Rétatrutide : plaintes de Lilly et lettres de la FDA contre un marché noir florissant

Toujours en phase 3 et autorisé nulle part, le rétatrutide est déjà vendu sur des milliers de sites. Eli Lilly a porté plainte, la FDA multiplie les lettres d'avertissement et les centres antipoison américains voient les signalements grimper.

Médicaments en comprimés et gélules

Elle n’a reçu aucune autorisation de mise sur le marché, nulle part dans le monde. Ses essais de phase 3 sont encore en cours. Et pourtant, la rétatrutide, triple agoniste des récepteurs GIP, GLP-1 et glucagon développé par Eli Lilly, est déjà l’un des produits phares du marché gris. Au point que le laboratoire, les autorités américaines et britanniques et l’ANSM ont, en quelques mois, multiplié les actions contre ce commerce parallèle.

Ce qu’il faut retenir

  • Le rétatrutide (Eli Lilly) est en phase 3 et n’est autorisé par aucune autorité sanitaire.
  • Le 12 août 2026, Lilly a déposé six plaintes aux États-Unis contre des pharmacies, cliniques esthétiques et vendeurs en ligne.
  • Le laboratoire dit avoir signalé plus de 14 000 sites, annonces et publications dans plus de 100 pays.
  • Le 24 août 2026, la FDA a adressé de nouvelles lettres d’avertissement à des vendeurs de « research peptides ».
  • Les expositions à le rétatrutide signalées aux centres antipoison américains auraient bondi de 265 % début 2026.

Six plaintes et 14 000 signalements

Le 12 août 2026, Eli Lilly a annoncé avoir déposé six plaintes devant des tribunaux fédéraux américains, en Californie et au Texas. Elles visent des pharmacies de préparation, des centres de médecine esthétique et des vendeurs en ligne accusés de commercialiser illégalement de le rétatrutide. Le laboratoire affirme avoir signalé plus de 14 000 sites, publicités, publications sur les réseaux sociaux et annonces faisant la promotion illicite de la molécule, dans plus de 100 pays.

« Ce qui est vendu sur le marché noir n’est pas un médicament, c’est un produit entièrement non vérifié », a déclaré David Hyman, directeur médical de Lilly. Le groupe appelle les plateformes en ligne, les sociétés de paiement, les émetteurs de cartes bancaires et les transporteurs à couper les infrastructures qui permettent ce commerce.

Une enquête de CBS News publiée en juin 2026, reprise par le site professionnel Drug Topics, recensait déjà plus de 120 sites vendant ou promouvant le rétatrutide et plus de 50 cliniques américaines impliquées.

La FDA démonte l’argument « pour la recherche »

Côté régulateur, la FDA a adressé le 24 août 2026 une nouvelle série de lettres d’avertissement à des vendeurs de peptides, cinq selon le décompte d’observateurs du secteur. L’une d’elles, publiée sur le site de l’agence, vise un vendeur proposant notamment de le rétatrutide, du sémaglutide, du SS-31 et de la tésamoréline. L’agence y conclut que ces produits sont des médicaments destinés à l’humain, non autorisés, en s’appuyant sur le discours marketing du site (coupe-faim, régulation métabolique) et sur la vente conjointe d’eau bactériostatique présentée comme solvant, ce qui revient, écrit la FDA, à fournir « le moyen de préparer un médicament injectable ».

La FDA y rappelle que les produits injectables « peuvent présenter des risques de préjudice grave », car ils contournent les défenses naturelles de l’organisme contre les toxines et les micro-organismes. Ces lettres s’inscrivent dans une offensive entamée en septembre 2025, avec plus de cinquante lettres visant notamment la publicité pour des GLP-1 et l’étiquetage « usage de recherche ». Le 5 septembre 2025, l’agence avait aussi lancé une « liste verte » : seules les matières premières de GLP-1 issues de sites inspectés et conformes peuvent entrer librement aux États-Unis, les autres étant retenues à la frontière.

Des stylos fabriqués en Angleterre, des sites bloqués en France

Le phénomène ne se limite pas aux États-Unis. Les 22 et 23 octobre 2025, la MHRA britannique a démantelé à Northampton un atelier clandestin où elle a saisi plus de 2 000 stylos de rétatrutide et de tirzépatide non autorisés, ainsi que des dizaines de milliers de stylos vides. En France, l’ANSM a pris en juillet 2026 des mesures de police sanitaire contre des produits présentés comme des agonistes du GLP-1, dont un stylo injectable vendu comme contenant 40 mg de rétatrutide.

Un signal d’alerte des centres antipoison

Selon les données citées par CBS News, les expositions à le rétatrutide signalées aux centres antipoison américains ont augmenté de 265 % au cours des quatre premiers mois de 2026 par rapport à la fin de 2025. « Tant qu’un médicament n’a pas terminé son évaluation réglementaire, des questions importantes peuvent subsister sur sa sécurité à long terme, la posologie, les interactions et les effets indésirables », souligne Jennifer Goldman, pharmacienne et enseignante au Massachusetts College of Pharmacy, interrogée par Drug Topics.

À ces incertitudes propres à une molécule encore à l’essai s’ajoute celle du contenu réel des flacons. Une analyse de plus de 6 000 tests de peptides du marché gris, publiée en prépublication en avril 2026 et incluant le rétatrutide, montre qu’une large part des produits ne respecte pas les standards pharmaceutiques de dosage et de pureté.

Ce qu’il faut retenir

  • Le rétatrutide est un médicament expérimental, en phase 3, non autorisé en France ni ailleurs. Les résultats d’essais ne valent que pour le produit fabriqué par Lilly dans un cadre contrôlé.
  • Eli Lilly a engagé six procédures aux États-Unis et signalé plus de 14 000 contenus illicites dans le monde.
  • La FDA considère que l’étiquette « recherche » n’empêche pas de qualifier ces produits de médicaments non autorisés.
  • Des contrefaçons sont fabriquées jusqu’en Europe ; en France, l’ANSM a ordonné le retrait de produits se réclamant de la molécule.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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