Rétatrutide : deux fois moins de protéines dans les urines, ce que l’on sait des reins

Présenté ce jeudi 22 octobre à un congrès américain de néphrologie, un essai sur 146 malades des reins montre que le rétatrutide divise par deux les protéines dans les urines. Mais la filtration des reins, critère principal, n'a pas bougé.

Santé et consultation médicale

Vous avez du surpoids, et votre médecin vous parle de « protéines dans les urines » à chaque prise de sang ? C’est souvent le premier signal d’alarme des reins. Un essai présenté ce jeudi 22 octobre à Denver, aux États-Unis, au grand congrès annuel de la Société américaine de néphrologie, suggère que le rétatrutide pourrait réduire ce signal de moitié. Mais ce futur médicament anti-obésité de Lilly n’est autorisé nulle part, et son effet sur la santé des reins à long terme reste à démontrer.

Ce qu’il faut retenir

  • Essai de phase 2b financé par Lilly : 146 adultes en surpoids avec maladie rénale chronique, 24 semaines.
  • Protéines dans les urines : −53,7 % sous rétatrutide contre −8,8 % sous placebo (chez environ 3 participants sur 10).
  • Critère principal non atteint : pas de différence significative sur la filtration des reins mesurée ; pouls +9 battements/min.
  • Le rétatrutide n’est autorisé ni en France ni en Belgique : les flacons vendus en ligne sont dangereux.

Qu’a montré cette nouvelle étude ?

Le rétatrutide est surnommé « triple G » : il imite trois hormones à la fois (le GLP-1, le GIP et le glucagon), là où Ozempic n’en imite qu’une et Mounjaro deux. Il est encore en phase 3, la dernière étape des essais avant une éventuelle autorisation. Notre fiche rétatrutide détaille son développement.

Dans cet essai de phase 2b, l’équipe du néphrologue néerlandais Hiddo Heerspink (université de Groningue) a suivi 146 adultes en surpoids ou obèses (indice de masse corporelle d’au moins 27), tous atteints d’une maladie rénale chronique. Pendant 24 semaines, 75 ont reçu une injection hebdomadaire de rétatrutide, montée progressivement jusqu’à 12 mg, et 71 un placebo (une injection sans principe actif).

  • Protéines dans les urines : −53,7 % sous rétatrutide, contre −8,8 % sous placebo. Ce résultat ne concerne que les participants qui en avaient trop au départ, soit environ 3 sur 10.
  • Graisse autour des reins : −16,1 %, contre −2,7 %.
  • Poids : −14 kg en moyenne, quand le groupe placebo n’a pas bougé.
  • Tension : −14 points pour la pression « haute » (systolique), contre −1.

Albuminurie, filtration : de quoi parle-t-on ?

Les reins filtrent le sang comme une passoire très fine. Quand ils s’abîment, des protéines, surtout l’albumine, passent dans les urines : c’est l’albuminurie. Plus elle est élevée, plus le risque d’aggravation de la maladie est grand.

Le débit de filtration, lui, mesure la quantité de sang que les reins nettoient chaque minute. C’est le vrai thermomètre de leur fonction. Ici, les chercheurs l’ont mesuré précisément, avec un produit injecté dont on suit l’élimination, plutôt que de l’estimer par une simple prise de sang. Or c’était le critère principal de l’essai : il n’a pas montré de différence significative avec le placebo.

Les chercheurs notent aussi une baisse de la pression à l’intérieur des filtres du rein, un mécanisme connu pour les protéger. Dans un article de 2025 décrivant l’essai, Hiddo Heerspink et ses coauteurs expliquaient que celui-ci est « conçu pour apporter un éclairage sur les mécanismes des effets du rétatrutide sur la fonction et la structure des reins » (traduit par nos soins). Autrement dit, il ne s’agit pas de prouver que le médicament évite la dialyse.

Pourquoi rester prudent ?

  • Qui finance ? L’essai est financé par Lilly, le fabricant. Hiddo Heerspink déclare être consultant pour Lilly, comme pour plusieurs autres laboratoires, dont Novo Nordisk.
  • Une petite étude, sur six mois : 146 personnes, et le recul de l’albuminurie ne porte que sur environ un tiers d’entre elles. Il s’agit d’un poster de congrès, pas encore d’un article relu par des experts indépendants.
  • Un signal, pas une preuve : moins de protéines dans les urines n’est pas la même chose que moins de dialyses. Autre point à surveiller, le pouls a augmenté de 9 battements par minute, et les effets indésirables n’ont pas été détaillés.

Pour comparaison, le sémaglutide, la molécule d’Ozempic, a déjà franchi l’étape décisive. Dans l’essai FLOW, publié en 2024 dans le New England Journal of Medicine et financé par Novo Nordisk, il a réduit de 24 % le risque d’événements rénaux graves chez 3 533 diabétiques de type 2 atteints d’une maladie rénale. Au même congrès, ce vendredi 23 octobre, une petite étude ouzbèke sur 92 patients diabétiques a aussi rapporté −54 % d’albuminurie en 16 semaines avec le sémaglutide en comprimé (Rybelsus) à 7 mg, contre −12 % sous placebo.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Pour l’instant, rien sur l’ordonnance. Le rétatrutide n’est autorisé ni en France ni en Belgique, ni ailleurs dans le monde. Des flacons circulent pourtant sur Internet : c’est un pari dangereux. Notre enquête sur un flacon de rétatrutide de contrebande a révélé un produit sans peptide et contaminé par des bactéries.

En France, Ozempic est prescrit dans le diabète de type 2. Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité depuis le 15 juin 2026, mais seulement sous conditions strictes (indice de masse corporelle d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une complication, et première prescription par un spécialiste de l’obésité). Si vos reins vous inquiètent, parlez-en à votre médecin ou à votre néphrologue : il existe déjà des traitements protecteurs éprouvés.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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