MariTide : une injection par mois contre l’obésité, le décryptage de l’essai de phase 2

Le maridebart cafraglutide d'Amgen, injecté une fois par mois, a fait perdre jusqu'à 16,2 % du poids en un an dans un essai de phase 2 publié dans le NEJM. Une efficacité prometteuse, mais une tolérance digestive qui a obligé à revoir le schéma des essais de phase 3.

Pèse-personne

Une seule injection par mois au lieu d’une par semaine : c’est le pari d’Amgen avec le maridebart cafraglutide, surnommé MariTide. L’essai de phase 2 publié le 23 juin 2025 dans le New England Journal of Medicine montre jusqu’à 16,2 % de perte de poids en un an chez des personnes obèses, sans plateau atteint. Mais il révèle aussi une tolérance digestive difficile au démarrage, qui a conduit le laboratoire à modifier sa stratégie pour la phase 3. Décryptage d’une molécule qui ne ressemble à aucune autre.

Ce qu’il faut retenir

  • Essai de phase 2 randomisé en double aveugle : 592 participants, dont 127 diabétiques de type 2, suivis 52 semaines.
  • Perte de poids de 12,3 à 16,2 % (contre 2,5 % sous placebo) chez les personnes obèses non diabétiques, en intention de traiter.
  • Pas de plateau atteint à un an.
  • Arrêts pour troubles digestifs de 12 à 27 % sans augmentation progressive de dose, environ 8 % avec.
  • Molécule expérimentale : résultats de phase 3 (MARITIME) attendus en 2027.

La fiche de l’étude

RéférenceJastreboff A.M. et al., « Once-Monthly Maridebart Cafraglutide for the Treatment of Obesity — A Phase 2 Trial », New England Journal of Medicine, 23 juin 2025 (présenté au congrès de l’American Diabetes Association)
Type d’étudeEssai de phase 2, randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo (NCT05669599)
Participants592 adultes : 465 obèses ou en surpoids sans diabète, 127 obèses ou en surpoids avec diabète de type 2
Traitement comparéInjections sous-cutanées de maridebart cafraglutide à 140, 280 ou 420 mg toutes les 4 semaines, ou 420 mg toutes les 8 semaines, avec ou sans augmentation progressive de dose (sur 4 ou 12 semaines), contre placebo
Durée52 semaines (partie 1), suivie d’une extension (partie 2)
Critère principalVariation du poids corporel en pourcentage à 52 semaines
FinancementAmgen, développeur de la molécule

Une molécule hybride, mi-peptide, mi-anticorps

MariTide associe un anticorps monoclonal qui bloque le récepteur du GIP à deux peptides qui activent le récepteur du GLP-1. C’est une approche à contre-courant : le tirzépatide (Mounjaro) active au contraire le récepteur du GIP. La structure d’anticorps prolonge la durée d’action, d’où l’espacement mensuel des injections. Pourquoi bloquer ou activer le GIP produit dans les deux cas une perte de poids reste débattu ; les auteurs eux-mêmes appellent à de nouvelles recherches sur ce mécanisme.

Ce que montrent les résultats

Chez les participants sans diabète, la perte de poids à 52 semaines va de -12,3 % à -16,2 % selon le bras, contre -2,5 % sous placebo, dans l’analyse en intention de traiter (tous les participants randomisés). Chez ceux qui ont suivi le traitement jusqu’au bout (estimation « d’efficacité »), elle atteint jusqu’à 19,9 %, contre 2,6 % sous placebo.

Chez les participants diabétiques de type 2, la perte est de -8,4 % à -12,3 % en intention de traiter (contre -1,7 % sous placebo), et jusqu’à 17 % selon l’estimation d’efficacité. L’hémoglobine glyquée (HbA1c) baisse de 1,2 à 1,6 point selon les bras, et jusqu’à 2,2 points selon Amgen, contre une légère hausse sous placebo.

Point notable : aucun plateau n’était atteint à 52 semaines, ce qui laisse penser que la perte de poids pourrait se poursuivre. Le tour de taille, la tension artérielle, la CRP ultrasensible, les lipides et le rapport masse grasse/masse maigre s’améliorent également. Les schémas avec augmentation progressive de dose n’ont pas montré de différence significative d’efficacité par rapport aux autres.

Effets indésirables et tolérance

C’est le point faible de l’essai. Plus de 90 % des participants sous MariTide ont rapporté au moins un effet indésirable, contre 68 à 81 % sous placebo. Nausées, vomissements, constipation et diarrhées dominent, surtout après la première injection. Les arrêts liés aux troubles digestifs atteignent 12 à 27 % dans les bras sans augmentation progressive de dose, contre environ 8 % avec. Selon Fierce Biotech, la fréquence des vomissements a culminé dans certains bras sans escalade. Deux décès ont été rapportés, jugés sans lien avec le traitement. Aucune hausse de la dépression, des idées suicidaires ou des réactions au point d’injection n’a été observée. Pour comparer avec les autres molécules, voir notre dossier sur les effets secondaires des GLP-1.

Les limites de l’étude

  • Phase 2 : effectifs réduits par bras, conçus pour choisir les doses, pas pour démontrer l’efficacité de façon définitive.
  • Tolérance au démarrage problématique, qui a conduit Amgen à adopter en phase 3 une montée de dose plus prudente, en plusieurs paliers.
  • Durée d’un an : ni le plateau de perte de poids ni le maintien à long terme ne sont connus.
  • Financement industriel et auteure principale déclarant des liens avec plusieurs laboratoires.
  • Critères intermédiaires : aucune donnée sur les événements cardiovasculaires.

Ce que ça change pour les patients en France et en Belgique

Rien dans l’immédiat : MariTide est une molécule expérimentale, autorisée nulle part. Le programme de phase 3 MARITIME comprend notamment MARITIME-1 (environ 3 500 participants sans diabète) et MARITIME-2 (environ 1 000 participants diabétiques), d’une durée de 72 semaines, avec des résultats attendus en 2027 selon Fierce Biotech. D’autres essais doivent explorer les maladies cardiovasculaires, l’insuffisance cardiaque et l’apnée du sommeil. Une éventuelle arrivée en Europe ne pourrait intervenir qu’après ces résultats et une évaluation par l’Agence européenne du médicament. Pour les traitements déjà disponibles, voir nos fiches GLP-1 et sémaglutide, ou, pour d’autres molécules en développement, rétatrutide et CagriSema.

Notre verdict

L’essai valide le concept : une injection mensuelle peut produire une perte de poids du même ordre que les traitements hebdomadaires actuels, sans plateau à un an. C’est un vrai argument pour l’observance. Mais la tolérance digestive initiale est un obstacle sérieux, et tout dépendra de la capacité du schéma progressif testé en phase 3 à la corriger sans perdre en efficacité. Rendez-vous en 2027.

Niveau de preuve : moyen. Essai de phase 2 randomisé en double aveugle et publié dans le NEJM, mais de taille limitée, d’un an seulement et sans confirmation de phase 3.

Sources

Rapport publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Avertissement médical.

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