Dans les cliniques de médecine « longévité », la perfusion de NAD+ est devenue un classique, vendue pour l’énergie, la clarté mentale ou le « rajeunissement cellulaire ». Pourtant, les nouvelles venues des États-Unis ces derniers mois sont surtout réglementaires et sanitaires. Un lot de NAD+ injectable contaminé a envoyé des patients aux urgences, et les essais cliniques, menés pour l’essentiel avec des précurseurs oraux, donnent des résultats nettement plus nuancés que le discours commercial.
Ce qu’il faut retenir
- En octobre 2025, la FDA a classé en catégorie I, le niveau le plus grave, le rappel d’un lot de NAD+ injectable contaminé par des endotoxines bactériennes.
- Trois patients ont présenté chute de tension et tremblements incontrôlables après avoir reçu ce produit, selon la lettre d’avertissement de la FDA du 20 janvier 2026.
- Un essai randomisé publié en décembre 2025 dans eClinicalMedicine (Covid long) montre une hausse du NAD+ mais des résultats cognitifs limités.
- Les principaux essais portent sur des précurseurs oraux (nicotinamide riboside), pas sur les perfusions de NAD+.
- Les perfusions de NAD+ ne correspondent à aucune indication médicale validée.
Le NAD+, de quoi parle-t-on ?
Le NAD+ (nicotinamide adénine dinucléotide) n’est pas un peptide, mais une coenzyme présente dans toutes nos cellules, indispensable à la production d’énergie par les mitochondries et à certains mécanismes de réparation de l’ADN. Ses niveaux diminuent avec l’âge chez l’animal comme chez l’humain, d’où l’idée de les « recharger », soit avec des précurseurs pris par la bouche, comme le nicotinamide riboside (NR), soit en administrant directement du NAD+ par perfusion ou injection.
Un lot contaminé, trois patients aux urgences
Le 30 juillet 2025, un façonnier pharmaceutique de Floride a lancé un rappel volontaire de NAD+ injectable. Le 21 octobre 2025, la FDA a classé ce rappel en catégorie I, le niveau réservé aux situations où l’usage du produit peut entraîner des conséquences graves pour la santé, voire la mort. En cause : des taux élevés d’endotoxines bactériennes, des fragments de bactéries capables de déclencher fièvre, choc ou réaction inflammatoire sévère lorsqu’ils sont injectés.
La lettre d’avertissement adressée par la FDA à l’entreprise le 20 janvier 2026 détaille l’affaire. Trois patients ont présenté une chute de tension et des tremblements incontrôlables. Un flacon non ouvert du même lot contenait 3 360 unités d’endotoxines par millilitre. Les inspecteurs relevaient aussi l’absence de tests de remplissage aseptique, et le fait que l’entreprise utilisait pour ses préparations des substances, dont le NAD+, qui ne figurent pas sur la liste des principes actifs autorisés pour ce type d’établissement.
Cet épisode illustre un risque propre à la voie injectable : un défaut de stérilité, sans conséquence pour un complément avalé, peut devenir dangereux une fois le produit injecté.
Ce que disent les essais cliniques
Côté efficacité, l’étude la plus récente vient du Mass General Brigham, à Boston. Publiée en décembre 2025 dans eClinicalMedicine, elle a testé le nicotinamide riboside oral à haute dose contre placebo chez des personnes atteintes de Covid long, dans un essai randomisé en double aveugle de 24 semaines. Sur 58 participants inclus, seuls 18 ont suivi le protocole complet.
Le NR a bien augmenté les niveaux de NAD+ dans le sang. Mais sur la cognition, critère principal, les différences entre groupes étaient limitées. Les chercheurs ont observé une amélioration de la fatigue rapportée par les participants après au moins dix semaines de traitement, ainsi que du sommeil et des symptômes dépressifs. Les auteurs eux-mêmes parlent de résultats « mitigés », qui suggèrent que relever le NAD+ « pourrait » soulager certains symptômes chez certaines personnes. Le taux d’abandon élevé et la petite taille de l’échantillon limitent fortement les conclusions.
Dans la maladie de Parkinson, un essai de phase 3 norvégien, NOPARK, a testé le nicotinamide riboside chez environ 400 patients. Selon l’association britannique Cure Parkinson’s, ses résultats étaient attendus début 2026. Il s’agira d’un test important pour l’hypothèse NAD+, mais il concerne lui aussi un précurseur oral, pas les perfusions.
Perfusions : un écart entre pratique et preuves
C’est le point central : les essais disponibles portent quasi exclusivement sur des précurseurs oraux, dans des maladies précises. Les perfusions de NAD+ telles qu’elles sont proposées en clinique ne s’appuient sur aucun essai de grande taille démontrant un bénéfice clinique chez des personnes en bonne santé. En France comme aux États-Unis, il n’existe aucun médicament à base de NAD+ autorisé pour une indication « anti-âge » ou « énergie ».
Ce qu’il faut retenir
- Un lot de NAD+ injectable contaminé a été rappelé au niveau le plus grave par la FDA, après des réactions chez trois patients.
- Les essais cliniques portent surtout sur des précurseurs oraux, avec des résultats modestes ou mitigés.
- Aucune perfusion de NAD+ n’a démontré de bénéfice validé chez les personnes en bonne santé.
- La voie injectable expose à des risques spécifiques de contamination. Pour en savoir plus : notre fiche NAD+.
Sources
- FDA, Warning Letter GenoGenix LLC (718739), 20 janvier 2026
- HMP Global Learning Network, FDA Issues Class I Recall for NAD+ Injection Due to Elevated Endotoxin Levels, 23 octobre 2025
- eClinicalMedicine, Effects of nicotinamide riboside on NAD+ levels, cognition, and symptom recovery in long-COVID: a randomized controlled trial, 2025
- ScienceDaily (Mass General Brigham), NAD+ supplement shows early promise for long COVID fatigue and brain fog, 11 décembre 2025
- Cure Parkinson’s, 2026: reflecting on the last year’s research progress, janvier 2026
- ClinicalTrials.gov, NOPARK (NCT03568968)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
