Vous prenez Mounjaro ou Wegovy, ou vous y pensez, et vous vous dites qu’en mangeant presque rien en plus, les kilos partiront deux fois plus vite ? Au Japon, les médecins de l’obésité viennent de dire très clairement l’inverse. Samedi 3 octobre 2026, la Société japonaise d’étude de l’obésité a publié une déclaration qui demande d’éviter absolument d’associer ces médicaments à un régime très restrictif ou à une forte réduction des sucres. En cause : un risque d’acidocétose, une complication qui peut mener aux urgences.
Ce qu’il faut retenir
- Déclaration de la Société japonaise d’étude de l’obésité publiée le 3 octobre 2026
- Ne pas associer GLP-1 ou Mounjaro à une restriction alimentaire ou en glucides excessive
- Risque d’acidocétose, avec aussi pancréatite et occlusion intestinale citées
- Environ 950 déclarations d’effets indésirables liés au Mounjaro au Japon, dont 35 pour un usage minceur ou esthétique
- Ces signalements spontanés ne prouvent pas un lien de cause à effet
Que dit exactement l’alerte japonaise ?
La Société japonaise d’étude de l’obésité (en japonais Nihon Himan Gakkai) a rendu publique sa déclaration lors de son congrès scientifique à Utsunomiya, a rapporté l’agence de presse Kyodo. Le texte vise les « médicaments liés aux incrétines » : les agonistes du GLP-1 (la famille d’Ozempic et Wegovy) et les doubles agonistes GIP/GLP-1 comme Mounjaro (tirzépatide).
Le constat des médecins : ces traitements sont de plus en plus utilisés pour maigrir par des personnes qui n’ont ni obésité-maladie, ni diabète de type 2, ni problème de santé lié au poids. Or, rappelle le texte, manger est aussi vital que respirer ou boire : toute privation de nourriture comporte un risque.
La consigne centrale : ne pas prendre ces médicaments « en pratiquant une restriction alimentaire excessive ou une restriction en glucides ».
L’acidocétose, c’est quoi et pourquoi ce risque ?
Le mécanisme est simple. Quand le corps manque de sucre, parce qu’on mange très peu ou qu’on supprime presque tous les glucides, il se met à brûler ses graisses pour produire de l’énergie. Cette combustion fabrique des « corps cétoniques ». En petite quantité, c’est la cétose. Mais s’ils s’accumulent trop, ils rendent le sang acide : c’est l’acidocétose.
Les GLP-1 coupent déjà l’appétit et ralentissent la digestion. Ajoutez un régime extrême ou un jeûne, et la perte de poids devient très rapide. Selon le média sud-coréen Seoul Economic Daily, cela peut d’abord provoquer vomissements, douleurs au ventre et grande fatigue, puis, dans les cas graves, une déshydratation et une baisse de la conscience nécessitant un traitement en urgence.
La déclaration japonaise rappelle aussi d’autres effets graves connus de ces médicaments : la pancréatite (inflammation du pancréas) et l’iléus, c’est-à-dire une occlusion intestinale, quand l’intestin ne fait plus avancer son contenu.
Les signes qui doivent faire consulter rapidement, selon le texte : une haleine qui change d’odeur, des nausées ou vomissements, l’impossibilité de manger, une fatigue extrême, une confusion, une respiration rapide.
Combien de cas ont été signalés au Japon ?
D’après la chaîne sud-coréenne SBS et le Seoul Economic Daily, environ 950 déclarations d’effets indésirables liés au Mounjaro ont été faites à l’agence japonaise du médicament (PMDA) entre son lancement en 2023 et le 22 septembre 2026. Parmi elles, 35 concernaient un usage hors indication, pour maigrir ou à visée esthétique. SBS cite parmi les effets rapportés l’hypoglycémie (baisse du sucre dans le sang), la pancréatite, les nausées et l’acidocétose.
