Vous venez d’accoucher, les kilos de la grossesse ne partent pas, et une amie vous parle d’Ozempic ou de Wegovy. Vous n’êtes pas seule à y penser. Une étude publiée le 1er octobre dans la revue médicale américaine JAMA montre qu’aux États-Unis, la part des jeunes mamans qui commencent un traitement de cette famille dans les six mois après la naissance a été multipliée par 24 en sept ans. Problème : on sait encore très peu de choses sur ces médicaments pendant l’allaitement.
Ce qu’il faut retenir
- Étude JAMA (1er octobre 2026) : 1 million de naissances analysées aux États-Unis
- 1,9 % des jeunes mères démarrent un GLP-1 dans les 6 mois, contre 0,08 % en 2018 (x24)
- 1 sur 6 chez les mères diabétiques de type 2
- Danemark : 173 prescriptions pour 10 000 naissances en 2024, surtout pour perdre du poids
- Notice européenne de Wegovy : ne pas utiliser pendant l’allaitement
Combien de jeunes mamans prennent ces traitements ?
Les chercheurs du centre Schaeffer de l’université de Californie du Sud (USC) ont analysé un peu plus d’un million de naissances sur sept ans, à partir des données d’assurances santé privées américaines.
- En 2018 : 0,08 % des nouvelles mères commençaient un « GLP-1 » dans les six mois suivant l’accouchement.
- Début 2025 : 1,9 %, soit environ 1 jeune maman sur 50.
- Chez les femmes atteintes de diabète de type 2, la proportion passe de 2,3 % à 16,9 % : 1 sur 6.
- Chez les femmes en surpoids ou obèses, elle grimpe de 0,4 % (fin 2021) à 3,9 % (début 2025). C’est la hausse la plus rapide.
Les « GLP-1 » sont des médicaments qui imitent une hormone intestinale de la satiété. Cette famille comprend notamment le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) et le tirzépatide (Mounjaro), qui agit en plus sur une seconde hormone. Depuis fin 2024, 40 % des nouvelles prescriptions après l’accouchement concernent des femmes en surpoids ou obèses, et non plus surtout des diabétiques.
Point rassurant : la plupart des mères ont commencé au moins trois mois après la naissance.
Et en Europe, c’est pareil ?
Le phénomène n’est pas qu’américain. Fin 2025, une équipe de l’université du Danemark du Sud avait publié, déjà dans le JAMA, une analyse de 382 277 grossesses. Au Danemark, ces prescriptions après l’accouchement sont passées de 34 pour 10 000 naissances au printemps 2022 à 173 pour 10 000 au printemps 2024, soit près de 2 % des jeunes mères.
Le profil est parlant : en 2023-2024, 8 sur 10 avaient un poids élevé avant la grossesse, et moins d’un quart (23 %) avaient un diabète connu. Autrement dit, le traitement servait surtout à perdre du poids. « En quelques années, les médicaments GLP-1 sont devenus une vraie composante des soins post-partum », résumait alors la chercheuse Mette Bliddal.
Il n’existe pas, à notre connaissance, de chiffres équivalents publiés pour la France ou la Belgique.
Peut-on allaiter sous Ozempic ou Wegovy ?
C’est la grande inconnue. Les auteurs de l’étude américaine le disent eux-mêmes : « les données sur l’exposition aux GLP-1 pendant l’allaitement restant limitées, la hausse des prescriptions après l’accouchement mérite d’être étudiée », souligne Sih-Ting Cai, autrice principale.
Ce que l’on sait aujourd’hui tient en peu de lignes :
- La notice officielle européenne de Wegovy (Agence européenne du médicament) est claire : le sémaglutide « ne doit pas être utilisé pendant l’allaitement ». Il a été retrouvé dans le lait d’animaux de laboratoire, et un risque pour l’enfant allaité ne peut pas être exclu.
- Chez la femme, la base de référence américaine LactMed (Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis) cite une petite série de 8 mères sous sémaglutide injectable : le médicament n’a pas été détecté dans leur lait, et leurs bébés se développaient normalement. Huit cas, c’est beaucoup trop peu pour conclure.
- Pour la forme en comprimé, LactMed signale une inquiétude spécifique : elle contient une substance qui aide l’absorption et qui pourrait s’accumuler chez le nourrisson.
- Une grande synthèse publiée le 1er octobre dans The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health note que les preuves après l’accouchement se limitent à un petit essai et deux études sur le passage dans le lait.
Niveau de preuve, en clair : faible. Les chiffres de prescription sont solides, mais ils ne disent rien de la sécurité. Aucune de ces études n’a mesuré les effets sur la santé des mères ou des bébés.
Pourquoi les médecins restent prudents ?
Après une naissance, le corps se transforme encore : hormones, lactation, cicatrisation, fatigue, besoins nutritionnels accrus. Or ces traitements coupent l’appétit et peuvent provoquer nausées et vomissements. « Nous ne savons tout simplement pas comment ces médicaments interagissent avec ces processus », expliquait le pharmacologue Jonathan Zipursky (université de Toronto) au moment de l’étude danoise, en recommandant, par précaution, de ne pas les utiliser pendant l’allaitement.
Autre point de la notice de Wegovy : une contraception est recommandée pendant le traitement, et il faut l’arrêter au moins deux mois avant un projet de nouvelle grossesse, car le produit reste longtemps dans l’organisme. Pour en savoir plus, lisez notre article sur les femmes et les GLP-1, grossesse comprise.
Ce que ça change pour vous en France et en Belgique
- Ne démarrez jamais seule. N’empruntez pas le stylo d’une proche et n’achetez rien en ligne : en France comme en Belgique, ces médicaments s’obtiennent sur ordonnance, en pharmacie.
- Si vous allaitez, dites-le clairement à votre médecin ou à votre sage-femme avant toute prescription.
- Si vous preniez déjà un de ces traitements avant la grossesse, ne le reprenez pas de vous-même après la naissance : faites le point avec votre médecin.
Les questions à poser à votre médecin
- « Je souhaite allaiter : ce traitement est-il compatible, et sinon, combien de temps attendre ? »
- « Quelles solutions sans médicament pour retrouver mon poids les premiers mois ? »
- « Quelle contraception utiliser si je commence ce traitement ? »
- « Comment surveiller mon alimentation et mes carences si j’ai moins d’appétit ? »
Pour comparer les traitements disponibles, consultez notre comparatif des traitements GLP-1 et notre FAQ. Cet article ne remplace pas l’avis de votre médecin, de votre sage-femme ou de votre pharmacien.
Sources
- USC Schaeffer Center, « GLP-1 Prescriptions for New Mothers Have Increased Sharply » (Cai, Simon, Shanks, Wing, JAMA), 1er octobre 2026
- Cai S-T et al., étude post-partum GLP-1, JAMA, 1er octobre 2026 (doi 10.1001/jama.2026.16841)
- News-Medical, « Postpartum GLP-1 prescriptions rise sharply among U.S. women », 1er octobre 2026
- Bliddal M, Nohmie G, Damkier P, Pottegård A, « Increasing Postpartum Use of GLP-1 Receptor Agonists », JAMA, 24 novembre 2025
- PhillyVoice, citations de M. Bliddal et J. Zipursky sur l'étude danoise, novembre 2025
- Agence européenne du médicament, Wegovy – résumé des caractéristiques du produit, rubrique 4.6
- LactMed (NLM/NIH), fiche Semaglutide, révision du 15 août 2026
- News-Medical, méta-analyse Meek et al., The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women's Health, 1er octobre 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
