Ozempic, Mounjaro et anorexie : 18 millions de malades, les spécialistes s’inquiètent

Publiée le 28 octobre dans JAMA Psychiatry, une étude chiffre à 18,1 millions les personnes vivant avec une anorexie ou une boulimie, +71 % depuis 1990. Des spécialistes craignent que les GLP-1 pris pour maigrir aggravent la situation.

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Votre fille, votre amie ou vous-même n’êtes pas en surpoids, mais un stylo d’Ozempic ou de Mounjaro circule, acheté en ligne ou passé par un proche. C’est exactement le scénario qui inquiète les spécialistes des troubles alimentaires. Une vaste étude publiée ce mercredi 28 octobre dans la revue médicale JAMA Psychiatry montre que l’anorexie et la boulimie touchent de plus en plus de monde. Et ce vendredi, le magazine américain MIT Technology Review a donné la parole à des psychologues qui redoutent l’effet des médicaments coupe-faim.

Ce qu’il faut retenir

  • 18,1 millions de personnes avec une anorexie ou une boulimie en 2023, +71 % depuis 1990 (JAMA Psychiatry, 28 octobre)
  • Environ 4 malades sur 10 ont entre 10 et 24 ans
  • Dans une enquête américaine, 1 personne sur 10 ayant un trouble alimentaire avait détourné un GLP-1
  • En France, l’ANSM a recensé 36 effets indésirables liés à un usage pour maigrir, dont 17 graves

Que dit la nouvelle étude ?

Des chercheurs chinois, menés par Ruhai Bai (université de sciences et technologie de Nankin), ont analysé les données de 204 pays et territoires, de 1990 à 2023. Ils se sont appuyés sur la grande base mondiale « Global Burden of Disease », qui mesure le poids des maladies.

Résultat : en 2023, environ 18,1 millions de personnes vivaient avec une anorexie mentale (refus de manger, peur intense de grossir) ou une boulimie (crises où l’on mange beaucoup, suivies de vomissements, de jeûnes ou de sport excessif). C’est 71 % de plus qu’en 1990.

  • Près de 7 malades sur 10 sont des femmes.
  • Environ 4 sur 10 ont entre 10 et 24 ans.
  • Les chercheurs projettent 21,8 millions de cas en 2050.

Une partie de la hausse vient de la croissance de la population. Mais, même à population comparable, la fréquence a grimpé d’environ 21 %. L’hyperphagie boulimique (crises sans vomissements) n’a pas été comptée, faute de données suffisantes.

Pourquoi Ozempic, Wegovy et Mounjaro inquiètent-ils ?

Ces médicaments imitent une hormone de la satiété, le GLP-1. Ils coupent l’appétit. Pour une personne obèse ou diabétique suivie par un médecin, c’est l’effet recherché. Pour quelqu’un qui souffre déjà de se priver, c’est un accélérateur.

Cheri Levinson, psychologue à l’université de Louisville (États-Unis) et spécialiste des troubles alimentaires depuis près de 20 ans, résume l’ambiance auprès du MIT Technology Review : « C’est le pire que j’aie jamais vu » (traduit par nos soins). Elle décrit des malades plus nombreux, plus sévères, et de plus en plus jeunes.

Une enquête de son université, publiée plus tôt cette année dans JAMA Psychiatry, a interrogé 436 personnes ayant un trouble alimentaire, fin 2025 et début 2026. Près d’1 sur 3 avait déjà pris un médicament de type GLP-1, et 1 sur 10 en avait fait un mésusage, c’est-à-dire un usage détourné. Les auteurs jugent ces chiffres probablement sous-estimés.

« Nous craignons beaucoup que les GLP-1 entraînent une perte de poids encore plus rapide et plus extrême chez les personnes souffrant d’anorexie mentale. »

Cette mise en garde vient de Cynthia Bulik, psychologue à l’université de Caroline du Nord, qui n’a pas participé à l’étude chinoise. Elle redoute des patients arrivant en consultation à un stade plus avancé, plus difficile à soigner.

Pourquoi rester prudent ?

  • L’étude chinoise repose sur des estimations et des modèles statistiques : dans beaucoup de pays, les données manquent.
  • Elle ne mesure pas l’effet des GLP-1. Elle couvre surtout une période antérieure à leur boom, et aucun lien de cause à effet n’est démontré.
  • L’enquête américaine est un sondage en ligne sur 436 personnes, surtout des femmes blanches : on ne peut pas généraliser.

Qu’est-ce que ça change pour vous ?

En France, Ozempic, Wegovy et Mounjaro ne sont délivrés que sur ordonnance, en pharmacie, pour le diabète de type 2 ou l’obésité. Le 7 octobre, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a recensé 36 effets indésirables liés à un usage pour maigrir sans indication, dont 17 graves, surtout chez des jeunes. Dans 2 cas sur 3, le produit venait d’internet, d’un proche ou de l’étranger.

Si un proche en prend sans être en surpoids, quelques signaux doivent alerter : repas sautés ou cachés, obsession du poids, sport excessif, vomissements, perte de poids rapide, fatigue, isolement. Parlez-en sans juger, puis orientez vers un médecin.

Un consensus international de 45 experts, publié en septembre dans World Psychiatry, recommande d’ailleurs de rechercher un trouble alimentaire avant toute prescription. Questions à poser à votre médecin :

  • Mon passé alimentaire est-il compatible avec ce traitement ?
  • Qui me suit pendant et après ?
  • Que faire si je mange de moins en moins ?

Pour en parler, la ligne Anorexie Boulimie Info Écoute répond au 09 69 325 900 (appel non surtaxé). La Fédération française anorexie boulimie (FFAB) recense aussi des lieux de soins. Notre enquête sur Ozempic vendu en ligne à des personnes anorexiques et nos fiches Ozempic, Wegovy et Mounjaro complètent ce sujet.

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Sources

Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.

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