Cinéma, musée, concert : 29 % de troubles psychiques en moins après 50 ans, ce qu’on sait

Publiée ce mercredi 14 octobre dans JAMA Network Open, une étude anglaise sur 8 274 adultes de plus de 50 ans lie les sorties culturelles fréquentes à 29 % d'hospitalisations pour troubles psychiques en moins. Un lien, pas encore une preuve.

Seniors

Une sortie au cinéma, une exposition, un concert tous les deux ou trois mois : et si ces petits plaisirs comptaient pour la santé mentale après 50 ans ? Une étude britannique publiée ce mercredi 14 octobre dans la revue JAMA Network Open l’affirme. Les adultes qui sortent souvent ont eu 29 % de risque en moins d’être hospitalisés pour un trouble psychique.

Ce qu’il faut retenir

  • 8 274 adultes de plus de 50 ans suivis jusqu’en 2024 en Angleterre
  • Une sortie culturelle tous les quelques mois : 29 % de troubles psychiques hospitalisés en moins
  • Lien avec la démence fragile selon la méthode de calcul
  • À Bruxelles, des soignants prescrivent déjà des visites gratuites au musée

Qu’ont-ils découvert ?

L’équipe de l’University College London (UCL), dirigée notamment par Daisy Fancourt, spécialiste des liens entre arts et santé, a suivi 8 274 Anglais de plus de 50 ans. Ils avaient 65 ans en moyenne au départ, en 2008-2009. Les chercheurs ont noté à quelle fréquence ils allaient au cinéma, au musée ou dans une galerie, au théâtre, au concert ou à l’opéra.

Puis ils ont croisé ces réponses avec les dossiers des hôpitaux anglais, jusqu’en 2024. Sur la période, 2 258 participants ont été hospitalisés au moins une fois pour un trouble psychique : dépression, démence, anxiété ou abus de substances comme l’alcool.

Ceux qui sortaient « souvent », c’est-à-dire tous les quelques mois ou plus, s’en sortent mieux que ceux qui ne sortaient jamais, même en tenant compte de nombreux autres facteurs, y compris le moral et la mémoire au départ :

  • 29 % de risque en moins pour l’ensemble des troubles psychiques ;
  • 27 % en moins pour les troubles de l’humeur, comme la dépression ;
  • 25 % en moins pour l’abus de substances ;
  • 29 % en moins pour la démence, mais ce lien disparaît avec une méthode de calcul plus stricte, qui tient compte des décès.

Un détail rend le résultat plus solide : les sorties culturelles n’étaient liées à aucune maladie « témoin », comme les problèmes d’yeux ou d’oreilles. Si seules les personnes en meilleure santé sortaient, on aurait vu un lien partout.

Est-ce que les experts y croient ?

La revue a demandé un commentaire à deux chercheurs extérieurs, Wangnan Cao (université de Pékin) et Jinghua Li (université de Macao). Ils jugent le lien solide sur la durée, mais rappellent que « l’engagement culturel n’est pas attribué au hasard » et que les efforts pour renforcer la causalité « ne remplacent pas les preuves issues d’essais d’intervention » (traduit par nos soins). Autrement dit : il faudrait tester, en conditions réelles, si proposer des sorties aux seniors réduit vraiment ces troubles.

Daisy Fancourt défend depuis des années cette idée. En janvier, à la sortie de son livre Art Cure, elle résumait : « Si les arts étaient une pilule, nous la prendrions tous les jours. »

Pourquoi rester prudent ?

  • Association n’est pas preuve : c’est une étude d’observation. Ceux qui sortent peuvent avoir d’autres atouts (entourage, curiosité) que les calculs n’effacent pas tout à fait.
  • Une seule mesure : les habitudes ont été déclarées une seule fois, au départ, et seuls les troubles assez graves pour aller à l’hôpital sont comptés.
  • Taille et financement : plus de 8 000 personnes, en Angleterre uniquement ; la déclaration de financement n’apparaissait pas dans la partie de l’article que nous avons pu consulter. Les auteurs sont des universitaires de l’UCL.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

La bonne nouvelle, c’est que le seuil est bas : une sortie tous les deux ou trois mois suffisait à entrer dans le groupe des « fréquents ». Une séance de cinéma avec un ami, une expo le dimanche, un concert local : ce sont des gestes simples, sans effet indésirable connu.

En Belgique, la Ville de Bruxelles va plus loin : depuis 2022, des soignants de 21 structures partenaires (hôpitaux, maisons médicales, centres de santé mentale) peuvent délivrer des « prescriptions muséales ». Elles donnent accès gratuitement à 16 musées, dont le musée Magritte et Bozar. En France, nous n’avons pas trouvé de dispositif national équivalent.

Attention : ces sorties ne remplacent pas un traitement. Si vous ou un proche vivez une baisse de moral durable, des troubles du sommeil ou de la mémoire, parlez-en à votre médecin traitant. Vous pouvez aussi lui demander quelles activités sociales ou culturelles existent près de chez vous.

Pour compléter, lisez nos articles sur la démence, dont les nouveaux cas devraient doubler d’ici 2050, sur la marche que les cardiologues veulent prescrire et sur le lien entre trouble de l’attention et démence.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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