Et si la concurrence finissait par faire baisser le prix des piqûres anti-obésité ? La Corée du Sud en donne un avant-goût. Ce vendredi 23 octobre, le laboratoire coréen Hanmi a annoncé que son traitement Eppe, à base d’efpéglénatide, sera prescrit à partir du 29 octobre. Son premier mois coûte environ deux fois moins cher que celui de Mounjaro, le leader du marché.
Ce qu’il faut retenir
- Eppe (efpéglénatide), premier GLP-1 anti-obésité coréen, prescrit dès le 29 octobre en Corée du Sud.
- Premier mois : environ 130 000 wons, contre environ 270 000 pour Mounjaro ; l’écart tombe à 19 % à la dose d’entretien.
- Phase 3 coréenne : 9,75 % de poids perdu en 40 semaines selon Hanmi, contre moins de 1 % sous placebo.
- Non autorisé en Europe ; aucune demande connue à ce jour.
Que lance la Corée exactement ?
L’efpéglénatide appartient à la même famille que Wegovy et Mounjaro : celle des GLP-1, des médicaments qui imitent une hormone intestinale de la satiété. Concrètement, ils coupent l’appétit et ralentissent la vidange de l’estomac, ce qui prolonge la sensation d’être rassasié. C’est le premier traitement de ce type entièrement mis au point en Corée.
Le ministère coréen de la Sécurité alimentaire et pharmaceutique l’a autorisé le 7 octobre, une étape que nous avions évoquée dans notre article sur le Mounjaro quatre fois moins cher au Japon. Le feu vert concerne les adultes obèses ou en surpoids non diabétiques, en complément d’un régime et d’activité physique. Le fait nouveau, c’est la date de lancement et le prix. Présentant le produit lors d’un symposium à Séoul, le PDG de Hanmi, Hwang Sang-youn, y a vu « le fruit de l’innovation et une nouvelle option pour le traitement de l’obésité » (traduit par nos soins), selon le Korea JoongAng Daily.
L’histoire de cette molécule est singulière. Hanmi l’avait cédée en 2015 au français Sanofi, pour en faire un traitement du diabète, dans un accord pouvant atteindre 3,9 milliards d’euros. Sanofi a rendu les droits en 2020 en invoquant un changement de stratégie. Hanmi a alors repris seul le développement et réorienté le produit vers l’obésité.
Est-ce aussi efficace que Mounjaro ?
Non, à en croire les chiffres disponibles. Dans l’essai de phase 3 (la dernière étape avant une autorisation) mené chez 448 adultes coréens, les participants ont perdu en moyenne 9,75 % de leur poids en 40 semaines, contre moins de 1 % sous placebo, selon les résultats intermédiaires annoncés par Hanmi. Environ 8 participants sur 10 ont perdu au moins 5 % de leur poids.
À titre de repère, la presse coréenne rappelle que Wegovy affichait 14,9 % de perte de poids en 68 semaines dans ses essais, et Mounjaro jusqu’à 20,9 % en 72 semaines. Mais ces essais n’ont ni la même durée, ni les mêmes participants : la comparaison reste très approximative. Hanmi met surtout en avant une meilleure tolérance digestive. Les effets indésirables les plus fréquents restent ceux de la famille : diarrhée (environ 18 %), nausées (17 %) et vomissements (12 %).
Un médecin indépendant, le professeur Oh Sang-woo, de l’hôpital Ilsan de l’université Dongguk, juge cette perte de poids relativement modeste. Il souligne toutefois d’autres critères : « D’un point de vue médical, préserver le muscle et réduire le risque de maladies cardiovasculaires et rénales, cela compte » (traduit par nos soins).
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pour l’instant, rien de direct. L’efpéglénatide n’est pas autorisé en Europe et, à notre connaissance, aucune demande d’autorisation n’a été déposée auprès de l’Agence européenne des médicaments. Il ne peut donc pas être prescrit en France ni en Belgique.
Le vrai enseignement porte sur les prix. En Corée, le premier mois revient à environ 130 000 wons (environ 98 dollars), contre environ 270 000 wons pour Mounjaro à sa dose la plus faible. Attention, l’écart se réduit ensuite : à la dose d’entretien, le traitement coûte environ 299 000 wons par mois, soit seulement 19 % de moins que Mounjaro selon le Herald Business.
En France, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % dans l’obésité depuis le 15 juin 2026, mais seulement pour les adultes avec un indice de masse corporelle (le rapport poids/taille au carré) d’au moins 40, ou d’au moins 35 avec une maladie associée, et après une première prescription par un spécialiste. Les autres paient de leur poche, autour de 300 euros par mois selon la ministre de la Santé. En Belgique, Mounjaro n’est pas remboursé contre l’obésité. L’arrivée de concurrents, comme ce produit coréen ou les futurs génériques, est l’un des leviers qui pourraient faire baisser ces prix. Si vous envisagez un traitement, parlez-en à votre médecin.
Pourquoi rester prudent ?
- Des chiffres du fabricant : les résultats d’efficacité sont des données intermédiaires communiquées par Hanmi, pas encore publiées dans une revue scientifique à notre connaissance ; les montants varient d’ailleurs selon les médias (de 9 à 9,75 %).
- Un essai uniquement coréen : 448 participants, tous en Corée, suivis 40 semaines à ce stade sur les 64 prévues.
- Des prix indicatifs : il s’agit de prix de fourniture rapportés par la presse ; le prix final payé par le patient peut varier selon les marges de distribution.
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Sources
- Korea JoongAng Daily, 23 octobre 2026 — lancement d’Eppe le 29 octobre, prix
- The Herald Business, 15 octobre 2026 — grille de prix d’Eppe par dose
- The Herald Business, 8 octobre 2026 — autorisation et résultats de phase 3
- Daily Pharm, 28 octobre 2025 — résultats intermédiaires de phase 3 annoncés par Hanmi, historique Sanofi
- Korea JoongAng Daily, 8 octobre 2026 — autorisation, profil d’effets indésirables
- Korea JoongAng Daily, 9 octobre 2026 — avis du Pr Oh Sang-woo
- The Korea Herald — Eppe, histoire de la molécule et prix
- Caducée.net, 12 juin 2026 — remboursement de Wegovy et Mounjaro dans l’obésité
- VIDAL, 28 mai 2026 — coût de Mounjaro et Wegovy selon Stéphanie Rist
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
