Les États-Unis « autorisent » le BPC-157 ? C’est plus subtil, et plus inquiétant. Selon l’agence de presse Associated Press (AP), les scientifiques de l’Agence américaine du médicament (FDA) étaient en majorité contre cette décision, et ils ont été peu consultés. Ce vendredi 30 octobre, l’avis officiel du ministère américain de la Santé (HHS) est publié au Federal Register, le journal officiel fédéral. Le public a deux semaines pour réagir.
Ce qu’il faut retenir
- Avis HHS publié le 30 octobre au Federal Register, commentaires ouverts environ deux semaines
- Selon AP, les scientifiques de la FDA étaient majoritairement contre et peu consultés
- BPC-157 : 3 études chez l’humain, environ 30 participants
- En France et en Belgique, non autorisé chez l’humain ; interdit par l’AMA (S0)
Nous avions présenté cette politique dans notre enquête sur les six peptides tolérés aux États-Unis. Voici ce qui a changé depuis.
Que dit exactement le texte publié ce vendredi ?
L’avis porte le numéro 2026-22192 (dossier HHS-OASH-2026-0496). Il est signé par le ministre de la Santé, Robert F. Kennedy Jr. Ce n’est pas une autorisation : HHS indique qu’il ne poursuivra pas les pharmacies, les établissements fédéraux et les médecins qui fabriquent à la demande, en « préparation magistrale », six peptides : BPC-157, TB-500, KPV, MOTS-c, Semax et épitalon.
Cette tolérance est provisoire, en attendant que la FDA décide si ces substances entrent sur sa liste officielle. Le texte prévoit des garde-fous : une ordonnance au nom du patient, des ingrédients traçables, des tests de qualité et le signalement des effets indésirables. HHS se réserve le droit de revenir en arrière en cas de « signal de sécurité » ou de problème de qualité. Les commentaires sont ouverts jusqu’au 13 novembre environ.
Pourquoi les scientifiques de la FDA étaient-ils contre ?
D’après AP, qui cite six personnes au fait du dossier, les experts de la FDA ont eu peu leur mot à dire. Ils ont surtout aidé à rédiger les règles de sécurité. En juillet, les évaluateurs de l’agence avaient déjà déconseillé d’inscrire ces peptides. Pour le BPC-157, leur verdict tenait en trois mots : « insufficient clinical safety information », autrement dit des données de sécurité chez l’humain insuffisantes.
En 2023, la FDA avait même classé le BPC-157 et le TB-500 parmi les substances à ne pas préparer en pharmacie. Elle citait des risques de croissance tumorale, d’atteinte des reins et de réactions allergiques.
Le docteur Peter Lurie, ancien responsable de la FDA et aujourd’hui président de l’association Center for Science in the Public Interest, estime que l’agence n’a pas le pouvoir légal de faire respecter ces garde-fous.
Est-ce que les ventes ont vraiment commencé ?
Oui. Selon le magazine Time, juste après l’annonce, des sites de téléconsultation proposaient déjà les six peptides, chacun entre 199 et 249 dollars par mois. L’action de Hims & Hers, entreprise de santé en ligne cotée en Bourse, a gagné environ 5 %. Dès août, son patron avait annoncé aux investisseurs le lancement d’ici fin 2026 de trois autres produits : NAD+, sermoréline et glutathion. Pour le BPC-157, l’entreprise dit attendre la décision définitive de la FDA.
Les critiques sont vives. « American consumers should not be treated like guinea pigs » (« les consommateurs américains ne devraient pas être traités comme des cobayes », traduit par nos soins), a déclaré à Time Fred Mills, responsable des politiques publiques de l’association Americans for Safe and Effective Medicines. Pour Adriane Fugh-Berman, professeure de pharmacologie à l’université Georgetown, ce sont des « médicaments expérimentaux non testés et mal caractérisés ».
Pourquoi rester prudent ?
Le niveau de preuve reste très faible. La médecin épidémiologiste Céline Gounder cite une revue de la littérature de 2026 : 3 études chez l’humain sur le BPC-157, environ 30 participants en tout.
- Taille des études : 30 personnes, c’est moins qu’une classe d’école. Les évaluateurs de la FDA comptaient, eux, environ 80 personnes exposées, toutes études confondues.
- Animal ou humain : en dehors de ces quelques essais, la recherche repose surtout sur le laboratoire et l’animal. Ce qui marche chez le rat ne marche pas forcément chez vous.
- Qui pousse : des entreprises cotées attendent ce marché et ont fait valoir leur point de vue.
- Témoignages ≠ preuve : des utilisateurs satisfaits ne remplacent pas un essai comparatif.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
En France, rien. Aucun médicament à base de BPC-157 n’est autorisé chez l’humain, ni par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ni en Belgique par l’Agence fédérale des médicaments (AFMPS). Il n’y a donc ni prix officiel ni remboursement. Pour les sportifs, le BPC-157 est interdit par l’Agence mondiale antidopage (AMA), dans la catégorie S0 des substances non approuvées.
Si une douleur ou une blessure vous pousse à vous y intéresser, parlez-en à votre médecin. Demandez-lui quels traitements validés existent pour votre cas et quels risques présente un produit sans contrôle. Pour tout savoir sur la molécule, consultez notre fiche BPC-157.
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Sources
- Federal Register (inspection publique) – Enforcement Discretion Policy Regarding 503A Compounding Using Certain Peptide Bulk Drug Substances, doc. 2026-22192
- Drugs.com / HealthDay (d’après AP) – Unproven Peptides Opposed By FDA Scientists Could Soon Be Easier To Get, 29/10/2026
- Time – The Peptide Rush Has Begun, Alana Semuels, 28/10/2026
- Céline Gounder – HHS peptides: permission without proof, 29/10/2026
- AJMC – 5 Things to Know About HHS’s Interim Peptide Compounding Policy
- Medical Daily – Hims & Hers : sermoréline, glutathion, NAD+, 12/08/2026
- UKAD – BPC-157 ajouté à la liste des interdictions AMA (S0)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
