir ses cellules : un gène allonge de 14 % la vie de souris, ce qu’il faut savoir

Publiée ce mercredi dans Nature Aging, une étude de Harvard montre qu'activer le gène SRSF1 réduit la fragilité de 44 % et allonge de 14 % la vie de souris âgées. Un résultat prometteur, mais rien n'a été testé chez l'humain.

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Crèmes, perfusions, thérapies qui promettent de « rajeunir vos cellules » : les offres pullulent. Ce mercredi 14 octobre, une équipe de Harvard a publié une étude sérieuse sur le sujet. Mais elle concerne des cellules en laboratoire et des souris. Pas vous, pas encore.

Ce qu’il faut retenir

  • Le gène SRSF1 « rajeunit » des cellules de peau humaines sans leur faire perdre leur identité.
  • Chez des souris âgées : fragilité réduite de 44 %, durée de vie médiane allongée de 14 %.
  • Étude sur cellules et souris (9 à 10 par groupe), aucun essai humain.
  • Aucun traitement disponible : méfiez-vous des offres de « rajeunissement ».

Qu’ont-ils découvert ?

L’étude est parue en ligne le 14 octobre 2026 dans la revue Nature Aging. Elle est signée par Alexandru Plesa, Sascha Jung et l’équipe du généticien George Church (Wyss Institute, Harvard), avec des chercheurs espagnols du CIC bioGUNE.

Les chercheurs ont repéré un gène, SRSF1. Son rôle habituel : aider la cellule à « découper et assembler » ses messages génétiques avant de fabriquer des protéines.

Chez des souris âgées, augmenter l’activité de ce gène a réduit de 44 % la progression de la fragilité. Leur durée de vie médiane a été allongée de 14 % par rapport aux souris non traitées. La durée de vie médiane, c’est l’âge auquel la moitié des animaux d’un groupe sont morts.

Comment ont-ils fait ?

Première étape : une intelligence artificielle. L’équipe a entraîné un programme à deviner l’âge d’une cellule à partir des gènes qu’elle utilise. On parle d’« horloge transcriptomique » : elle lit quels gènes sont allumés ou éteints, un peu comme on lirait les rides d’un visage.

Cette horloge a été construite sur des cellules de peau humaines, des fibroblastes. Les chercheurs l’ont ensuite appliquée aux cellules de trois donneurs âgés de 55, 65 et 79 ans. Ils y ont testé des gènes liés au vieillissement, pour voir lesquels « rajeunissaient » le plus les cellules.

SRSF1 est arrivé en tête. Dans les cellules, il a réduit la sénescence (l’état de cellules usées qui ne se divisent plus), l’inflammation et le stress lié aux protéines mal repliées. Il a aussi relancé des programmes de réparation de l’ADN.

Chez la souris, le gène a été livré par un virus modifié et inoffensif, conçu pour viser le foie : c’est une thérapie génique. Le foie a montré des signes de rajeunissement.

Pourquoi « rajeunir » une cellule peut être dangereux ?

En 2006, le Japonais Shinya Yamanaka a montré qu’avec quatre gènes, on peut ramener une cellule adulte à un état proche de l’embryon. Cette découverte lui a valu le prix Nobel de médecine en 2012, partagé avec John Gurdon. C’est ce qu’on appelle la « reprogrammation ».

Le problème : une cellule trop reprogrammée oublie ce qu’elle est. Une cellule de peau ne sait plus qu’elle est une cellule de peau. Et ces « facteurs de Yamanaka » augmentent aussi le risque de cancer.

« En reprogrammation, il y a un compromis fondamental entre rajeunissement et identité cellulaire ; obtenir l’un sans perdre l’autre exige de marcher sur une ligne de crête », explique Alex Plesa, premier auteur, dans le communiqué du Wyss Institute (traduit par nos soins).

L’intérêt de SRSF1, selon les chercheurs : les cellules traitées sont restées des cellules de peau. Elles n’ont pas activé les gènes typiques des cellules embryonnaires.

George Church, lui, se montre très optimiste : « La recherche sur le vieillissement traverse un point d’inflexion où les progrès exponentiels des biotechnologies touchent les processus centraux du vieillissement, qui sinon tueraient 90 % d’entre nous. » C’est une prise de position, pas un résultat de l’étude.

Pourquoi rester prudent ?

  • Animal, pas humain : des cellules en boîte et des souris. Aucun essai chez l’humain n’a été annoncé.
  • Petite étude : 9 à 10 souris par groupe. Le mécanisme reste mal compris, et les auteurs disent que la livraison du gène et le dosage restent à résoudre.
  • Qui finance ? L’Institut Wyss, le fonds Aging and Longevity-Related Research Fund, l’Astera Fund et le ministère espagnol de la Science. George Church a par ailleurs cofondé la société Rejuvenate Bio, qui développe des thérapies géniques contre le vieillissement chez le chien.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Rien, pour l’instant. Il n’existe aucun traitement à base de SRSF1. En France comme en Belgique, aucune thérapie génique « anti-âge » n’est autorisée. Si une clinique, un site ou un influenceur vous propose de « reprogrammer vos cellules », méfiez-vous : ce n’est pas ce qui a été testé ici, et ce n’est pas validé.

Ce qui a fait ses preuves chez l’humain est bien moins spectaculaire. Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’activité physique régulière réduit le risque de décès, de maladies cardiaques, de diabète de type 2 et de chutes chez les adultes et les seniors. L’objectif : au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine.

À lire : les cellules zombies, la prise de sang qui prédit vos risques et les horloges du vieillissement. Une question ? Parlez-en à votre médecin.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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