Vous connaissez forcément quelqu’un, à la salle, qui a « fait un cycle » pour prendre du muscle plus vite. Il se sent en forme. Pourtant, son cœur peut payer la facture sans bruit. Une étude norvégienne publiée ce mardi 13 octobre apporte une nouvelle utile : quand on arrête les stéroïdes anabolisants, le cœur récupère en partie. En partie seulement.
Ce qu’il faut retenir
- 70 utilisateurs de stéroïdes et 35 témoins revus par l’hôpital universitaire d’Oslo
- Jusqu’à 17 % des utilisateurs actuels ont une fonction cardiaque sévèrement réduite
- À l’arrêt, la masse du ventricule gauche baisse de 19 %, mais la pompe reste moins efficace (54 % contre 60 %)
- Les stéroïdes sont illégaux sans ordonnance en France et interdits par l’Agence mondiale antidopage
Qu’ont-ils découvert ?
Les chercheurs de l’hôpital universitaire d’Oslo suivent depuis plusieurs années des hommes adultes qui pratiquent la musculation en loisir. Un premier bilan du cœur avait été fait entre 2017 et 2019. Pour cette nouvelle étude, parue dans la revue European Heart Journal – Cardiovascular Imaging et présentée par la Société européenne de cardiologie, 70 utilisateurs de stéroïdes et 35 pratiquants « propres » (le groupe témoin) ont refait une échographie et des examens du cœur.
Parmi les 70 utilisateurs, 35 avaient continué, 15 avaient arrêté, 14 étaient restés abstinents depuis le premier bilan et 6 avaient repris. Chez ceux qui continuaient, la paroi du ventricule gauche (la principale pompe du cœur) restait épaissie, et le cœur se contractait et se relâchait moins bien. Les doses plus faibles ne suffisaient pas à protéger.
« Jusqu’à 17 % de ceux qui ont continué à prendre des stéroïdes anabolisants avaient une fonction cardiaque sévèrement réduite », résume la Dr Vibeke M. Almaas, cardiologue et autrice principale, dans le communiqué de la Société européenne de cardiologie (traduit par nos soins). Autrement dit, près d’un utilisateur actuel sur six.
Chez les 15 hommes qui avaient arrêté, la masse du ventricule gauche est passée de 112 à 91 grammes par mètre carré de surface corporelle, soit une baisse de 19 %, jusqu’au niveau des témoins. La fraction d’éjection, c’est-à-dire la part du sang chassée à chaque battement, est remontée de 48 % à 54 %. Mais elle reste sous les 60 % mesurés chez les témoins. Le muscle dégonfle, la pompe ne redevient pas tout à fait normale.
Est-ce que les experts y croient ?
Ces résultats concordent avec un autre travail norvégien, mené sur une cohorte différente. Une équipe de l’université d’Oslo a publié en août 2025 dans la revue Open Heart un suivi de 32 utilisateurs et 13 non-utilisateurs sur environ 16 ans. Conclusion proche : chez ceux qui avaient arrêté, la masse du ventricule gauche revenait au niveau des non-utilisateurs, alors que les utilisateurs persistants gardaient un cœur épaissi et moins efficace.
La Dr Astrid Bjørnebekk, coautrice et responsable du groupe de recherche sur les stéroïdes anabolisants à Oslo, en tire une leçon de santé publique : « Nos résultats soulignent l’importance de poursuivre à la fois la prévention et la réduction des risques. »
Pourquoi rester prudent ?
- Petits effectifs : seulement 15 hommes ont arrêté pendant le suivi, et tous les participants ne sont pas revenus.
- Consommation déclarée : les doses et durées reposent sur les souvenirs des participants. Le financement de l’étude n’est pas précisé dans le communiqué.
- Association n’est pas preuve : il s’agit d’une étude d’observation chez l’humain. Le mode de vie, les stimulants ou d’autres maladies peuvent aussi jouer, reconnaissent les auteurs.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France, les stéroïdes anabolisants sont des médicaments qui ne peuvent être vendus qu’avec une autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Les acheter sans ordonnance, en ligne ou à la salle, est illégal. Ils figurent aussi sur la liste des produits interdits de l’Agence mondiale antidopage, comme plusieurs peptides et SARMs (des molécules qui imitent l’effet des hormones sur le muscle) désormais à la mode chez les amateurs (voir notre dossier sur les peptides et le dopage). Une étude de la Pr Martine Duclos, citée en 2018 à l’Assemblée nationale, évoquait 15 % à 30 % de consommateurs dans les salles de musculation. En Belgique, une cellule de police spécialisée surveille le trafic d’hormones : en 2010, environ 80 % des produits saisis étaient des androgènes, selon une proposition de loi déposée à la Chambre.
Si vous en prenez ou en avez pris, quelques réflexes :
- Consultez sans attendre en cas d’essoufflement inhabituel, de douleur dans la poitrine, de palpitations, de malaise ou de chevilles gonflées.
- Dites la vérité à votre médecin : il ne peut pas lire une échographie correctement sans savoir ce que vous avez pris. Demandez-lui : « Faut-il une échographie du cœur ? Un contrôle de ma tension ? Un avis de cardiologue ? »
- Vous voulez arrêter ou réduire les risques ? Drogues Info Service et les centres d’addictologie vous écoutent gratuitement et sans jugement.
Pour suivre l’évolution des règles, lisez aussi notre article sur la liste antidopage 2027 et celui sur les sportifs suspendus pour BPC-157 et TB-500.
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Sources
- European Society of Cardiology, « Long-term anabolic steroid use linked to lasting heart damage » (étude Almaas et al., European Heart Journal – Cardiovascular Imaging), News-Medical, 12-13 octobre 2026
- Fyksen TS et al., « Cardiac structure and function in anabolic-androgenic steroid users: a 16-year follow-up study », Open Heart, août 2025 (doi:10.1136/openhrt-2025-003376)
- Oslo University Hospital, projet « Anabolic-androgenic steroids and cardiovascular risk »
- Assemblée nationale, question écrite n° 6178 sur le trafic de stéroïdes anabolisants et réponse du ministère, 2018
- Chambre des représentants de Belgique, proposition de loi DOC 53 1897/001 sur le trafic de substances hormonales, 2011
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
