Ozempic et schizophrénie : 24 % d’hospitalisations en moins, ce que l’on sait vraiment

Publiée ce mercredi dans The Lancet Psychiatry, une étude sur plus de 70 000 adultes avec schizophrénie et diabète associe les GLP-1 (Ozempic, Mounjaro) à moins d'hospitalisations psychiatriques. Un lien encourageant, mais pas une preuve.

Santé et consultation médicale

Vous vivez avec une schizophrénie et un diabète de type 2 ? Une étude publiée ce mercredi 14 octobre dans la revue The Lancet Psychiatry apporte une piste encourageante, mais encore fragile. Chez les adultes qui commencent un médicament de la famille d’Ozempic ou de Mounjaro, les passages à l’hôpital pour raison psychiatrique sont moins fréquents.

Ce qu’il faut retenir

  • Plus de 70 000 adultes américains avec schizophrénie et diabète de type 2 étudiés
  • 24 % d’hospitalisations psychiatriques en moins sous GLP-1 face à l’absence de ces traitements
  • Étude observationnelle : un lien, pas une preuve, selon les auteurs et les experts
  • Aucun GLP-1 n’est autorisé pour traiter la schizophrénie : ne changez rien sans votre psychiatre

Qu’ont-ils découvert ?

Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux informatisés de plus de 70 000 adultes américains. Tous avaient à la fois une schizophrénie et un diabète de type 2. Les données viennent de la base NeuroBlu.

Ils ont comparé trois groupes. D’un côté, les personnes qui démarraient un agoniste du GLP-1 (un médicament qui imite une hormone de la satiété) : sémaglutide (Ozempic), liraglutide, tirzépatide (Mounjaro) ou dulaglutide. De l’autre, celles qui prenaient d’autres antidiabétiques récents (les gliptines ou les gliflozines). Enfin, celles qui ne prenaient aucun de ces traitements.

Selon le communiqué de la revue :

  • Hospitalisation en psychiatrie : 24 % de risque en moins par rapport aux personnes sans ces traitements, soit environ un quart. L’écart est de 18 % face aux gliptines et de 17 % face aux gliflozines.
  • Urgences pour une crise psychique : 29 % de risque en moins par rapport aux personnes sans ces traitements, 13 % face aux gliptines et 20 % face aux gliflozines.

Le lien était plus net chez les personnes qui perdaient du poids. Mais il existait aussi, en plus faible, chez celles dont le poids restait stable ou augmentait. La perte de poids n’explique donc pas tout. L’association a été retrouvée avec le sémaglutide, le liraglutide et le tirzépatide, mais pas avec le dulaglutide.

Pourquoi ce duo de maladies ? La schizophrénie augmente le risque de diabète de type 2. Et certains antipsychotiques, les médicaments de fond de la schizophrénie, l’augmentent aussi. Les chercheurs, rattachés à des universités australiennes (Deakin, Queensland, Swinburne) et au Florey Institute, voient là un intérêt pour une prise en charge qui soigne ensemble le corps et la santé mentale.

Est-ce que les experts y croient ?

Les spécialistes interrogés par le Science Media Centre britannique jugent l’étude sérieuse, mais refusent d’aller trop vite. Pour le Dr Riccardo De Giorgi, chercheur à l’université d’Oxford, « la principale limite est, comme toujours avec ce type d’étude, le biais de confusion résiduel » (traduit par nos soins). Autrement dit, d’autres différences entre les patients, non mesurées, peuvent expliquer l’écart. Sa conclusion : « Cette question nécessite désormais un essai contrôlé randomisé. »

Le Dr Jon van Niekerk, qui préside la faculté de psychiatrie générale de l’adulte au Royal College of Psychiatrists, est tout aussi clair : « il serait prématuré de considérer les médicaments GLP-1 comme des traitements de la schizophrénie ». Il déclare être directeur médical d’Elysium Healthcare, un groupe de soins.

La Pr Til Wykes (King’s College London) évoque d’autres explications possibles, comme des contacts plus fréquents avec les soignants. Le Dr Sameer Jauhar (Imperial College London), qui déclare des honoraires de plusieurs laboratoires pharmaceutiques, retient surtout que ces médicaments ne semblent pas aggraver l’état psychiatrique de ces patients.

Pourquoi rester prudent ?

  • Association n’est pas preuve : c’est une étude observationnelle. Elle constate un lien, elle ne démontre pas que le médicament en est la cause. Les auteurs le disent eux-mêmes.
  • Des patients peut-être différents : ceux qui reçoivent un GLP-1 sont peut-être mieux suivis, ou prennent plus régulièrement leur traitement psychiatrique.
  • Grande étude, publique : plus de 70 000 personnes, ce qui est solide en nombre. Elle a été financée par un programme de recherche sur la schizophrénie (SYNDICAT), selon le communiqué de la revue.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Pour l’instant, rien dans votre traitement. Les auteurs insistent : les GLP-1 ne doivent pas être considérés comme un traitement psychiatrique principal, ni prescrits seulement pour éviter des hospitalisations. Des essais cliniques sont nécessaires, y compris chez des personnes sans diabète.

En France, Ozempic est autorisé et remboursé uniquement dans le diabète de type 2 insuffisamment contrôlé, sur ordonnance. En Belgique, il est aussi remboursé pour le diabète de type 2, avec l’accord préalable de la mutualité. Aucun médicament GLP-1 n’est autorisé pour traiter la schizophrénie, ni en France ni en Belgique.

Si vous avez une schizophrénie et un diabète, vous pouvez en parler avec votre médecin traitant, votre diabétologue et votre psychiatre. Deux questions utiles :

  • Mon traitement du diabète est-il le plus adapté, compte tenu de mes antipsychotiques ?
  • Un médicament comme Ozempic ou Mounjaro a-t-il un intérêt pour moi, et quels effets indésirables surveiller ?

Surtout, n’arrêtez ni ne modifiez jamais votre traitement psychiatrique de vous-même. Toute décision se prend avec votre psychiatre. Voir aussi notre foire aux questions sur les GLP-1.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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