Ozempic, Wegovy : pourquoi les femmes maigrissent plus… mais ont plus de nausées

Sous GLP-1, les femmes perdent plus de poids que les hommes. Mais elles signalent aussi plus souvent nausées, vomissements, vertiges et maux de tête. C'est ce que montre une série d'articles publiés dans The Lancet.

Femme enceinte

Elles sont les premières utilisatrices des traitements anti-obésité, et pourtant les essais cliniques n’ont presque jamais été conçus pour répondre à leurs questions. Une série d’articles publiée le 1er octobre 2026 dans The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health, et présentée au congrès annuel de l’Association européenne pour l’étude du diabète (EASD) à Milan, comble une partie de ce vide. Premier constat : sous agonistes du GLP-1 (sémaglutide, c’est-à-dire Ozempic et Wegovy, mais aussi les molécules apparentées), les femmes perdent davantage de poids que les hommes… mais signalent aussi davantage d’effets indésirables.

Ce qu’il faut retenir

  • Série publiée dans The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health, présentée à l’EASD 2026 (Milan, 28 sept.-2 oct.)
  • En vie réelle, les femmes signalent plus d’effets indésirables (maux de tête, vomissements, vertiges), alors que les essais contre placebo montraient des taux comparables
  • Les femmes perdent davantage de poids, pour un contrôle glycémique comparable
  • Grossesse : une méta-analyse de 7 études et plus de 43 000 femmes exposées ne montre pas, dans la plupart des cas, d’association avec des issues défavorables
  • Les auteurs réclament des essais avec résultats systématiquement ventilés par sexe

Plus d’efficacité, plus d’effets indésirables

Le travail, coordonné notamment par le professeur Paul Franks (université de Lund, Suède) et la professeure Claire Meek (Leicester Diabetes Research Centre, Royaume-Uni), croise des données de vie réelle, des essais contrôlés contre placebo et les analyses du groupe Global Burden of Disease. Résultat : les femmes obtiennent une perte de poids plus importante que les hommes, pour une amélioration de la glycémie comparable.

Le revers apparaît dans les données de vie réelle, qui montrent selon les auteurs une fréquence globale plus élevée d’effets indésirables déclarés chez les femmes, avec notamment davantage de maux de tête, de vomissements et de vertiges. Les nausées sont également citées. Point important : dans les essais contrôlés contre placebo, les taux étaient similaires entre les sexes. L’écart n’apparaît donc qu’une fois les traitements sortis du cadre très encadré des essais.

Pourquoi cette différence ?

Les chercheurs avancent plusieurs pistes, sans trancher. D’abord une exposition au médicament plus élevée chez les femmes, même après ajustement sur le poids corporel. Ensuite, une suppression plus marquée des comportements alimentaires motivés par la récompense et une inhibition plus forte de la consommation d’aliments « plaisir ». Enfin, d’éventuelles interactions entre la signalisation du GLP-1 et les œstrogènes, ainsi que le ralentissement de la vidange gastrique, mécanisme central de ces médicaments.

Il s’agit d’hypothèses, pas de démonstrations. Le niveau de preuve reste celui d’une synthèse de données observationnelles et d’essais : il ne permet pas d’attribuer l’écart à une cause unique, et une part pourrait tenir à des différences de déclaration entre hommes et femmes.

Grossesse : des signaux plutôt rassurants, mais des trous dans la raquette

Un second article de la même revue, porté par Claire Meek et un panel international de 42 spécialistes, s’est penché sur l’usage des GLP-1 avant la conception, pendant la grossesse et après l’accouchement chez des femmes atteintes de diabète de type 1, de type 2 ou de diabète gestationnel. Cette revue systématique avec méta-analyse porte sur 7 études et plus de 43 000 femmes exposées. Sa conclusion, selon le NIHR Biomedical Research Centre de Leicester : l’utilisation de ces médicaments n’est pas associée, dans la plupart des cas, à des issues de grossesse défavorables.

Les auteurs soulignent toutefois des lacunes : le risque de fausse couche, l’exposition plus tard dans la grossesse et l’allaitement restent mal documentés. Ce travail ne modifie pas les autorisations en vigueur : en Europe, la notice de Wegovy prévoit toujours l’arrêt du traitement avant une grossesse programmée, en raison de la longue durée d’action du sémaglutide. Toute question à ce sujet relève d’un échange avec le médecin prescripteur.

Contraception, ménopause, SOPK : les angles morts

La série pointe plusieurs zones encore peu explorées. Les interactions entre GLP-1 et contraceptifs oraux méritent des études dédiées, la vidange gastrique ralentie pouvant modifier l’absorption des comprimés. La ménopause, période où la composition corporelle et le risque cardiovasculaire évoluent, manque aussi de données spécifiques.

Les auteurs rappellent enfin que le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (nouvelle dénomination proposée pour le syndrome des ovaires polykystiques, SOPK) touche environ 12 % des femmes dans le monde, et que ces traitements y sont rarement disponibles ou financés malgré leurs effets sur le poids.

Le contexte démographique renforce l’enjeu : selon les données Global Burden of Disease citées, 46,7 % des femmes étaient en surpoids ou obèses en 2021, contre 43,4 % des hommes, et les projections atteignent respectivement 60,3 % et 57,4 % en 2050. Les auteurs réclament donc que les essais publient systématiquement leurs résultats ventilés par sexe et par origine ethnique.

Ce qu’il faut retenir

  • Sous GLP-1, les femmes perdent en moyenne plus de poids que les hommes, à bénéfice glycémique comparable.
  • En vie réelle, elles déclarent plus d’effets indésirables (maux de tête, vomissements, vertiges, nausées), un écart que les essais contre placebo n’avaient pas mis en évidence.
  • Les explications avancées (exposition plus élevée au médicament, interactions hormonales) restent des hypothèses.
  • Pour la grossesse, une méta-analyse de plus de 43 000 femmes se veut rassurante, sans lever les incertitudes sur la fausse couche et l’allaitement ; les règles de prescription ne changent pas.
  • Un effet indésirable gênant ou persistant doit être signalé au médecin et peut l’être sur le portail officiel de signalement des effets indésirables.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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