Breathwork : respirer vite réduit de 45 % le sang dans le cerveau : ce qu’il faut savoir

Présentée ce samedi 10 octobre au congrès ECNP de Munich, une étude IRM sur 30 pratiquants montre que la respiration intensive fait chuter d'environ 45 % le débit sanguin du cerveau. L'état ressenti rappelle celui d'un psychédélique, mais l'étude reste petite et préliminaire.

Sommeil

Vous avez peut-être vu passer ces vidéos : des gens allongés, qui respirent très vite et très fort pendant de longues minutes, puis racontent un « voyage » intérieur. C’est le breathwork, ou respiration intensive, très à la mode sur les réseaux sociaux. Une étude présentée ce samedi 10 octobre au congrès européen de neuropsychopharmacologie (ECNP), à Munich, a regardé ce qui se passe dans le cerveau pendant la séance. Résultat : le sang y circule nettement moins, et l’expérience ressemble à celle d’une drogue psychédélique.

Ce qu’il faut retenir

  • Chez 30 pratiquants, le débit sanguin de la substance grise a baissé d’environ 45 % pendant la séance.
  • Les participants décrivent un état proche d’une dose moyenne à forte de LSD ou de psilocybine.
  • Petite étude sans groupe de comparaison, présentée à un congrès et pas encore publiée en revue.
  • Respirer trop vite fait baisser le dioxyde de carbone du sang et resserre les vaisseaux du cerveau.

Qu’a montré cette étude ?

Les chercheurs du Central Institute of Mental Health de Mannheim, en Allemagne, ont fait passer une IRM (un examen d’imagerie qui montre le cerveau en action) à 30 pratiquants expérimentés, en bonne santé, pendant une séance de respiration intensive.

Ils ont mesuré le débit sanguin dans la substance grise, la partie du cerveau où se trouvent les neurones. Il est passé en moyenne de 16,24 à 9,81 millilitres par 100 grammes et par minute. C’est une baisse d’environ 45 % : un peu moins de la moitié du flux habituel.

Les participants ont décrit un état « océanique », un sentiment profond de connexion. Selon le communiqué, cela ressemble à une dose moyenne à forte de LSD ou de psilocybine (la substance des champignons hallucinogènes), avec moins d’effets visuels. Ils ont aussi parlé d’images mentales très vives et d’un rapport à soi modifié.

Point intéressant : ceux qui ont vécu l’expérience la plus forte avaient aussi les plus gros changements dans le « réseau du mode par défaut ». C’est un ensemble de zones du cerveau actif quand on pense à soi. Pour les auteurs, c’est la façon dont ces zones communiquent, et pas seulement la baisse du flux sanguin, qui expliquerait cet état.

Pourquoi le cerveau reçoit-il moins de sang ?

Quand on respire très vite et très profondément, on parle d’hyperventilation. On rejette alors plus de dioxyde de carbone (le gaz que l’on expire) que le corps n’en produit. Son taux baisse dans le sang. Or ce manque de dioxyde de carbone fait se resserrer les vaisseaux du cerveau, ce qui réduit l’arrivée de sang et d’oxygène.

Ce mécanisme est connu de longue date. Il peut provoquer des vertiges, des fourmillements dans les lèvres, les mains ou les pieds, des maux de tête, voire un évanouissement et, dans de rares cas, des convulsions.

Pourquoi rester prudent ?

  • Une petite étude : 30 personnes seulement, présentée à un congrès, pas encore publiée dans une revue scientifique après relecture par d’autres experts. Le communiqué ne mentionne pas de financement ni de liens d’intérêts.
  • Pas de groupe de comparaison : personne n’a respiré normalement dans les mêmes conditions pour servir de point de repère.
  • Des habitués : les participants pratiquaient déjà. Les effets peuvent être différents chez un débutant.

L’équipe elle-même le reconnaît. « Néanmoins, il s’agissait d’une étude relativement petite, et les résultats doivent être considérés comme préliminaires », souligne Hana Adolphi, co-coordinatrice des travaux (traduit par nos soins).

« L’étude n’était pas contrôlée et l’échantillon était composé de pratiquants expérimentés »

C’est ce que relève le Dr Guy Fincham, de la Brighton and Sussex Medical School (Royaume-Uni), qui n’a pas participé à l’étude. Il réclame des essais comparatifs chez des personnes qui n’ont jamais pratiqué. Le Pr David Nutt, de l’Imperial College de Londres, lui aussi extérieur à l’étude, y voit une passerelle utile vers la recherche sur les psychédéliques.

Ce même Guy Fincham a signé en 2023 une analyse de 12 essais (785 adultes) dans la revue Scientific Reports. Les exercices de respiration y réduisaient un peu le stress, avec un effet jugé faible à modéré. Mais la plupart des essais avaient des biais, et peu d’entre eux suivaient les effets indésirables.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France comme en Belgique, le breathwork n’est pas un médicament ni un traitement reconnu. C’est une pratique de bien-être, proposée en ateliers ou en vidéo, sans remboursement. Rien dans cette étude ne prouve un bénéfice pour la santé. Elle montre surtout que ces séances ont un effet réel et rapide sur le cerveau.

Si vous êtes tenté, parlez-en d’abord à votre médecin, surtout si vous avez une maladie chronique ou si vous êtes enceinte. Quelques questions à lui poser :

  • Mon état de santé permet-il des exercices qui font baisser le dioxyde de carbone dans le sang ?
  • Quels signes doivent me faire arrêter tout de suite (vertiges, fourmillements, malaise) ?
  • Mes traitements peuvent-ils changer ma réaction ?

Le breathwork fait partie de la vague du biohacking, aux côtés d’autres tendances comme les peptides ou les traitements GLP-1. Dans tous les cas, la même règle s’applique : un effet spectaculaire n’est pas une preuve d’intérêt pour la santé.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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