Vous êtes dialysé, ou votre père, votre conjointe, passe trois après-midi par semaine branché à une machine ? Alors cette étude va sans doute vous parvenir par un proche ou par les réseaux sociaux. Présentée ce samedi 24 octobre au grand congrès américain de néphrologie, à Denver, elle associe les médicaments de la famille d’Ozempic à beaucoup moins de décès chez les patients dialysés. Le chiffre est spectaculaire. Mais il faut le lire avec précaution.
Ce qu’il faut retenir
- 290 décès en 3 ans chez 2 468 dialysés traités, contre 661 chez 2 468 non traités
- Moins d’hospitalisations : 2,26 par patient contre 3,11
- Étude observationnelle de congrès, menée sur les données de Fresenius Medical Care : une association, pas une preuve
- Chez les reins malades non dialysés, l’essai FLOW a prouvé un bénéfice du sémaglutide (−24 % d’événements rénaux graves)
Que montre exactement cette étude ?
Des chercheurs du Renal Research Institute, à New York, et de Fresenius Medical Care ont fouillé les dossiers de patients dialysés suivis entre janvier 2023 et novembre 2025. Ils ont comparé 2 468 patients qui ont commencé un agoniste du GLP-1 (la famille d’Ozempic, des médicaments qui imitent une hormone intestinale réglant la glycémie et l’appétit) à 2 468 patients qui n’en prenaient pas. Chaque patient traité a été « apparié » à un non-traité qui lui ressemble (âge, état de santé…), pour que la comparaison soit la plus juste possible.
Le médicament le plus prescrit était le sémaglutide, la molécule d’Ozempic (48 % des cas), devant le dulaglutide (29 %) et le tirzépatide, la molécule de Mounjaro (14 %).
- Décès en 3 ans : 290 chez les patients traités, contre 661 chez les autres. Soit environ 1 patient sur 8 contre 1 sur 4.
- Risque de décès : 62 % plus bas sur la durée de suivi (rapport de risque de 0,38).
- Hospitalisations : 2,26 par patient en moyenne, contre 3,11.
Ce n’est pas la seule donnée du congrès. Lors d’une session consacrée aux reins et à l’obésité, jeudi 22 octobre, le néphrologue Talat Alp Ikizler (Vanderbilt) a rappelé une étude déjà publiée en 2025 : sur 151 649 personnes diabétiques débutant la dialyse aux États-Unis, la prise de ces médicaments était associée à 23 % de décès en moins et à 66 % de chances en plus d’être inscrit sur la liste d’attente de greffe.
Pourquoi rester prudent ?
- C’est une étude observationnelle : elle montre une association, pas une preuve. Les patients à qui l’on prescrit ces médicaments sont peut-être en meilleure forme au départ, ce que l’appariement ne gomme jamais complètement.
- Elle n’est pas encore publiée dans une revue : c’est un résumé de congrès (un poster), qui n’a pas subi la relecture complète par d’autres scientifiques.
- Les auteurs travaillent pour un acteur de la dialyse : Fresenius Medical Care exploite des centres de dialyse, et l’étude a été menée sur ses données.
Que sait-on de plus solide sur les reins ?
Pour les reins malades mais pas encore en dialyse, il existe une vraie preuve. L’essai FLOW, publié en mai 2024 dans le New England Journal of Medicine, a suivi 3 533 diabétiques de type 2 atteints de maladie rénale chronique pendant 3,4 ans en moyenne. Le sémaglutide a réduit de 24 % les événements rénaux graves (perte importante de fonction, passage en dialyse, décès lié aux reins) et de 20 % les décès toutes causes, par rapport à un placebo. L’essai, financé par Novo Nordisk (le fabricant d’Ozempic), a été arrêté plus tôt que prévu tant le bénéfice était net. En décembre 2024, le comité scientifique de l’Agence européenne des médicaments a donné un avis favorable pour inscrire ce bénéfice rénal dans la notice d’Ozempic.
Point important : FLOW n’a pas inclus de patients déjà dialysés. Pour eux, il n’existe pas encore d’essai de ce type.
« [Les agonistes du GLP-1] sont formidables ; ce sont probablement les meilleurs médicaments contre la maladie rénale chronique apparus depuis 100 ans. » (traduit par nos soins)
Ce sont les mots d’Amy K. Mottl, professeure de néphrologie à l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill, lors de la même session. Elle ajoute aussitôt : « Cependant, ils ne suffiront pas à eux seuls aux patients. » Alimentation et activité physique restent indispensables.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France, selon l’Assurance maladie, 96 586 personnes vivaient en 2024 avec une insuffisance rénale chronique terminale (des reins qui ne fonctionnent presque plus). Un peu plus de la moitié sont traitées par dialyse, les autres ont un rein greffé. Ozempic y est remboursé dans le diabète de type 2, en association avec d’autres traitements. L’usage d’Ozempic chez les dialysés reste une décision au cas par cas.
Concrètement, n’arrêtez ni ne commencez rien seul. Les questions à poser à votre néphrologue :
- Mon diabète ou mon poids justifient-ils un traitement de cette famille ?
- Quels risques pour moi, avec la dialyse (nausées, perte d’appétit, dénutrition) ?
- Est-ce que cela pourrait m’aider à accéder à une greffe ?
Pour aller plus loin, lisez notre fiche sur le sémaglutide, notre article sur le rétatrutide et les reins et celui sur les protéines et vos reins sous Ozempic.
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Sources
- ASN Kidney Week 2026, résumé SA-PO0427, Lama et coll. (Renal Research Institute, Fresenius Medical Care), « Real-World Mortality and Hospitalization Outcomes Associated with GLP-1 Receptor Agonist Use in Patients on Dialysis », poster du 24 octobre 2026 (source primaire)
- AJMC (Rose McNulty), « GLP-1 RAs Protect Kidneys Beyond Weight Loss, but Diet and Activity Remain Key », 22 octobre 2026 (citations d’Amy K. Mottl, cohorte de 151 649 dialysés, Orandi et coll., CJASN 2025)
- Perkovic et coll., « Effects of Semaglutide on Chronic Kidney Disease in Patients with Type 2 Diabetes » (essai FLOW), New England Journal of Medicine, 24 mai 2024 (financement Novo Nordisk)
- Novo Nordisk (via BioSpace), avis favorable du CHMP de l’Agence européenne des médicaments pour la mise à jour de la notice d’Ozempic (maladie rénale), 12 décembre 2024
- Assurance maladie (ameli.fr), « Comprendre la maladie rénale chronique » (chiffres 2024 de l’insuffisance rénale chronique terminale)
- Base de données publique des médicaments, Ozempic 1 mg : prise en charge dans le diabète de type 2
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