Attention à la lecture de ces chiffres : il s’agit de notifications spontanées. Un médecin ou un patient signale un problème survenu sous traitement, mais cela ne prouve pas que le médicament en est la cause.
Un point est en revanche bien établi : au Japon, Mounjaro n’est autorisé que pour le diabète de type 2 (la même molécule est vendue sous le nom Zepbound pour l’obésité). En cas d’effet grave après un usage pour maigrir ou esthétique, la personne a peu de chances d’être indemnisée par le système japonais d’aide aux victimes de médicaments, qui couvre en principe les usages autorisés. Le ministère japonais de la Santé avait déjà averti en juin que l’effet amaigrissant de Mounjaro dans ce cadre n’était pas démontré et que des problèmes de santé inattendus pouvaient survenir.
L’alerte vise aussi le phénomène « Sushijaro ». Le surnom, mélange de « sushi » et de « Mounjaro », désigne des Sud-Coréens qui achètent leur Mounjaro au Japon, où il est moins cher. SBS rappelle qu’en Corée du Sud, le médicament n’est pas pris en charge pour l’obésité et que son prix de vente est libre. Les douanes coréennes ont aussi relevé 4 155 cas de contrebande de médicaments contre l’obésité au premier semestre 2026, soit 3,5 fois plus que sur toute l’année précédente (1 189 cas).
Ce que ça change pour vous en France et en Belgique
Les règles de base valent aussi chez nous. Wegovy et Mounjaro sont des médicaments sur ordonnance, à utiliser avec un suivi médical. Utiliser un GLP-1 pour perdre quelques kilos « esthétiques », hors indication, expose à des effets indésirables sans bénéfice démontré. Et combiner un GLP-1 avec un jeûne prolongé ou un régime très pauvre en glucides, sans encadrement, est justement ce que les médecins japonais demandent d’éviter.
Concrètement, pour vous :
- Sous traitement, l’objectif est de manger moins, pas de ne plus manger : des repas réguliers, des protéines, des légumes et assez d’eau. Nos repères sont dans notre guide que manger sous GLP-1.
- Avant un jeûne ou un régime cétogène, demandez à votre médecin si c’est compatible avec votre traitement et quels symptômes doivent vous alerter.
- Vomissements répétés, impossibilité de manger ou de boire, douleur forte au ventre, confusion : consultez rapidement ou appelez le 15 (112 en Belgique).
- Pour connaître les effets indésirables à surveiller, consultez notre dossier sur les effets secondaires de Wegovy et Mounjaro.
- N’achetez jamais ces produits hors pharmacie : les risques du circuit parallèle sont détaillés dans notre enquête sur le trafic en ligne.
Ce qu’il faut retenir
Mounjaro et les GLP-1 sont des traitements efficaces quand ils sont prescrits et suivis. La Société japonaise d’étude de l’obésité rappelle qu’ils ne sont pas un raccourci pour maigrir sans risque, et que les associer à un régime extrême peut provoquer une acidocétose. Les signalements japonais ne prouvent pas un lien de cause à effet, mais ces usages hors cadre inquiètent les médecins.
Sources
- Société japonaise d’étude de l’obésité (JASSO), « Déclaration sur la perte de poids sûre : alerte sur les événements liés à la cétose lors d’un amaigrissement sous médicaments incrétines », 3 octobre 2026
- JASSO, page des informations académiques et déclarations (dont la déclaration du 3 octobre 2026)
- Kyodo via CareManagement.jp, « Le Japon met en garde contre l’usage de Mounjaro pour maigrir », 5 octobre 2026
- Seoul Economic Daily, « Japan warns against using Mounjaro for weight loss », 4 octobre 2026
- SBS News, article sur les effets indésirables du Mounjaro au Japon et le phénomène « Sushijaro », 23 septembre 2026
Article publié à titre d’information, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Aucun produit non autorisé ne doit être utilisé hors cadre médical. Avertissement médical.
