BPC-157 en pharmacie aux États-Unis : la « roulette russe » dénoncée, ce qu’il faut savoir

Le projet de Robert F. Kennedy Jr. d'ouvrir les pharmacies américaines au BPC-157 et à cinq autres peptides inquiète. Une association de consommateurs a dénoncé vendredi une « roulette russe », faute d'études chez l'humain.

Préparation d'une injection

Imaginez : vous poussez la porte d’une pharmacie et repartez avec un flacon de BPC-157, ce peptide vanté sur les réseaux sociaux pour « réparer » tendons et muscles. Aux États-Unis, ce scénario pourrait devenir réalité. Mais une association de consommateurs prévient : sans études sérieuses chez l’humain, ce serait jouer à la « roulette russe » avec sa santé.

Ce qu’il faut retenir

  • Six peptides, dont le BPC-157, pourraient être préparés par des pharmacies américaines : le plan est à la Maison-Blanche depuis le 14 octobre, non publié.
  • Une association de consommateurs dénonce vendredi une « roulette russe » : les données viennent surtout d’études chez l’animal.
  • Selon Bloomberg, les pharmacies devraient déclarer les effets indésirables graves et certifier la pureté des produits.
  • En France et en Belgique, ces peptides ne sont pas autorisés chez l’humain ; le BPC-157 est interdit par l’Agence mondiale antidopage.

Que prépare l’administration Trump ?

Le ministère américain de la Santé, dirigé par Robert F. Kennedy Jr., veut autoriser des pharmacies spécialisées dans les préparations sur mesure (on parle de pharmacies « préparatrices ») à fabriquer six peptides aujourd’hui bannis de leurs rayons : le BPC-157, le TB-500, le KPV, le MOTS-c, l’épitalon et le sémax. Un peptide est une petite chaîne d’acides aminés, la brique de base des protéines.

Le texte, une « politique d’accès provisoire », a été transmis le 14 octobre à la Maison-Blanche, au service chargé de relire les règles fédérales. Il n’a pas été publié. La FDA, l’agence américaine du médicament, s’engagerait à ne pas poursuivre les pharmacies qui préparent ces produits, en attendant des règles définitives. Ce n’est donc pas une autorisation de mise sur le marché. Nous avions détaillé ce plan transmis à la Maison-Blanche.

Selon Bloomberg, qui a eu accès à des sources proches du dossier, le projet contiendrait plus de garde-fous que prévu : les pharmacies devraient certifier la pureté et l’identité de ce qu’elles fabriquent et déclarer les effets indésirables graves, une obligation nouvelle pour elles. Ces informations n’ont pas pu être vérifiées dans un texte officiel. Elles rejoignent des demandes du syndicat des pharmacies préparatrices, directement intéressé par ce marché.

Pourquoi des consommateurs parlent-ils de roulette russe ?

Vendredi 23 octobre, la National Consumers League, une association américaine de défense des consommateurs, a publié une tribune signée par sa responsable de la communication, Lisa McDonald. Elle rappelle que la FDA avait elle-même rangé ces six peptides dans la catégorie des substances présentant des risques importants. L’agence évoquait des réactions immunitaires allant d’anticorps silencieux à des réactions « mettant la vie en danger ».

« Les consommateurs vont jouer à la roulette russe avec leur santé », écrit Lisa McDonald (traduit par nos soins).

L’association craint aussi un effet d’image : vendus dans des flacons étiquetés en pharmacie, à côté de plus de 100 médicaments peptidiques approuvés, ces produits paraîtraient validés par l’État. Elle soutient une pétition déposée cette semaine par un autre groupe, la Partnership for Safe Medicines, qui demande à la FDA de bloquer ces préparations.

En face, Robert F. Kennedy Jr. a défendu mardi, selon la presse spécialisée, l’idée d’un marché encadré par les États : mieux vaut, selon lui, passer par des pharmacies que par des vendeurs du marché gris. Nous avions raconté la tolérance voulue par la Maison-Blanche.

Que sait-on vraiment de ces peptides ?

Peu de choses chez l’humain. En juillet, un comité d’experts de la FDA, choisi par le ministère et comprenant des professionnels du secteur des peptides, a voté pour ces six substances, contre l’avis des scientifiques de l’agence. Ces derniers estimaient qu’aucune n’avait été assez étudiée pour en établir la sécurité et l’efficacité. L’essentiel des données vient d’études sur l’animal et d’expériences en laboratoire.

Pendant ce temps, la mode explose. Une analyse publiée le 15 juin dans la revue médicale JAMA par des chercheurs d’Australie, du Canada et des États-Unis recensait plus de 130 000 publications sur Instagram et plus de 230 millions de vues sur TikTok consacrées à ces produits. L’un des auteurs, Kyle Ganson, de l’université de Toronto, résume le problème :

« Les systèmes de réglementation actuels n’ont pas été conçus pour des substances qui circulent à la fois dans la médecine, le bien-être et les marchés illicites. » (traduit par nos soins)

Pourquoi rester prudent ?

  • Animal ou humain : les effets prêtés au BPC-157 reposent surtout sur des études chez l’animal, pas sur de vrais essais chez l’humain.
  • Qui pousse le dossier : cliniques, plateformes de télémédecine et pharmacies préparatrices ont un intérêt commercial direct à cette ouverture.
  • Texte inconnu : le plan n’est pas publié, les garde-fous évoqués par Bloomberg restent à confirmer.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France comme en Belgique, rien. Aucun de ces six peptides n’est autorisé comme médicament chez l’humain : ils n’ont donc ni prix officiel ni remboursement. Le BPC-157 est en outre interdit par l’Agence mondiale antidopage, dans la catégorie des substances non approuvées. Une éventuelle ouverture américaine ne rendrait pas ces produits légaux ou plus sûrs ici.

Si vous envisagez d’en prendre pour une blessure ou une douleur, parlez-en d’abord à votre médecin ou à votre pharmacien. Demandez-lui quels traitements validés existent pour votre cas.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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