Cannabis pour dormir : des nuits plus hachées sans qu’on le sente, ce qu’il faut savoir

Une étude américaine publiée ce vendredi 9 octobre associe la consommation de cannabis à un sommeil moins efficace et plus haché, mesuré au poignet chez 1 266 adultes. Les usagers, eux, ne trouvent pas qu'ils dorment plus mal.

Sommeil

Un joint ou quelques gouttes d’huile au cannabis avant de se coucher, pour « mieux dormir » : beaucoup de gens le font. Une étude américaine publiée ce vendredi 9 octobre dans la revue médicale JAMA Network Open suggère pourtant l’inverse. Chez 1 266 adultes suivis depuis leur jeunesse, la consommation de cannabis est associée à des nuits moins efficaces et plus hachées. Et les consommateurs ne s’en rendent pas compte.

Ce qu’il faut retenir

  • 1 266 adultes américains suivis près de 35 ans, sommeil mesuré une semaine au poignet.
  • Plus de cannabis sur la vie : moins de temps réellement endormi, plus de réveils nocturnes.
  • Les consommateurs ne jugent pas leur sommeil plus mauvais que les autres.
  • Étude observationnelle : un lien, pas une preuve que le cannabis en est la cause.

Qu’a montré cette étude ?

Les chercheurs de l’université Northwestern, à Chicago, ont puisé dans une grande cohorte américaine. Une cohorte, c’est un groupe de personnes suivies pendant des années. Celle-ci a démarré en 1985-1986 avec 5 115 adultes noirs et blancs âgés de 18 à 30 ans, dans quatre villes des États-Unis.

Les participants ont été suivis pendant près de 35 ans, de leur jeunesse jusqu’à l’âge mûr. Leur consommation de cannabis a été relevée régulièrement. Arrivés à la cinquantaine environ, 1 266 d’entre eux ont porté pendant une semaine un capteur au poignet. Cette sorte de montre enregistre les mouvements pour estimer le sommeil. Ils ont aussi décrit leurs nuits dans des questionnaires.

Plus la consommation cumulée sur toute la vie est forte, plus le sommeil mesuré est mauvais. Les gros consommateurs passent une plus petite part de la nuit à dormir vraiment : c’est ce qu’on appelle l’efficacité du sommeil. Leur sommeil est aussi plus fragmenté, c’est-à-dire découpé par de petits réveils. Et ils restent plus longtemps éveillés après s’être endormis.

Les consommateurs récents montrent le même profil, comparés à ceux qui n’en ont jamais pris. Ils sont aussi plus nombreux à dormir plus de huit heures par nuit. Ces liens tiennent même en tenant compte de l’âge, du sexe, du tabac, de l’alcool, de l’activité physique, de la dépression, des maladies chroniques et des autres drogues.

Pourquoi les consommateurs ne voient-ils rien ?

C’est le point le plus surprenant. Dans les questionnaires, les usagers ne jugent pas leur sommeil plus mauvais que les autres. Le capteur, lui, voit la différence. « L’appareil porté au poignet a détecté davantage de perturbations nocturnes chez les participants exposés au cannabis sur le long terme », explique Thanh-Huyen Vu, chercheuse en épidémiologie à Northwestern et autrice principale de l’étude (citations traduites par nos soins).

La responsable de l’équipe, la professeure Mercedes Carnethon, est claire :

« Nos données ne confirment pas la croyance selon laquelle le cannabis serait une aide utile au sommeil. »

Pourquoi rester prudent ?

  • Une association, pas une preuve. L’étude observe des personnes sans leur donner de produit. Elle ne démontre pas que le cannabis cause ces troubles du sommeil, ce que les chercheurs reconnaissent eux-mêmes.
  • Des données imprécises sur la consommation. L’étude ne distingue pas le cannabis fumé de celui qui est mangé. Elle ne dit rien non plus des produits au seul CBD vendus en boutique. Et le sommeil n’a été mesuré qu’une semaine, au poignet, pas en laboratoire.
  • Un financement public. Le travail est financé par les Instituts nationaux de la santé américains, via leur institut du cœur, des poumons et du sang, et par l’institut de recherche de la fondation Kaiser. Nous n’avons pas encore trouvé de réaction de chercheurs extérieurs à l’étude.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Si vous comptez sur le cannabis pour dormir, cette étude invite à vous poser la question : son effet réel sur vos nuits peut vous échapper. Les auteurs rappellent les bases : se coucher à heure régulière, garder une chambre fraîche, sombre et calme, éviter les écrans avant de dormir. En cas de troubles qui durent ou de ronflements forts, parlez-en à votre médecin.

En France, le cannabis récréatif reste illégal. Il est pourtant très répandu : en 2023, la moitié des 18-64 ans (50,4 %) disaient en avoir déjà consommé, et environ 1 adulte sur 10 (10,8 %) dans l’année, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives. L’expérimentation du cannabis médical, lancée en mars 2021, s’est achevée fin 2024. Les patients déjà inclus poursuivent leur traitement dans une phase de transition, en dernier recours et sur prescription initiale à l’hôpital, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Les produits au CBD, une autre molécule du chanvre, sont vendus librement s’ils restent sous le seuil de 0,3 % de THC, la molécule qui « fait planer ». Mais ils n’ont pas le droit d’afficher d’effet thérapeutique, comme nous l’expliquions à propos du CBN, une autre molécule vendue pour le sommeil. En Belgique, le cannabis est aussi illégal, avec une simple procédure allégée pour un usage personnel de 3 grammes au maximum, rappelle l’association Infor Drogues.

Retenez surtout ceci : votre ressenti ne suffit pas toujours à juger vos nuits, comme le montrait aussi une étude sur les bagues connectées et les nuits courtes.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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