Vous avez perdu du poids sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, et pourtant le reflet dans le miroir vous semble étranger ? Selon un sondage américain dévoilé jeudi 22 octobre, vous êtes loin d’être seul(e) : 78 % des utilisateurs de ces traitements disent ne plus se reconnaître. Mais attention à qui pose la question : l’enquête a été commandée par Revance, un fabricant de produits de comblement (les « fillers » injectés dans le visage) et de toxine botulique.
Ce qu’il faut retenir
- 78 % des 1 402 usagers de GLP-1 interrogés disent ne plus se reconnaître (communiqué du 22 octobre)
- Sondage commandé par Revance, fabricant de produits de comblement et de toxine botulique
- La perte de volume du visage vient de la perte de poids rapide, pas du médicament lui-même
- Aucune étude solide n’a encore mesuré l’impact psychologique, selon une revue de 2025
Que dit ce sondage, exactement ?
L’enquête a été réalisée en ligne par l’institut Talker Research du 15 au 24 juillet 2026. Elle a interrogé 2 000 Américains de 26 à 60 ans dits « soucieux de leur beauté », c’est-à-dire qui font au moins un soin esthétique par an. Parmi eux, 1 402 prennent ou ont pris un médicament de la famille des GLP-1 (des traitements qui imitent une hormone de la satiété, comme le sémaglutide d’Ozempic).
Les principaux chiffres du communiqué :
- 78 % des utilisateurs disent ne plus se reconnaître dans le miroir après le traitement, soit environ 8 sur 10 ;
- 81 % affirment n’avoir reçu aucune information sur la perte de volume du visage, avant ou pendant le traitement ;
- 61 % des utilisateurs actuels ressentent encore cette perte de repères ;
- 66 % ont eu recours à un soin ou à un acte esthétique après le traitement « pour se ressembler à nouveau ».
Le site StudyFinds, qui a repris l’enquête, annonce lui 72 % et non 78 %, sans préciser sur quelle base ce chiffre est calculé. Nous retenons celui du communiqué officiel. StudyFinds relève aussi une incohérence : 67 % des personnes concernées situent le début de cette perte d’identité avant la prise du médicament (prise de poids, vieillissement), et seulement 24 % après.
La dermatologue américaine Deirdre O’Boyle Hooper, cofondatrice d’un cabinet à La Nouvelle-Orléans et citée dans le communiqué, résume : les patients « ne réalisent souvent pas que le médicament change plus que le chiffre » qu’ils voient sur la balance (traduit par nos soins). Elle y recommande ensuite… le produit de comblement de Revance.
Le médicament abîme-t-il vraiment le visage ?
Non, pas directement. Ce que l’on appelle le « visage Ozempic » est la conséquence d’une perte de poids rapide, quelle qu’en soit la cause. La Cleveland Clinic, grand hôpital américain, le dit clairement : la chirurgie de l’obésité ou un régime très rapide produisent les mêmes effets. Le visage perd la graisse qui lui donnait du volume, et la peau ne suit pas toujours. Les personnes plus âgées, qui ont moins de graisse au visage au départ, sont plus exposées. Plus la perte de poids est rapide, plus elle se voit.
Une revue de 23 publications scientifiques parue en juin 2025 dans la revue Aesthetic Surgery Journal Open Forum va dans le même sens : rien ne prouve que ces médicaments fassent fondre la graisse du visage plus qu’ailleurs. Surtout, ses auteurs jugent « primordial » d’étudier l’impact psychologique et sur la qualité de vie de ces changements, faute de données solides à ce jour. Autrement dit, le malaise décrit par le sondage est plausible, mais personne ne l’a encore mesuré sérieusement.
Pourquoi rester prudent ?
- Le sondage est financé par un fabricant de produits esthétiques injectables, qui en profite pour promouvoir l’un d’eux.
- L’échantillon n’est pas représentatif : uniquement des Américains déjà adeptes de soins esthétiques.
- Les réponses sont déclaratives : un sondage montre un ressenti, pas une cause.
Adelle Walker, directrice marketing de la branche esthétique de Revance, affirme d’ailleurs dans le communiqué que les soins esthétiques devraient aider à obtenir des résultats naturels « sans changer la personne que l’on voit » (traduit par nos soins). Le message commercial est assumé.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France et en Belgique, nous n’avons trouvé aucun sondage équivalent. En France, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % depuis le 15 juin 2026, mais seulement dans l’obésité sévère, avec une première prescription par un spécialiste. Le nombre de patients traités devrait donc augmenter, et la question de l’image de soi avec.
Ne pas se reconnaître après avoir maigri n’a rien d’anormal : le corps change plus vite que l’image que l’on a de soi. Quelques pistes concrètes :
- parlez-en à votre médecin, notamment si la perte de poids est très rapide : le rythme du traitement se discute avec lui ;
- si ce malaise pèse sur votre moral, votre sommeil ou vos relations, un psychologue peut vous aider à apprivoiser ce nouveau reflet ;
- méfiez-vous des solutions vendues comme indispensables : un acte esthétique n’est jamais une obligation médicale.
Vous avez des questions sur ces traitements ? Notre foire aux questions sur les GLP-1 et notre fiche Ozempic font le point. Et pour l’angle industriel, lisez notre article sur la riposte de L’Oréal et Galderma face au visage Ozempic.
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Sources
- Revance / PR Newswire, « 78% of GLP-1 Medication Users Say They No Longer Recognize Themselves in the Mirror », 22 octobre 2026 (source primaire, citations)
- StudyFinds, « GLP-1 users don’t recognize themselves », 23 octobre 2026 (méthodologie, chiffre de 72 %)
- The Dermatology Digest, Denise Mann, 23 octobre 2026
- Daneshgaran G. et al., « ‘Ozempic Face’ in Plastic Surgery: A Systematic Review », Aesthetic Surgery Journal Open Forum, juin 2025
- Cleveland Clinic, « Ozempic face », 2025
- Caducée.net, « Wegovy et Mounjaro remboursés dans l’obésité : les généralistes écartés de la première prescription », 12 juin 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
