Votre enfant de 14 ans vient de commencer un traitement comme Wegovy, ou son médecin vous en a parlé. Il a moins faim : c’est l’effet recherché. Mais une question vous trotte dans la tête : avec si peu dans l’assiette, est-ce qu’il reçoit encore tout ce dont un corps en pleine croissance a besoin ? Une étude américaine publiée en septembre 2026 apporte un premier élément de réponse, et il mérite l’attention des parents.
Ce qu’il faut retenir
- 2 031 jeunes américains de 10 à 17 ans sous GLP-1, suivis grâce aux données d’assurance santé (2017-2022)
- 16,8 % ont eu un diagnostic de carence dans l’année, soit environ 1 sur 6
- La vitamine D arrive en tête : 12,4 % des jeunes, environ 1 sur 8
- Seuls 5 % ont eu un conseil nutritionnel dans le premier mois, moins d’1 sur 4 dans les six mois
- Étude observationnelle : elle montre un lien, pas que le médicament cause la carence
Que dit cette nouvelle étude ?
Des chercheurs de l’hôpital pour enfants Lurie de Chicago ont analysé les dossiers de remboursement d’une grande base d’assurance santé américaine, entre 2017 et 2022. Ils ont retrouvé 2 031 jeunes de 10 à 17 ans qui commençaient un traitement par agoniste du GLP-1. Ce nom compliqué désigne une famille de médicaments qui imitent une hormone de la satiété : on y trouve Wegovy et Ozempic (sémaglutide), mais aussi Saxenda et Victoza (liraglutide). Aucun de ces jeunes n’avait de carence connue au départ.
Résultat, publié dans la revue scientifique Childhood Obesity : 16,8 % ont reçu un diagnostic de carence nutritionnelle dans l’année, soit environ 1 jeune sur 6. Ce taux était déjà de 10,2 % au bout de six mois.
Un détail compte pour bien lire ces chiffres : à l’époque étudiée, le médicament le plus prescrit était le liraglutide (78,6 % des jeunes), loin devant le dulaglutide (10,4 %) et le sémaglutide, la molécule de Wegovy (9,1 %). L’étude ne parle donc pas surtout de Wegovy, mais de toute cette famille de traitements.
Quelles carences sont les plus fréquentes ?
La vitamine D arrive largement en tête : 12,4 % des jeunes, soit environ 1 sur 8, ont eu un diagnostic de carence en vitamine D. Cette vitamine aide à fixer le calcium dans les os, un enjeu majeur à l’adolescence, quand le squelette se construit.
Loin derrière, les chercheurs signalent des anémies d’origine nutritionnelle, c’est-à-dire un manque de globules rouges lié à l’alimentation (environ 1,5 %), des anémies par manque de fer (environ 1,4 %) et une fonte musculaire (0,8 %). Le responsable de l’étude, Justin Ryder, insiste sur la vitamine D, le fer et le calcium, des nutriments « particulièrement préoccupants à l’adolescence », car un manque peut avoir des conséquences durables.
Pourquoi si peu d’ados sont-ils accompagnés ?
C’est le chiffre le plus frappant. Seuls 5 % des jeunes ont eu un conseil nutritionnel dans les 30 jours suivant le début du traitement. Six mois après, ils étaient encore moins d’1 sur 4 (23,3 %). « Le soutien nutritionnel doit jouer un rôle essentiel dès le début d’un traitement par GLP-1 », résume Justin Ryder.
Autrement dit, le problème n’est pas seulement le médicament : c’est qu’on donne un traitement qui coupe l’appétit sans toujours vérifier ce qu’il reste dans l’assiette. Pour les adultes aussi, les effets digestifs et la perte de masse musculaire sont bien connus : nous les détaillons dans notre dossier sur les effets secondaires de Wegovy et Mounjaro.
Faut-il s’inquiéter, ou arrêter le traitement ?
