Ozempic, Mounjaro, peptides : avant une opération, les anesthésistes demandent de le dire

Ce lundi 5 octobre, les anesthésistes d'Australie et de Nouvelle-Zélande ont demandé aux patients sous Ozempic, Wegovy, Mounjaro ou « peptides » de le signaler avant toute opération. Sans arrêter seuls leur traitement, et en suivant un jeûne adapté.

Santé et consultation médicale

Vous avez une opération, une coloscopie ou une endoscopie prévue et vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ? Ou vous vous injectez un « peptide » acheté en ligne pour maigrir ? Les anesthésistes d’Australie et de Nouvelle-Zélande vous demandent une chose simple : le dire avant l’intervention. Leur collège professionnel, l’ANZCA (Australian and New Zealand College of Anaesthetists), a publié ce lundi 5 octobre 2026 un communiqué officiel en ce sens. C’est la suite logique de l’étude dont nous vous parlions le jour même : sous ces traitements, la régurgitation pendant l’anesthésie est 11 fois plus probable.

Ce qu’il faut retenir

  • Le collège des anesthésistes d’Australie et de Nouvelle-Zélande (ANZCA) a publié la consigne le 5 octobre 2026.
  • À dire avant l’opération : quel produit, la date de la dernière prise et pourquoi vous le prenez.
  • Ne pas arrêter son traitement seul ; un jeûne aux liquides clairs de 24 heures peut être demandé.
  • Sous GLP-1, la régurgitation est 11 fois plus probable selon une étude britannique, mais le risque absolu reste faible.
  • Les peptides pour maigrir sont visés, notamment le rétatrutide, expérimental et autorisé nulle part.

Que demandent exactement les anesthésistes ?

Le message vient de la Dr Tanya Selak, présidente de l’ANZCA. Il tient en quelques consignes, valables pour toute personne qui doit être opérée :

  • Prévenez l’anesthésiste et l’équipe chirurgicale si vous utilisez un traitement GLP-1 ou un peptide pour perdre du poids.
  • Dites précisément quel produit vous prenez, quand vous l’avez pris pour la dernière fois et pourquoi vous le prenez.
  • N’arrêtez pas votre traitement de vous-même avant l’opération.
  • Suivez les consignes de jeûne que l’on vous donne : elles peuvent être différentes des consignes habituelles.

« Si vous utilisez un peptide pour maigrir ou un médicament GLP-1, dites-le à votre anesthésiste. Il est important que nous sachions exactement ce que vous prenez, quand vous l’avez pris pour la dernière fois et pourquoi vous le prenez », résume la Dr Selak dans le communiqué.

Il s’agit d’une recommandation d’une société savante, c’est-à-dire un avis d’experts destiné aux patients et aux soignants. Ce n’est pas une nouvelle étude.

Pourquoi ces traitements posent-ils problème au bloc ?

Les médicaments de la famille GLP-1 imitent une hormone de la digestion. L’un de leurs effets est de ralentir la vidange de l’estomac : les aliments y restent plus longtemps.

Au moment d’une anesthésie générale, c’est un risque. Endormi, on perd les réflexes qui protègent les voies respiratoires. Si l’estomac n’est pas vide, son contenu peut remonter (la régurgitation) et passer dans les poumons (l’inhalation), ce qui peut provoquer une infection grave. « Ces médicaments peuvent ralentir la vidange de l’estomac, qui peut encore contenir des aliments ou d’autres choses même quand vous avez suivi les consignes de jeûne habituelles », explique la Dr Selak.

Le communiqué cite le chiffre de l’étude britannique parue dans la revue Anaesthesia : la régurgitation est 11 fois plus probable chez les patients sous GLP-1 que chez les autres. L’ANZCA précise toutefois que le risque absolu reste faible : la grande majorité des opérations se passent sans problème. Ce travail est une étude observationnelle, qui compare des patients après coup ; elle montre une association, pas un mécanisme prouvé chez chacun.

Les médicaments concernés, tels que listés par l’ANZCA sur sa page d’information aux patients : Ozempic et Wegovy (sémaglutide), Mounjaro (tirzépatide), Trulicity (dulaglutide), Victoza et Saxenda (liraglutide). Pour le reste de leurs effets indésirables, voyez notre dossier sur les effets secondaires des GLP-1.

Et les « peptides » achetés en ligne, pourquoi sont-ils visés ?

C’est la nouveauté. Le communiqué du 5 octobre parle de « peptides » pour maigrir sans en nommer aucun. Mais la page d’information aux patients de l’ANZCA, elle, est explicite : il faut prévenir l’anesthésiste si vous utilisez un produit peptidique pour la perte de poids, « en particulier les produits étiquetés rétatrutide (reta), R-10, R-20 ».

La raison est simple. Le rétatrutide est un médicament expérimental du laboratoire Eli Lilly. Il agit sur trois cibles à la fois, dont le récepteur du GLP-1, le même que celui d’Ozempic. Il est encore en essais cliniques de phase 3 et n’est autorisé nulle part. Les flacons vendus sur internet comme « produit de recherche » sont donc hors de tout contrôle : on ne sait ni ce qu’ils contiennent vraiment, ni en quelle quantité. Pour l’anesthésiste, c’est une raison de plus de savoir ce que vous avez pris, et quand.

Pour les autres peptides du marché gris, qui ne visent pas le récepteur du GLP-1, l’ANZCA ne donne aucune donnée chiffrée : la demande de les signaler relève de la précaution. Sur les risques de ces produits, lisez notre enquête sur les hospitalisations liées aux peptides du marché gris.

Faudra-t-il jeûner plus longtemps ?

Peut-être, mais c’est l’équipe qui décide, au cas par cas. En Australie et en Nouvelle-Zélande, la règle de base pour une opération programmée chez l’adulte est d’arrêter les aliments solides et les liquides non clairs (lait, la plupart des jus) 6 heures avant. La plupart des patients peuvent ensuite boire de petites quantités de liquides clairs, comme de l’eau, jusqu’à leur départ pour le bloc.

Sous GLP-1, l’ANZCA indique qu’on peut vous demander de ne prendre que des liquides clairs pendant les 24 heures qui précèdent l’intervention, donc dès la veille. Et si vous avez mangé par erreur, dites-le tout de suite à l’infirmière ou à l’anesthésiste : le cacher peut être dangereux.

Ce que ça change pour vous en France et en Belgique

Cette consigne vient d’Australie et de Nouvelle-Zélande, mais la logique vaut partout. En France, parlez-en à votre anesthésiste lors de la consultation pré-anesthésique, obligatoire avant toute intervention programmée. En Belgique, signalez-le de la même façon lors du rendez-vous qui précède l’opération.

  • Apportez le nom exact de votre traitement (ou une photo du stylo ou de la boîte) et la date de votre dernière injection.
  • Mentionnez aussi tout produit acheté en ligne, même si vous hésitez à en parler : l’anesthésiste est là pour vous protéger, pas pour vous juger.
  • Ne modifiez ni n’arrêtez votre traitement sans l’avis du médecin qui vous suit ou de l’anesthésiste.
  • Pour une coloscopie ou une endoscopie sous sédation, le même réflexe s’applique.

Ce qu’il faut retenir : sous Ozempic, Wegovy, Mounjaro ou un peptide pour maigrir, l’information la plus utile à donner avant une opération tient en trois mots : quoi, quand, pourquoi.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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