L’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (ICFEp, ou HFpEF en anglais) touche souvent des personnes obèses : le cœur se contracte normalement mais se remplit mal, d’où essoufflement et fatigue. L’essai SUMMIT, publié dans le New England Journal of Medicine, est le premier à tester un traitement de l’obésité sur les événements cliniques de cette maladie. Le tirzépatide (Mounjaro) réduit les aggravations et améliore le quotidien des patients. Mais le faible nombre d’événements et l’absence d’effet sur la mortalité ont conduit l’Agence européenne du médicament à refuser l’indication début 2026.
Ce qu’il faut retenir
- 731 patients obèses avec insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, suivis environ deux ans
- Décès cardiovasculaire ou aggravation de l’insuffisance cardiaque : 9,9 % contre 15,3 % (HR 0,62)
- Score de qualité de vie KCCQ : +6,9 points de mieux que le placebo à un an
- Pas d’effet sur les décès cardiovasculaires (8 contre 5)
- Indication refusée par l’EMA en janvier 2026, demande retirée aux États-Unis en 2025
La fiche de l’étude
| Référence | Packer M. et al., « Tirzepatide for Heart Failure with Preserved Ejection Fraction and Obesity », New England Journal of Medicine, 2025 ; 392(5) : 427 (mis en ligne le 16 novembre 2024). Analyses secondaires dans le JACC en mars et juillet 2025 |
|---|---|
| Type d’étude | Essai de phase 3 randomisé, en double aveugle, contre placebo, dans 9 pays (États-Unis, Argentine, Brésil, Chine, Inde, Israël, Mexique, Russie, Taïwan) |
| Participants | 731 adultes (364 sous tirzépatide, 367 sous placebo) avec IMC ≥ 30 et insuffisance cardiaque de classe NYHA II à IV, fraction d’éjection ≥ 50 %. Âge moyen 65 ans, 54 % de femmes, diabète de type 2 chez 48 % |
| Traitement comparé | Tirzépatide sous-cutané hebdomadaire (jusqu’à 15 mg dans l’essai) contre placebo |
| Durée | Suivi médian de 104 semaines |
| Critère principal | Double : 1) composite décès cardiovasculaire ou aggravation de l’insuffisance cardiaque ; 2) évolution à 52 semaines du score de qualité de vie KCCQ-CSS (questionnaire de Kansas City) |
| Financement | Eli Lilly (fabricant de Mounjaro) |
Ce que montrent les résultats
Événements cliniques. Un décès cardiovasculaire ou une aggravation de l’insuffisance cardiaque (hospitalisation, traitement intraveineux en urgence ou intensification des diurétiques) est survenu chez 36 patients sous tirzépatide (9,9 %) contre 56 sous placebo (15,3 %), soit un rapport de risque de 0,62 (IC 95 % 0,41 à 0,95 ; p = 0,026). L’effet repose entièrement sur les aggravations de l’insuffisance cardiaque (29 contre 52 événements), réduites de 46 % selon l’American Heart Association. Les décès cardiovasculaires sont rares et non réduits : 8 sous tirzépatide, 5 sous placebo.
Qualité de vie et capacité physique. À un an, le score KCCQ-CSS (sur 100) a progressé de 19,5 points sous tirzépatide contre 12,7 sous placebo, soit 6,9 points de différence (IC 95 % 3,3 à 10,6 ; p < 0,001). La distance parcourue en six minutes a augmenté de 26 mètres contre 10 mètres (différence médiane de 18,3 m). Le poids a baissé de 13,9 % contre 2,2 %, et la CRP, marqueur d’inflammation, de 38,8 % contre 5,9 %.
Analyses de 2025. Environ 60 % des participants avaient une maladie rénale chronique : le bénéfice était comparable chez eux, et les marqueurs de fonction rénale se sont améliorés sous tirzépatide. Une analyse dirigée par Barry Borlaug (juillet 2025) montre une protection cardiovasculaire homogène quel que soit l’IMC, mais un gain fonctionnel plus net chez les patients les plus corpulents (marche de six minutes : +9,9 m, +26,3 m et +37,5 m selon le tertile d’IMC).
