Votre père, votre mère ou un ami a un cancer du poumon qui a recommencé à progresser malgré un premier traitement ? Ce lundi 19 octobre 2026, la biotech nantaise OSE Immunotherapeutics a annoncé que son vaccin thérapeutique Tedopi, fait de peptides, a nettement amélioré la survie à un an dans un essai mené en France, en Italie et en Espagne.
Ce qu’il faut retenir
- Tedopi, de la biotech nantaise OSE, contient 10 peptides qui entraînent le système immunitaire contre la tumeur
- Survie à un an : 47 % et 46 % avec Tedopi, 29 % avec la chimiothérapie seule
- Petit essai de phase 2 (106 patients), données du laboratoire non encore publiées
- Pas d’autorisation de mise sur le marché ; accès compassionnel limité en France
Un peptide, c’est une petite chaîne de protéine. Tedopi en contient dix, fabriqués en laboratoire. Selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), ils imitent des morceaux de cinq protéines présentes sur certaines cellules cancéreuses. L’idée : apprendre au système immunitaire à reconnaître la tumeur, puis à l’attaquer. Ce n’est donc pas un vaccin pour éviter la maladie, mais un traitement pour des personnes déjà malades. Il s’inscrit dans la famille des peptides thérapeutiques.
Qu’ont-ils découvert ?
L’essai s’appelle Combi-TED. Il a inclus 106 patients atteints d’un cancer du poumon « non à petites cellules », la forme la plus fréquente, déjà métastatique, c’est-à-dire étendu à d’autres organes. Tous avaient vu leur maladie progresser après une première association de chimiothérapie et d’immunothérapie. Ils ont été répartis au hasard en trois groupes :
- Tedopi associé à une chimiothérapie (le docétaxel) ;
- Tedopi associé à une immunothérapie (le nivolumab, vendu sous le nom d’Opdivo) ;
- la chimiothérapie seule, le traitement de référence.
Le critère principal : la part de patients encore en vie un an plus tard. Avec Tedopi et la chimiothérapie, c’était 47 %. Avec Tedopi et l’immunothérapie, 46 %. Avec la chimiothérapie seule, 29 %. Autrement dit, environ 1 patient sur 2 contre moins de 1 sur 3. « Nous avons pratiquement doublé la survie à un an », résume le Pr Federico Cappuzzo, de l’Institut national du cancer Regina Elena de Rome, qui a dirigé l’essai, dans le communiqué du laboratoire.
Côté tolérance, des effets indésirables liés au traitement ont touché 89 %, 82 % et 79 % des patients selon les groupes. Les effets graves ont concerné 17 %, 24 % et 17 % d’entre eux. Aucun signal inattendu, selon le laboratoire.
Est-ce que les experts y croient ?
« La seule option dont nous disposons actuellement dans notre pratique pour ces patients en deuxième ligne reste malheureusement le docétaxel », rappelle Federico Cappuzzo (traduit par nos soins).
Le regard extérieur est plus réservé. Le magazine spécialisé European Biotechnology note que l’essai ne comportait pas de groupe recevant Tedopi seul. Impossible, donc, de savoir si la chimiothérapie ou l’immunothérapie ajoutent quelque chose. Or ces chiffres sont proches des 46 % déjà obtenus avec Tedopi seul dans un essai précédent. Le magazine relève aussi que le laboratoire n’a pas encore publié les écarts détaillés entre les groupes, ni leurs marges d’erreur.
Pourquoi rester prudent ?
- Qui parle ? Les chiffres viennent d’un communiqué du laboratoire, avant toute publication dans une revue relue par des experts. L’essai est piloté par une fondation italienne, la FoRT.
- Combien de patients ? 106 au total, soit environ 35 par groupe. C’est peu : un petit essai de phase 2, pas une preuve définitive.
- Chez qui ? Chez des humains, mais seulement des patients porteurs d’un marqueur immunitaire appelé HLA-A2, détecté par un test, et sans certaines mutations de la tumeur.
- Un précédent à garder en tête. Le grand essai de phase 3 Atalante-1, sur 219 patients, n’avait pas montré de gain de survie significatif sur l’ensemble des malades, seulement dans un sous-groupe.
Les résultats complets seront présentés le 25 octobre au congrès européen de cancérologie (ESMO) à Madrid. Un essai de phase 3, Artemia (Tedopi seul contre chimiothérapie), recrute encore, avec des résultats attendus début 2028.
Qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pas grand-chose dans l’immédiat. Tedopi n’a d’autorisation de mise sur le marché nulle part en Europe. En France, où l’on compte environ 52 700 nouveaux cas de cancer du poumon par an selon la Fondation pour la recherche médicale, l’ANSM permet un accès compassionnel, c’est-à-dire une prescription à titre exceptionnel, à l’hôpital. Il est réservé aux patients HLA-A2 qui ont déjà épuisé trois lignes de traitement. En 2023, la Haute Autorité de santé avait refusé un accès plus large, dit « précoce ». En Belgique, Tedopi n’est pas commercialisé non plus, et l’essai Combi-TED n’avait pas de centre belge.
Si un proche est concerné, quelques questions utiles à poser à l’oncologue :
- Le statut HLA-A2 a-t-il été recherché ?
- Existe-t-il un essai clinique ouvert, en France ou en Belgique, adapté à sa situation ?
- L’accès compassionnel à Tedopi est-il envisageable plus tard dans le parcours de soins ?
D’autres peptides avancent contre le cancer, comme les peptides radioactifs dans la prostate ou contre le glioblastome.
La rédaction
👥 Vous êtes sous Ozempic, Wegovy ou Mounjaro ?
Rejoignez notre groupe Facebook d’entraide France & Belgique : questions, expériences, actus vérifiées, sans pub pour des médicaments.
Sources
- OSE Immunotherapeutics, Positive Topline Results of Combi-TED Phase 2 Randomized Trial with Tedopi (OSE2101), communiqué GlobeNewswire, 19 octobre 2026
- ABC Bourse, Cancer du poumon, le Tedopi d’OSE Immuno atteint 47 % de survie à un an dans une étude, 19 octobre 2026 (citation en français du Pr Cappuzzo)
- European Biotechnology Magazine, OSE reports positive Phase 2 data, but questions remain, 19 octobre 2026
- ANSM, Liste des spécialités en accès dérogatoire – Tedopi (composition, accès compassionnel en cours, accès précoce refusé en 2023), mise à jour 17 juillet 2026
- Haute Autorité de santé, TEDOPI (OSE2101), décision d’accès précoce
- Fondation pour la recherche médicale, Les cancers en chiffres (cancer du poumon : 52 767 nouveaux cas en 2023)
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
