Ozempic, Wegovy et anesthésie : un risque de régurgitation 11 fois plus élevé

Une vaste étude britannique montre que les patients sous Ozempic, Wegovy ou un médicament de la même famille régurgitent environ 11 fois plus souvent le contenu de leur estomac pendant une anesthésie. Le risque reste rare, mais un réflexe s'impose : dire à l'anesthésiste que vous prenez ce traitement.

Santé et consultation médicale

Vous prenez Ozempic, Wegovy ou Mounjaro et une opération, une coloscopie ou une fibroscopie est prévue dans les prochaines semaines ? Une nouvelle étude britannique donne une bonne raison d’en parler à l’anesthésiste dès la consultation. Les patients sous ces traitements ont environ 11 fois plus de risque de régurgiter le contenu de leur estomac pendant une anesthésie.

Ce qu’il faut retenir

  • Étude publiée mi-septembre 2026 dans la revue britannique Anaesthesia : 47 039 patients opérés dans 119 hôpitaux du Royaume-Uni.
  • Régurgitation ou inhalation du contenu de l’estomac : 1,41 % des patients sous GLP-1 (environ 1 sur 71) contre 0,12 % des autres (environ 1 sur 800).
  • Plus de la moitié des incidents (53 %) sont survenus au réveil.
  • Étude observationnelle : elle montre un lien, pas une preuve de cause à effet.
  • N’arrêtez jamais le traitement de vous-même : la décision revient à l’anesthésiste et au médecin.

Que montre cette nouvelle étude ?

Les travaux ont été publiés mi-septembre 2026 dans Anaesthesia, la revue de l’Association of Anaesthetists (l’association des anesthésistes du Royaume-Uni et d’Irlande), et présentés à son congrès annuel à Liverpool. L’équipe du Dr Kariem El-Boghdadly, anesthésiste au Guy’s and St Thomas’ NHS Foundation Trust et au King’s College London, a suivi 47 039 adultes opérés ou examinés sous anesthésie dans 119 hôpitaux du Royaume-Uni, pour des interventions programmées ou en urgence.

Parmi eux, 1 348 personnes (2,9 %) prenaient un médicament de la famille des GLP-1, ces traitements du diabète et de l’obésité qui imitent une hormone intestinale et coupent l’appétit. Les chercheurs ont compté les cas de régurgitation (le contenu de l’estomac remonte dans la gorge) ou d’inhalation (ce contenu passe dans les poumons, ce que les médecins appellent une « inhalation bronchique »).

  • Sous GLP-1 : 19 cas sur 1 348 patients, soit 1,41 %, environ 1 personne sur 71.
  • Sans GLP-1 : 57 cas sur 45 691 patients, soit 0,12 %, environ 1 personne sur 800.

Le risque est donc environ 11 fois plus élevé chez les personnes traitées. Autre enseignement : 53 % des incidents se sont produits au réveil, contre 13 % au moment de l’endormissement et 13 % pendant l’intervention.

Pourquoi ces médicaments posent-ils problème ?

Les GLP-1 ralentissent la vidange de l’estomac : les aliments y restent plus longtemps. C’est une partie de leur effet coupe-faim, et une cause fréquente de nausées (lire notre dossier sur les effets secondaires d’Ozempic, Wegovy et Mounjaro). Avant une anesthésie, on demande d’être à jeun justement pour que l’estomac soit vide. Sous GLP-1, il peut ne pas l’être, même après les heures de jeûne habituelles. Or, sous anesthésie, les réflexes qui protègent les voies respiratoires sont diminués.

Le Dr El-Boghdadly rappelle aussi que ces molécules restent longtemps dans l’organisme : une courte pause ne suffit pas forcément à les éliminer. Toute éventuelle pause doit donc être décidée par l’équipe médicale, au cas par cas, et non par le patient seul.

Est-ce une preuve que le médicament est en cause ?

Non, pas formellement. Il s’agit d’une étude observationnelle : les chercheurs ont observé ce qui se passait, sans tirer au sort qui recevait le traitement. Les auteurs le disent eux-mêmes : la causalité ne peut pas être établie, et le lien peut s’expliquer en partie par d’autres facteurs, comme l’obésité ou le diabète, plus fréquents chez les personnes traitées. Ils signalent aussi que certains incidents ont pu ne pas être déclarés par les soignants.

Il faut aussi garder les proportions en tête : même sous GLP-1, près de 99 patients sur 100 n’ont eu aucune régurgitation. Le risque augmente nettement, mais il reste rare.

Faut-il arrêter Ozempic avant une opération ?

Ce n’est pas à vous d’en décider. Les recommandations ne sont pas les mêmes partout et ont évolué. En octobre 2024, cinq sociétés savantes américaines, dont l’American Society of Anesthesiologists (la société américaine d’anesthésiologie), ont publié des recommandations communes : selon elles, la plupart des patients peuvent poursuivre leur traitement avant une chirurgie programmée ou une endoscopie digestive (comme la coloscopie). Pour les patients les plus à risque, notamment ceux qui prennent une dose élevée et ont des troubles digestifs, elles recommandent un régime liquide la veille. Elles conseillent de reporter l’intervention dans certains cas : début de traitement ou augmentation de dose récente, nausées, vomissements, douleurs au ventre ou constipation.

Surtout, ces sociétés insistent sur une décision partagée entre le patient, l’anesthésiste, le chirurgien et le médecin qui a prescrit le traitement. L’étude britannique, elle, montre qu’environ un tiers des patients s’étaient vu demander une pause avant l’intervention : les pratiques varient donc beaucoup.

Concrètement, que faire si vous êtes concerné ?

  • Signalez votre traitement à la consultation d’anesthésie, même s’il vous semble sans rapport, et même si vous l’avez obtenu hors de votre médecin habituel. Dans l’étude, plus de 40 % des patients se le procuraient en ligne ou par d’autres circuits.
  • Précisez le nom du médicament, depuis quand vous le prenez et si la dose a été augmentée récemment.
  • Mentionnez vos troubles digestifs : nausées, vomissements, ballonnements, constipation.
  • N’arrêtez pas le traitement de votre propre initiative et ne modifiez pas vos doses : demandez à l’anesthésiste ou à votre médecin ce qu’il faut faire, et suivez leurs consignes de jeûne à la lettre.
  • Si vous êtes diabétique, l’arrêt peut déséquilibrer votre glycémie : raison de plus pour en parler avec votre médecin.

Questions utiles à poser : « Dois-je continuer mon traitement avant l’intervention ? », « Dois-je adapter mon alimentation la veille ? », « Faut-il prévoir une précaution particulière pour l’anesthésie ? »

Ce que ça change pour vous en France et en Belgique

Ozempic, Wegovy et Mounjaro sont autorisés en Europe, et de plus en plus de patients les utilisent (lire notre article sur le remboursement de Wegovy et Mounjaro en 2026). Cette étude ne change pas les règles du jour au lendemain, mais elle confirme un réflexe simple : l’anesthésiste doit savoir que vous prenez un GLP-1. Pour tout savoir sur ces médicaments, consultez notre FAQ sur les GLP-1 et notre comparatif des traitements.

Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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