Effets indésirables et tolérance
Les effets indésirables les plus fréquents étaient digestifs (diarrhée, nausées, constipation, vomissements), le plus souvent d’intensité légère à modérée. Les arrêts de traitement pour effet indésirable ont concerné 6,3 % des patients sous tirzépatide contre 1,4 % sous placebo. Voir aussi notre dossier sur les effets secondaires des GLP-1.
Les limites de l’étude
- Peu d’événements : 92 événements au total pour le critère principal, ce qui rend l’estimation fragile (l’intervalle de confiance remonte jusqu’à 0,95).
- Aucun bénéfice sur la mortalité, avec même un nombre de décès cardiovasculaires légèrement supérieur sous tirzépatide, sans signification statistique vu les très petits effectifs.
- Critère subjectif en partie : le score KCCQ est déclaratif, et l’aveugle peut être fragilisé par une perte de poids visible et les effets digestifs.
- Rôle du poids : on ne sait pas si le tirzépatide agit au-delà de la perte de poids, point soulevé par l’EMA.
- Sélection par l’IMC seul : des patients avec beaucoup de graisse viscérale mais un IMC inférieur à 30 ont été exclus.
- Financement par Eli Lilly.
Ce que ça change pour les patients en France et en Belgique
Aux États-Unis, Lilly a retiré sa demande d’indication en 2025, la FDA réclamant un essai de confirmation. En Europe, l’EMA a refusé le 30 janvier 2026 une indication spécifique : le médicament réduit les hospitalisations mais pas les décès cardiovasculaires, l’indépendance vis-à-vis de la perte de poids reste incertaine, et ces patients sont déjà couverts par l’indication obésité. Les résultats de l’essai seront en revanche ajoutés à la notice. En France, Mounjaro est remboursé depuis le 15 juin 2026 dans l’obésité sévère (IMC ≥ 40, ou ≥ 35 avec comorbidité), primo-prescription en centre spécialisé ; l’insuffisance cardiaque ne figure pas dans la liste des comorbidités donnant accès au remboursement. En Belgique, aucun remboursement dans l’obésité n’est annoncé. Toute décision relève du cardiologue.
Notre verdict
SUMMIT est un essai bien conçu qui apporte un vrai signal : chez les patients obèses atteints d’ICFEp, le tirzépatide réduit les poussées d’insuffisance cardiaque et améliore nettement les symptômes et l’effort. Mais avec 731 patients et une centaine d’événements, il ne permet pas de conclure sur la survie, et le rôle exact de la perte de poids reste à préciser. Le refus de l’EMA est cohérent avec ces incertitudes, sans remettre en cause l’intérêt clinique du médicament chez ces patients déjà éligibles au titre de l’obésité. Pour comparer avec son concurrent, voir notre page GLP-1.
Niveau de preuve : moyen. Essai de phase 3 randomisé en double aveugle, mais de taille modeste, avec un critère principal porté par les hospitalisations et un résultat statistiquement fragile.
Sources
- Packer M. et al., Tirzepatide for Heart Failure with Preserved Ejection Fraction and Obesity, New England Journal of Medicine, 30 janvier 2025 (en ligne le 16 novembre 2024)
- American Heart Association, Tirzepatide lowered risk of worsening heart failure and CVD death for obese adults, 16 novembre 2024
- American College of Cardiology, SUMMIT: Tirzepatide Improves Outcomes and Quality of Life For Patients With HFpEF and Obesity, novembre 2024
- American College of Cardiology, Tirzepatide Benefits People with Obesity, Kidney Disease and Heart Failure (JACC), 31 mars 2025
- American College of Cardiology, SUMMIT Analysis: Does BMI and Central Adiposity Affect Tirzepatide Outcomes For HFpEF? (Borlaug et al., JACC), 22 juillet 2025
- Agence européenne des médicaments, Questions and answers on the outcome of assessment for Mounjaro in HFpEF, 30 janvier 2026
- ConscienHealth, Lilly Withdraws Tirzepatide Application to FDA for Heart Failure, 3 mai 2025
- Caducée.net, Wegovy et Mounjaro remboursés : un tournant sous conditions pour l'obésité sévère, 29 mai 2026
Rapport publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Avertissement médical.
