Vous prenez des gélules d’ashwagandha pour mieux dormir ou calmer le stress ? Aux Pays-Bas, elles pourraient bientôt disparaître des rayons. Selon le site spécialisé NutraIngredients, qui a révélé l’information ce mardi 6 octobre, le gouvernement néerlandais a notifié à l’Union européenne un projet de règles qui interdirait cette plante dans les compléments alimentaires, avec la huperzine A.
Ce qu’il faut retenir
- Projet néerlandais notifié à l’UE : interdiction de l’ashwagandha, de la huperzine A et de Huperzia serrata dans les compléments.
- Commentaires possibles jusqu’au 7 décembre 2026 ; application possible fin 2026, puis six mois de transition.
- Le Danemark a déjà interdit l’ashwagandha en 2023.
- En France, la plante est vendue légalement ; l’ANSES a recensé 8 signalements d’effets indésirables, dont une hépatite aiguë.
Que prévoient exactement les Pays-Bas ?
L’ashwagandha (Withania somnifera) est une plante de la médecine traditionnelle indienne, l’ayurvéda, vendue comme « adaptogène », c’est-à-dire censée aider l’organisme à encaisser le stress. Le projet néerlandais l’interdirait dans les compléments, tout comme Huperzia serrata, une plante de la famille des lycopodes, et la huperzine A qui en est tirée. Les autorités du pays déconseillaient déjà ces trois ingrédients.
Le texte imposerait aussi des avertissements sur une dizaine de plantes courantes, comme le curcuma, le millepertuis ou la valériane.
Le calendrier : la Commission européenne et les autres pays membres peuvent commenter jusqu’au 7 décembre 2026. Si le texte est adopté, il pourrait s’appliquer dès la fin 2026, avec six mois de transition.
« La proposition devrait servir à une première évaluation d’impact plutôt qu’être traitée comme la législation finale applicable », tempère Gaëlle Donaghy, responsable du conseil réglementaire chez FoodChain ID, cabinet de conseil aux industriels (traduit par nos soins).
Les Pays-Bas ne seraient pas les premiers : le Danemark a interdit l’ashwagandha en 2023. Un rapport de l’Université technique du Danemark, publié en 2020, s’inquiétait d’effets possibles sur la thyroïde et les hormones sexuelles, et d’un risque de fausse couche pendant la grossesse.
Quels risques sont vraiment documentés ?
Le plus solide concerne le foie. LiverTox, la base de référence des Instituts nationaux de santé américains sur les atteintes hépatiques, classe l’ashwagandha comme cause « probable » de lésions du foie, rares. Les troubles apparaissent en général entre 2 et 12 semaines après le début de la prise, avec jaunisse et démangeaisons. La plupart guérissent en un à quatre mois après l’arrêt. Des cas mortels ont été décrits, surtout chez des personnes qui avaient déjà une maladie du foie. Une revue de 2024 recensait 23 cas d’atteinte hépatique.
Côté thyroïde, l’Office des compléments alimentaires des Instituts nationaux de santé américains signale trois cas d’emballement de la thyroïde (thyrotoxicose) chez des femmes, tous résolus à l’arrêt. Pour la grossesse, le risque de fausse couche reste discuté : il repose surtout sur des avis d’experts, pas sur des données cliniques solides.
Et l’efficacité ? Une méta-analyse de 2021 portant sur 5 essais et 372 adultes trouve un bénéfice petit mais réel sur le sommeil. Sur le stress : 7 essais, 491 adultes.
« Le poids des preuves scientifiques et des dizaines d’essais cliniques démontrent clairement la sécurité de l’ashwagandha », répond le groupe Kerry, fournisseur d’ingrédients qui commercialise lui-même de l’ashwagandha (traduit par nos soins).
Et en France, qu’est-ce que ça change pour vous ?
Pour l’instant, rien sur le plan légal. L’ashwagandha ne figure pas dans l’arrêté « plantes » de 2014, mais elle apparaît sans restriction sur la liste de plantes admises par la répression des fraudes : elle est donc vendue légalement en complément alimentaire. Rappel : un complément n’est pas un médicament.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) a toutefois rendu un avis le 19 avril 2024. Son dispositif de surveillance, la nutrivigilance, a reçu 8 signalements d’effets indésirables depuis 2009 : troubles digestifs, somnolence, réactions cutanées, et un cas d’hépatite aiguë jugé « vraisemblablement » lié au produit. Aucun décès. Selon la fiche des Instituts nationaux de santé américains, l’agence déconseille la plante à certains publics, dont les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes souffrant de troubles hormonaux. En Belgique, nous n’avons pas pu vérifier de changement de statut récent. Un produit vendu légalement dans un pays de l’Union peut en principe circuler ailleurs, mais cette « reconnaissance mutuelle n’est pas absolue », rappelle Gaëlle Donaghy.
Concrètement : parlez à votre médecin ou pharmacien de tout complément, surtout en cas de problème de foie, de thyroïde ou de traitement en cours. Fatigue inhabituelle, urines foncées ou jaunisse doivent faire arrêter et consulter. À lire : notre guide de ce qui est légal en France et notre article sur les gummies à la mélatonine.
Pourquoi rester prudent ?
- Un projet, pas une loi : le texte néerlandais peut encore changer d’ici décembre.
- Des cas, pas des essais : les atteintes du foie viennent de signalements isolés ; une association ne prouve pas que la plante soit seule en cause, et le contenu des produits n’a pas toujours été vérifié.
- Des essais petits, parfois menés par les fabricants : les études sur le stress et le sommeil portent sur quelques dizaines à quelques centaines de personnes; Kerry cite 15 essais sur ses propres produits.
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Sources
- NutraIngredients, « Ashwagandha, Huperzia targeted under proposed Dutch supplement rules », 6 octobre 2026
- ANSES, avis relatif aux risques liés à la consommation de préparations de Withania somnifera dans les compléments alimentaires, saisine n° 2021-SA-0077, 19 avril 2024
- NIH, LiverTox : Ashwagandha (mise à jour du 3 décembre 2024)
- NIH Office of Dietary Supplements, fiche Ashwagandha (professionnels de santé)
- Food Safety Magazine, « Netherlands set to ban ashwagandha »
- Université McGill, Office for Science and Society, « Why did Denmark ban Ashwagandha? », 2023
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