Non, pas sur la seule base de cette étude, et jamais sans en parler au médecin. Plusieurs limites sont à garder en tête :
- C’est une étude observationnelle : les chercheurs ont regardé des dossiers médicaux, sans groupe de comparaison sans traitement. Elle montre un lien, pas que le médicament provoque la carence.
- Les données sont américaines et datent de 2017-2022, une période où le sémaglutide (Wegovy, Ozempic) ne concernait que 9,1 % des jeunes étudiés.
- Les carences ont peut-être été sous-estimées : les auteurs reconnaissent que des données d’assurance ratent les cas jamais diagnostiqués.
Le contexte, lui, bouge vite. Dans une tribune publiée le 1er octobre 2026 par le média américain STAT, le chercheur Babak Orandi rappelle que son équipe a mesuré une multiplication par 310 des prescriptions de GLP-1 chez les enfants de 8 à 11 ans en situation d’obésité depuis 2019 aux États-Unis. Il juge pourtant ses résultats « rassurants » : seuls 0,6 % de ces enfants en ont reçu, et 94 % d’entre eux avaient une obésité sévère.
Concrètement, pour votre ado
En Europe, Wegovy est autorisé depuis 2023 chez les adolescents à partir de 12 ans, en cas d’obésité et avec un poids supérieur à 60 kg, en complément d’une alimentation adaptée et d’activité physique. En France, l’avis favorable au remboursement rendu fin 2024 par la Haute Autorité de santé ne concernait que des adultes : pour la situation actuelle, voyez notre point sur le remboursement de Wegovy et Mounjaro en 2026 et posez la question au médecin.
Les questions à poser au pédiatre ou au médecin qui suit votre enfant :
- Faut-il faire une prise de sang (vitamine D, fer) au début du traitement, puis régulièrement ?
- Peut-on être orienté vers un diététicien ou une diététicienne dès le départ, et pas seulement en cas de problème ?
- Quels signes doivent alerter : grande fatigue, pâleur, perte de force, repas sautés ?
- Un complément est-il utile pour lui ? Ne donnez rien de vous-même : c’est au médecin d’en décider.
À la maison, l’idée est simple : des repas plus petits, mais plus riches. Des protéines à chaque repas pour préserver les muscles, des laitages pour le calcium, des légumes et des fruits. Notre guide sur les protéines sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro concerne surtout les adultes : pour un ado, faites valider tout choix par un professionnel.
Ce qu’il faut retenir
Les médicaments comme Wegovy peuvent aider certains adolescents en situation d’obésité, mais ils réduisent l’appétit pendant une période où le corps grandit. Selon cette étude, environ 1 jeune sur 6 a eu une carence diagnostiquée dans l’année, surtout en vitamine D, et presque aucun n’a été accompagné sur le plan nutritionnel au démarrage. Le bon réflexe pour les parents : demander un suivi nutritionnel et des bilans dès le début, avec le pédiatre et un diététicien. Pour tout savoir sur ces traitements, consultez notre FAQ sur les GLP-1.
Sources
- ScienceDaily (communiqué Lurie Children’s Hospital), GLP-1 weight loss and diabetes drugs linked to nutritional deficiencies in nearly 1 in 6 children, 23 septembre 2026
- News-Medical (communiqué Lurie Children’s Hospital, réf. Kerr et al., Childhood Obesity, DOI 10.1177/21532176261486979), septembre 2026
- Drug Topics, Nearly 1 in 6 pediatric patients have nutritional deficiency with GLP-1s, 1er octobre 2026
- The Pharmaceutical Journal, Children taking GLP-1s can be at risk of nutritional deficiencies, study finds, 2026
- Nutrition Insight, One in six US children on GLP-1s develops nutritional deficiencies, study finds, 2026
- STAT, Babak J. Orandi, I studied GLP-1 use in children. The results are reassuring, 1er octobre 2026
- EMA, CHMP post-authorisation summary of opinion, Wegovy (adolescents dès 12 ans), 30 mars 2023
- Le Quotidien du Médecin, La HAS ouvre la voie au remboursement du Wegovy dans l’obésité sévère, 4 décembre 2024
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
